des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Nouvelles chansons

J’ai retrouvé le brouillon d’une chanson inachevée. Il date de 2013. C’est le moment où mon père et ma sœur avaient décidé qu’après plusieurs mois d’hôpital, ma mère n’était pas en état de rentrer chez elle et devait être placée en maison de retraite.

Où faudra-t-il que l’on pose
Les derniers de nos pas
Dans quel petit salon rose
Dans quel vieux galetas
Un bouquet de fauteuils roses
Un canapé fuschia
Dernier salon où l’on cause
Pourtant nul ne s’assoit

Tout est too much et tout moche
Et comme elle n’avait pas
Encore sa langue dans sa poche
Elle a crié : Pas ça !
Mais nous avons laissé faire
Nous l’avons laissée là
À la porte de l’enfer
Sur le seuil de l’effroi

On devinait à distance
Des vieillards à genoux
Des parodies d’existences
Des regards de hibou
Le désastre a un royaume
Pour peu que nos vies durent
On entre chez les fantômes
Et les spectres murmurent

viejos_comiendo_sopaGoya, Deux vieux mangeant la soupe, Musée du Prado

Elle errait dans l’antichambre
D’une ruine annoncée
De la douleur plein ses membres
Et l’esprit effacé
Son existence éphémère
Percluse de terreurs
De désarrois solitaires
De miroirs de laideurs

Que nous sussurera-t-elle
Quand nous viendrons la voir ?
Quels souvenirs de dentelle ?
Quels secrets cauchemars ?
Quel indiscible naufrage ?
Quels infimes bonheurs ?
Qu’aurons-nous donc en partage
À la fin de son cœur ?

Au bord de tes yeux
Jadis je vins au monde
Et le temps passa
J’inspirais de l’air
Toutes les six secondes
Et le temps passa
J’étais innocent
De ce drôle de drame
Où l’on me poussa
Quelques feuilles mortes
Tombèrent sur mon âme
Et le temps passa
 
La vie me happa
Ses charmes et ses pièges
Et le temps passa
Je m’abandonnais
A ses gracieux arpèges
Et le temps passa
Le temps de songer
À ce qu’est la jeunesse
Tout se dissipa
J’étais un enfant
Quand survint la vieillesse
Et le temps passa
 
feuilles-mortes-amou
 
Je n’avais appris
Que quelques pas de danse
Et le temps passa
Je sondais le ciel
Qui gardait le silence
Et le temps passa
J’inspirais j’expire
J’ai soufflé sur la flamme
Brilla-t-elle ou pas ?
Quelques feuilles mortes
Sont tombées de mon âme
Et le temps passa
 
 

david-sireDavid Sire et Fred Beauchain à Amou (2015)

L’un des moments les plus joyeux de l’édition 2015 de Chansons et mots d’Amou fut l’interprétation de Ça me gonfle par David Sire. Si j’y reviens aujourd’hui, c’est que David m’a envoyé le clip de la chanson, qui vient de sortir. J’ai plaisir à le partager ici.

David Sire est un chanteur à part, un chanteur libre. Il y a quelques années, renouant avec la tradition des comédiens ambulants, il a traversé la France seul, à bicyclette, de Paris à Sète, d’abord, puis d’est en ouest, de Strasbourg à Ouessant. A l’étape, il sortait sa guitare et improvisait un concert. C’est un esprit raffiné assoiffé de choses simples, un révolté en quête de paix. Il vit à la marge. Tout le reste le gonfle. Il a l’élégance de nous le dire en souriant.

 

Te souviens-tu des espaces
Par nous deux parcourus
De nos grands vols de rapaces
Furtifs et éperdus
Elles ne valaient pas bien cher
Nos vies de malappris
Mais nous sautions les barrières
Pas vus pas pris

Nous tenions en équilibre
Sous des ciels de hasard
Résolus à vivre libres
Au milieu des radars
Nous connaissions les passages
Vers l’ombre et vers l’oubli
Pour sûr qu’on n’était pas sages
Pas vus pas pris

Et nous jetions nos carcasses
Dans les replis du vent
Ceux qui nous prenaient en chasse
Nous les semions souvent
L’or luisait dans la poussière
Sous nos pieds éblouis
Et nous sautions les barrières
Pas vus pas pris

street tease© nonclickableitem

Nous migrions vers des zones
A l’écart des réseaux
Sous les saules et les aulnes
En suivant les ruisseaux
Escamotant la grisaille
Et les miroirs ternis
Nous nous glissions dans les failles
Pas vus pas pris

Nous découpions les frontières
Selon les pointillés
Les gens nous regardaient faire
Les yeux écarquillés
Nos enjambées étaient vastes
Et dans nos corps blanchis
Le temps coulait avec faste
Pas vu pas pris

Et nous jetions nos carcasses
Dans les replis du vent
Ceux qui nous prenaient en chasse
Nous les semions souvent
L’or luisait dans la poussière
Sous nos pieds éblouis
Et nous sautions les barrières
Pas vus pas pris

Elle implore un peu de grâce
Pour son corps à l’abandon
Et se plaint fort à voix basse
Que le temps se fait trop long
— Chante encore pour moi, dit-elle
Pose ta voix dans mon cou
Frappe des mains bats des ailes
Il était une fois nous
Il était une fois nous

human-foetus

Par la porte et la fenêtre
Tout s’en va au vent qui vient
Il fallut mourir et naître
Chaque mère s’en souvient
— Chante encore pour moi, dit-elle
Pose ta voix dans mon cou
Frappe des mains bats des ailes
Il était une fois nous
Il était une fois nous

