des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Play-list impossible

A tout seigneur (« Prince des Crooners ») tout honneur, en ouverture de la play-list impossible voici que s’avance Franck Sinatra, mais dans un titre signé Kurt Weil. De Weimar à Las Vegas, drôle de raccourci… Effet de distanciation ?

September song figurait sur le 45 tours dont le titre phare était Strangers in the night (sorti en 1967?), avec Nancy et September of my years.
C’est une chanson merveilleuse. Elle suscite et accompagne ce “sombre plaisir d’un coeur mélancolique” qu’évoque La Fontaine, qui est une sensation que j’ai au fond toujours trouvée délicieuse: le temps passe, tout finira, nous ne sommes rien, et la vie est belle. Depuis très jeune, cette sensation m’étreint. Elle invite au carpe diem. “Le temps s’en va, le temps s’en va madame…” September song redit à son tour la même chose, et se termine sur une chaude lumière d’automne:
“And these few precious days I’ll spend with you”

Jusqu’à ce que tu m’interroges sur cette chanson, j’ignorais qu’elle était de Kurt Weill. Ca ne m’étonne pas, qu’elle soit d’un maître. Elle est construite en dépit des règles habituelles, sans couplet ni refrain, et la fin est tout à fait différente du début: comme “Les feuilles mortes”…

Et vous? Qu’en dites vous? Cette chanson fait-elle partie de vos favorites?

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Depuis une décennie, la manière dont nous dégustons la musique évolue à la vitesse de l’éclair. La dématérialisation des supports nous a offert de nouveaux jouets. Longtemps nous écoutâmes, presque religieusement, les chansons dans l’ordre où elles étaient gravées. Le CD nous délivra de la corvée de la 20eme minute et quelque (s’en aller retourner le microsillon) mais qui, vraiment, s’astreignait à la fastidieuse corvée de changer l’ordre des titres (« programmation » réservées aux ingénieurs vraiment très patients).

Aujourd’hui, on fait glisser, on supprime, on ajoute d’un clic de souris. Nous voici démiurges omnipotents de notre discothèque. Et voici que se réinvente un jeu très ancien, qu’on pouvait jouer en solitaire en enregistrant « la cassette parfaite », ou encore à plusieurs –de préférence confortablement installés, un verre à la main- en posant la question « quels disques emporter sur une île déserte ? » (faisant fi du fait qu’une telle résidence robinsonesque serait probablement dépourvue d’électricité).

Cet exercice qui confine au zen (car c’est par essence une quête infinie) plait également beaucoup aux journalistes.
En piochant dans les réponses qu’Arbon a pu donner, çà et là, à cette question, je l’ai invité à aller un peu loin dans la confidence, et à nous dire pourquoi telle ou telle chanson figurait (pour un temps au moins) en bonne place dans son panthéon personnel.
Un feuilleton aussi divertissant qu’instructif s’ouvre aujourd’hui…

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