des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Lu – vu – entendu

Celles et ceux qui me lisent savent que j’aime la poésie chinoise, et particulièrement les poètes de la période Tang, que j’ai évoqués à plusieurs reprises dans ce blog : Wang Wei, Li Bai, Du Fu.

J.M.G. Le Clezio vient de leur consacrer un livre, dont je recommande vivement la lecture : Le fleuve de la poésie continuera de couler*. Li Bai est son favori, mais sur le rabat de la couverture c’est le poème d’un autre qui est imprimé, un nommé Zhang Ruoxu, dans lequel on trouve ces vers :

Qui sait quelle âme attend / la lune au-dessus de la rivière ?
On ne voit que le long fleuve / emporter sans cesse ses eaux.

Ce diptyque me transporte. Vingt mots à peine, et tant est dit : la lune et le fleuve, le ciel et l’eau : ce qui brille et ce qui s’écoule, ce qui demeure et ce qui s’en va. La lumière et ses reflets, l’éthéré et le liquide. La pâleur et son miroitement. Le permanent et le transitoire. L’inaccessible et l’insaisissable. L’âme invisible et la vie mouvante.

Une année commence, mais en paraphrasant Zhang Ruoxu, sous l’éternité évanescente du ciel on ne voit que le temps emporter sans cesse les jours.

Alors voici mes vœux : que l’éternité attende, et qu’à vous tous, mes amis, le courant soit doux.

 * avec la collaboration de Dong Qiang. Editions Philippe Rey 20€

J’ai lu dans un roman* cette petite histoire.

Frank Zappa, qui fut dans les années soixante l’un des premiers musiciens à avoir des cheveux qui lui tombaient bien en dessous des épaules, est interviewé par un journaliste qui avait été amputé d’une jambe.
— Frank Zappa, vous avez les cheveux très longs. Êtes-vous une femme ?
— Cher monsieur, vous avez une jambe de bois. Êtes-vous une table ?

Se non è vero, è ben trovato.

 * La fille du chasse-neige, de Fabrice Capizzano

On sait l’admiration que j’ai pour Bernard Moitessier. A partir des bobines qu’il avait tournées pendant sa longue route autour du monde, sa femme Françoise avait réalisé en 1970 un documentaire simplement intitulé La Mer. France 3 l’a diffusé récemment. Cinquante minutes fascinantes. Les mots sont rares, le ton très simple. Tout ce que dit cet homme est une incroyable leçon de vie. J’en ai noté, à la volée, quelques passages.

« Vers le 4è mois, je sentais, je savais que je n’avais pas envie de revenir, que ça ne valait pas le coup. Je le sentais, je ne l’avais pas encore dit, je n’osais pas me le dire à moi-même (…) j’ai senti que les règles du jeu avaient changé (…) petit à petit les règles se sont modifiées en moi, il y avait certaines choses qui comptaient au départ, et d’autres qui ne comptaient plus du tout (…) »

« Ce serait une connerie de rentrer en Europe, je ne vois pas ce que j’irais faire en Europe.(…) J’ai jamais pu y vivre un mois plein, ce que j’appelle vivre, vivre vraiment : laisser le soleil rentrer en soi, avoir vraiment la grande paix (…) »

« Est-ce que j’aime les hommes ? Les hommes, individuellement, il n’y a pas de problèmes. Mais en masse, c’est un tel merdier qu’on est bien content de s’en aller un peu (…) »

« Qu’est-ce qu’un gars qui a passé tant de jours en mer peut encore trouver à faire ? Je ne fais rien. Je vis. Simplement, je vis. Ce n’est pas pour voir des choses, c’est pour les sentir. C’est pas pareil. Ce qu’on voit et ce qu’on sent, c’est jamais la même chose (…) »

« J’ai pris la “cape morale”. Quand on est trop fatigué, quand rien ne va plus, il ne faut pas penser, ne prendre aucune décision. J’ai lu ça dans Monfreid, c’est formidable (…) »

« Ce voyage, dit en quelques mots, c’était le combat et l’amour de l’homme et du bateau avec le vieil océan (…) »

Et enfin cette phrase que Moitessier emprunte à Saint Exupéry, dont il relit Terre des Hommes quand il est à bord : « Le désert, c’est faire sa religion d’une fontaine ».