Je veux rentrer chez moi
Embrasser mon grand-père
J’ai marché si longtemps
Je veux rentrer chez moi
Sur le sol de la chambre
Jouer avec mon frère
Shooter dans un ballon
Je veux rentrer chez moi
 
Je veux rentrer chez moi
Trouver dans la cuisine
Un bol de lait bien chaud
Qui se couvre de peau
Voir passer dans la rue
Arondes et dauphines
Et des Simca Versailles
Et des 4 CV
 
Je veux rentrer chez moi
Je veux compter mes billes
Et voir à la télé
La vie des animaux
Je veux jouer au nain jaune
Réunir sept familles
Rentrer à l’écurie
Sur mes petits chevaux
montrouge monument aux morts
Je veux rentrer chez moi
Revoir par la fenêtre
Le monument aux morts
Entouré de drapeaux
Portés par des poilus
La soixantaine alerte
Qui saluent au clairon
Et s’en vont au bistro
 
Je veux rentrer chez moi
Apprendre que la Loire
Prend sa source en ruisseau
Au mont Gerbier de Jonc
Colorier mes cahiers
Lire un livre d’histoires
Chanter que les colchiques
Dans les prés fleuriront
 
Je veux rentrer chez moi
Dans mon jardin d’enfance
Que le temps bulldozer
A jadis défoncé
Je veux rentrer chez moi
En mil neuf cent soixante
Au cœur de mon enfance
Et me mettre à rêver

Pour les noces de diamants de Jacques et Charlotte Plas, mes beaux-parents, j’ai composé une chanson dont je livre ici une version guitare-voix enregistrée à la va-vite sur mon smartphone.

jacques et Charlotte 4

Soixante ans que nous cheminons
Et même davantage
Main dans la main front contre front
Ce fut un beau mariage

Qu’elle fut belle la saison
En ce lointain décembre
Quand Dieu nous unit pour de bon
Et bénit notre chambre

Nos coeurs s’aimaient à corps perdu
Et malgré nos tempêtes
Personne jamais n’est venu
Rompre leur tête à tête

Sept enfants la vie nous donna
Ce fut notre richesse
Plus grande que tout l’or du roi
Notre chant d’allégresse

Tout fut vibrant intense et beau
Si rien ne fut facile
Il a tangué notre bateau
Sur les ans indociles

C’est bientôt le bout du bonheur
Mon Dieu que le temps passe
Pour l’amour l’ombre et la lueur
Seigneur nous rendons grâce

Soixante ans que nous cheminons
Et même davantage
Main dans la main front contre front
Un sacré beau voyage

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New Morning MG0205

© Joël Mathieu

Puisque je chante demain soir dans la Drôme, à Dieulefit, et que je m’en vais passer par Montélimar, je saisis cette occasion pour mettre en ligne la version de La chatte à nougat filmée au New Morning. A Dieulefit, c’est La Fontaine / Brassens que le public pourra entendre, mais j’espère revenir un jour prochain dans la région pour y chanter mon propre répertoire, et l’histoire de ce matou plein de désir qui se rêve en Johnny Hallyday. En attendant le Tennessee.

Et j’embrasse amoureusement ma Claudine, qui fête aujourd’hui son anniversaire, car j’ai la chance et le bonheur (contrairement à ce pauvre matou) de l’avoir tout près de moi.

couteau entre les dents

Je poursuis, avec Tartares, la publication d’extraits de mon concert au New Morning. La chanson, c’est le moins qu’on puisse dire, est d’actualité.

Réfugiés / migrants / envahisseurs : le spectre de réactions est large. Qu’on en considère la masse anonyme, et on a peur, on cherche à s’en protéger. Qu’on se mette à voir dans cette masse des personnes, et derrière les personnes des victimes, et même des victimes innocentes (cas exemplaire de l’enfant syrien noyé sur un rivage), alors nos coeurs se retournent, et nous avons envie d’aider.

Il nous faut chercher, tous, à opérer ce retournement. Chercher les personnes, chercher les regards, trouver dans celui qui est face à nous celui qui est comme nous.

Je renvoie aussi au commentaire que j’en avais fait il y a un an et demi.

New Morning Cap & B

Le concert que j’ai donné au New Morning en juin dernier a fait l’objet d’une captation (captation et montage : Eric Nadot, Tranches de scène). Je m’en vais, dans les semaines qui viennent, en publier plusieurs extraits. Les videos de mes concerts sont finalement assez rares, et beaucoup de ces chansons n’avaient jamais été enregistrées dans une version “live” auparavant.

La formation est inédite : je suis accompagné de Patrick Gorce aux percussions, et de Félix Béguin à la guitare (et à la basse sur quelques morceaux). C’était la première fois que Félix interprétait mon répertoire. Tout n’était pas parfaitement réglé, mais pour un coup d’essai, c’est plutôt réussi. Nous avons récidivé dans la même formation à Amou.

Je commence la série avec Le Cap et la Boussole, la chanson titre. Elle tente de mettre des mots sur ce saisissement qu’éprouvent nombre d’entre nous face à l’étrangeté mutante du monde et à la submersion numérique de nos vies.

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