 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/documentaire-mer-bernard-moitessier-autour-du-monde-1888594.html

Mon vieil ami Jacques Langlois s’est enfin décidé à écrire sur Tintin. Je ne sais pourquoi il ne l’a fait plus tôt. Ce n’est pas faute de l’y avoir encouragé. Car pour tous ceux qui, comme moi, ont été dans leur enfance des lecteurs assidus de Tintin, Jacques incarne une sorte d’accomplissement.

Voilà en effet un gamin qui à sept ans envoie quelques dessins au père de son héros, pour lui manifester son admiration et lui présenter ses vœux. Hergé, à sa grande surprise, lui répond. Il renouvelle l’opération l’année suivante. Débute alors une correspondance épistolaire qui, au fil des ans des lettres et des rencontres, se poursuivra jusqu’à la mort d’Hergé en 1983, et évoluera en une vraie amitié. Puis Jacques fera la connaissance de Tchang, l’ami de Tintin, le petit Chinois du Lotus bleu et de Tintin au Tibet, et nouera également de véritables liens avec cet homme qui, devenu sculpteur, s’installera à Paris sur ses vieux jours.

S’il est donc quelqu’un de légitime pour prononcer l’éloge de Tintin, parce qu’il en a une connaissance intime et pas seulement livresque et qu’il lui est fidèle depuis son plus jeune âge, c’est bien lui. Je crois que s’il avait pu, il se serait volontiers aussi lié avec les Dupondt, Haddock, Tournesol, la Castafiore, et toute la bande, jusqu’à Rastapopoulos et Séraphin Lampion. Et d’ailleurs, tous ces personnages, chapitre après chapitre, il les passe en revue : il évoque les conditions de leur apparition ou de leur réapparition au fil des albums, retrace leur parcours, médite sur leur caractère. Non seulement il les replace dans l’épopée tintinesque mais il indique aussi leurs liens avec la vie d’Hergé (le cas des Dupondt étant sans doute le plus remarquable) et analyse ce qu’ils disent de l’époque dans laquelle se situent leurs aventures.

Sur tous, Jacques a enquêté. Il a échangé avec des personnalités aussi inattendues que Régis Debray ou l’amiral Philippe de Gaulle, fils du Général, pour savoir s’il était vrai que ce dernier, comme l’affirmait Malraux, ne se voyait pour « rival international » que Tintin. Il rapporte des conversations, des rencontres, des souvenirs, et le tout donne un petit livre alerte, érudit, distrayant, très agréable à lire, qu’il n’est nul besoin d’appartenir au cercle des tintinophiles pour apprécier.

L’ouvrage sort aujourd’hui en librairie, ce qui ne veut pas dire grand chose par ces temps de confinement, excepté qu’on peut dès maintenant le commander en ligne.

 

Petit éloge de Tintin, de Jacques Langlois, éditions François Bourin, 12€

Ces deux livres de Michel Serres, parus à vingt cinq ans de distance, forment à mes yeux un diptyque.

La mort, depuis que l’homme est homme, produit des stèles, et des statues. Avec elle, la chair se fait pierre. Elle se fige dans le dur. La sculpture se dresse, immobile, immuable, silencieuse, « boite noire » interrogeant muettement ceux des siècles à venir.

Le mouvement et la vie produisent des vibrations qui s’ordonnent et se raffinent en musique. Avec le chant, la chair se fait verbe. Magnificat. La musique se déploie dans le présent. Elle se fait entendre, et n’est plus.

Sculpture et musique. Dur et doux. Loth et Orphée. Loth fuit Sodome avec sa famille. La mort les poursuit. Sa femme se retourne, et devient une colonne de sel : apparition de la statue. Orphée le musicien revient avec Eurydice des Enfers. Il se retourne, elle s’évanouit comme une note qui cesse de sonner : fin de la musique.

(Rappel : ce soir à 17 h, première des “Rencontres Michel Serres de l’Ecole Normale Supérieure”. Pour ceux qui voudraient y assister par visioconférence, le lien est ici : https://forms.app/marinesalesses/inscription-visioconference-michel-serres-3-juin)

 

Sur ses fesses bariolées
on écrivit en violet
deux sonnets sibyllins rimés
par le poète Mallarmé

J’ai découvert les œuvres de Georges Fourest grâce à mon deuxième grand-père maternel lorsque j’étais adolescent. C’était un esprit libre et gentiment provocateur qui, connaissant mon penchant pour la littérature et prenant plaisir à m’initier à des choses qui sortaient des sentiers battus de la culture bourgeoise, m’avait un jour offert ce petit recueil de poèmes au titre étonnant : La négresse blonde, bientôt suivi d’un second intitulé Le géranium ovipare. Je m’étais plongé dedans avec enthousiasme, mais je dois bien avouer que je n’y avais d’abord rien compris.

Car Fourest (1867-1945) est un virtuose de la langue, du vocabulaire, de la rime et de la satire. Il jongle avec des mots rares ou étranges, des images provocantes, des sonorités exotiques, et raille nombre de personnalités de son temps, retombées depuis dans l’oubli. Dans un registre souvent égrillard et violemment satirique ses poèmes sont des exercices de style éblouissants. Il pousse le jeu de la langue à l’extrême, se moque de tout, ne respecte rien, dynamite en quelques vers malicieux les tragédies de Corneille et Racine, et pense qu’il n’y a pas grand chose de mieux à faire dans l’existence que d’attraper des hannetons (Ballade pour faire connaître mes occupations ordinaires)— me fournissant pour l’occasion le texte d’une de mes plus anciennes chansons (Les hannetons).

On raconte qu’un médecin brésilien fit teindre en blond ses deux servantes noires après avoir lu le recueil. L’histoire ne précise pas si le brave homme leur fit également tatouer des vers de l’abscons Mallarmé sur le postérieur.

« Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. »

1969. Bernard Moitessier allait être le premier à boucler une course autour du monde à la voile sans escale et en solitaire. Personne ne l’avait encore fait auparavant, personne même n’y avait véritablement pensé : sauf lui.
A bord d’un ketch de douze mètres, sans même une radio à bord, il avait quitté l’Angleterre, descendu l’Atlantique, franchi le cap de Bonne-Espérance, traversé l’océan Indien, puis le Pacifique, doublé le Cap Horn, et remontait vers l’Europe en longeant les côtes de l’Argentine, lorsqu’il décida de changer de cap, et fit à nouveau route vers le sud de l’Afrique. Là, il croisa un cargo, auquel il confia le bref message qu’on vient de lire, et continua sa route jusqu’à Tahiti où il s’arrêta parce que Joshua, son bateau, n’en pouvait plus, et où il vécut un peu comme Brel, plus tard, le ferait aux Marquises.

La longue route est le journal de bord de ce périple. C’est presque le contraire de l’Odyssée. Poséidon est hostile à Ulysse, il fait de la mer un obstacle à celui qui veut rentrer chez lui ; mais il est amical à Moitessier, qui est « heureux en mer », voudrait y rester toujours, et ne trouve, après quelques mois de voyage, aucun intérêt à rentrer chez lui, ni à remporter la course, ni à gagner de l’argent. Une évidence s’impose à lui : sa joie et son salut, c’est d’être seul face à l’océan, au ciel, au vent et à lui-même.

Le livre est écrit simplement, sans apprêts : le ciel, les flots, les étoiles, la météo, les détails de la vie du bateau et à bord du bateau. Quant à la décision d’enchaîner avec un deuxième tour du monde, et de réaliser ainsi cette bifurcation radicale qui allait le faire entrer dans l’histoire, il la raconte en quelques pages extraordinaires : car ce qui apparaît après coup comme une nécessité absolue, inscrite dans le destin de cet homme, n’a en vérité tenu à rien. Il dit qu’il aurait pu tout aussi bien continuer vers Plymouth, retrouver sa famille, inscrire son nom au palmarès des vainqueurs, respecter l’ordre des choses, ne jamais passer de l’autre côté du miroir, et (réflexion saisissante) que ça n’aurait pas fait de lui quelqu’un de moins bien.

« Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme », de Laurence Sterne, (c’est sous ce titre que je l’ai lu) est l’un des livres les plus réjouissants qui se puissent lire. Ce roman anglais du XVIIIè siècle se présente comme le récit autobiographique d’un homme qui entreprend de raconter sa vie en commençant par le jour de sa conception, et qui s’aperçoit qu’il n’en viendra jamais à bout car il lui faut plus d’une journée d’écriture pour conter une journée de son existence. Tous les codes de la narration y volent en éclat : la dédicace est placée à la fin du chapitre huit, la préface se situe vers la page 200, et certains chapitres s’interrompent au milieu d’une phrase quand d’autres sont remplacés par des pages noires.

Pourquoi un tel désordre ? Parce qu’à l’instant même où Tristram Shandy fut conçu se produisit une perturbation qui allait affecter sa vie entière. Jugez plutôt : Monsieur Shandy père s’était fixé pour règle de remonter de ses propres mains, le premier dimanche de chaque mois, la grande pendule installée sur le palier de l’escalier de sa maison, et « il avait été peu à peu conduit à concentrer à la même date divers autres devoirs familiaux, afin de se débarrasser de tous en une seule fois et d’éviter tout le reste du mois leur hantise importune ». Si bien qu’à la longue, « par une de ces malencontreuses associations d’idées sans fondement naturel » (mais qu’on peut aujourd’hui qualifier de pavlovienne), Madame Shandy, mère du narrateur, ne put « plus entendre remonter ladite pendule sans voir soudain surgir certaines autres pensées, et vice-versa ». Or, le soir où Tristram allait être conçu, et alors que ses parents, comme de juste, s’employaient à accomplir leur devoir conjugal, voici qu’au moment précis où se transmettaient du père au fils « les esprits vitaux, des bons mouvements desquels dépendent le bon sens ou la folie d’un homme, ses succès ou ses mésaventures », Madame Shandy s’était écriée : « – Pardon, mon ami, n’avez-vous pas oublié de remonter la pendule ? »

Les esprits venaient d’être lâchés, ce cri les embrouilla. Le destin de Tristram Shandy, comme le livre qui le raconte, ne pouvait plus ressembler à aucun autre. Cela donne un chef d’œuvre d’humour, de nonsense et de cocasserie.

« L’an du Christ 1571, âgé de trente-huit ans, la veille des calendes de mars, anniversaire de sa naissance, Michel de Montaigne, las depuis longtemps déjà de la servitude de la cour et des charges publiques, se sentant encor dispos, se retira dans le sein des doctes vierges [les Muses], où, en repos et sécurité, il passera les jours qui lui restent à vivre. »

Ayant fait peindre cette phrase sur une poutre de sa bibliothèque, dans la tour de son château, Montaigne s’y retire, se consacre « à sa liberté, à sa tranquillité et à son loisir » et entreprend la rédaction des Essais. Voici l’exemple parfait de ce que je crois être la sagesse : on a vu le monde, on y a pris sa part, on a compris comme il tourne, et l’on se dit qu’au fond, le mieux est de s’en tenir à l’écart et de « se réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute grande, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude ».

Les Essais sont le fruit de cette retraite librement consentie. Montaigne eût-il continué à s’occuper d’affaires publiques (ou privées), jamais ils n’auraient vu le jour. La simple existence de ce livre extraordinaire constitue la démonstration éclatante que le loisir, mené avec talent, a une utilité bien supérieure à toutes les autres activités humaines, en ce qu’il permet la réflexion sur la vie, la « préméditation de la mort », l’apprentissage de la mesure des êtres et des choses, et l’approfondissement de soi.

Quant à moi, quand je le lis, j’ai souvent l’impression de m’y voir comme dans un miroir. Il y est question d’un homme qui s’est donné comme art de vivre de « rester soi-même », et qui a détesté, du plus profond de son âme, les réformateurs professionnels du monde, les théoriciens, les marchands d’idéologie. Un homme qui a consacré une bonne part de sa vie à « l’oisiveté créatrice », et sur qui « comme un fleuve, tout glisse et ne dépose rien, pas de conviction profonde, pas d’opinion solide, rien de fixe, rien de stable* ». Un homme qui, face à la cohorte de ceux qui prétendent détenir la vérité, répondait simplement : « Que sais-je ? », qui s’est efforcé de rester debout dans le chaos du monde, et qui n’eut pas de plus grand souci que celui de sa liberté.

 

 * Stefan Zweig, Montaigne

L’Odyssée. Sans doute le plus beau roman / poème de tous les temps. Mon Dieu ! Quel choc ! Tout y est : l’aventure, l’amour, le fantastique, la violence, la tendresse, le parcours initiatique, la descente aux enfers, la nostalgie, et une poésie intemporelle rendue de manière éblouissante par la traduction de Philippe Jaccottet, que je conseille absolument.

La guerre de Troie est finie, et Ulysse, « l’Inventif », contrairement aux autres rois Grecs, va mettre dix années à rentrer chez lui. L’Odyssée nous conte ce retour, ou plutôt la fin de ce retour, car pendant sept ans, on l’apprend au chant V, Ulysse a séjourné chez Calypso. C’est une nymphe, une demi-déesse qui lui a procuré tous les plaisirs terrestres comme autant de baumes sur ses plaies de guerrier, comme autant de drogues à un vétéran. Elle lui a même promis l’immortalité pourvu qu’il demeure avec elle dans son paradis. Mais depuis quelque temps Ulysse s’ennuie et pleure en regardant la mer. Le paradis est artificiel. Sa place n’est pas là, elle est auprès de Pénélope sa femme, chez lui à Ithaque. Alors, malgré l’immensité des épreuves qui l’attendent et « même si quelque dieu veut l’engloutir dans l’abîme », il part à nouveau affronter le monde, à la rencontre de lui-même.

Les périls de la mer (tempêtes, récifs, sirènes), la séduction de nouvelles rencontres (Circé, Nausicaa), la plongée dans l’anonymat (mon nom est Personne), l’errance au bord de la folie et jusque chez les morts, le massacre des prétendants, la réconciliation avec son père et son fils, la reconquête de sa femme : long est le chemin du retour vers tout ce qui fait le prix et la simple beauté d’une vie d’homme, lorsque le monde n’est plus en guerre et que le temps des héros est fini.

Enfin, « après tant de souffrances et vingt années d’absence », s’étant retrouvé une dernière fois « au milieu des héros tués, éclaboussé de souillure et de sang, comme un lion qui s’éloigne ayant dévoré un bœuf au pâturage : tout son poitrail, et ses mâchoires de part et d’autre, couverts de sang », Ulysse se couchera auprès de Pénélope. Ils ont tant d’amour à faire et à refaire, tant de choses à se dire, que la déesse Athéna, qui a pris Ulysse en affection et protection, interviendra pour prolonger la nuit : « Il pleura, tenant sa femme fidèle, joie de son âme (…), dont les bras blancs ne voulaient plus se détacher de son cou. 
L’Aurore aurait paru avant que leurs sanglots ne cessent si Athéna aux yeux brillants n’avait eu son idée :
 elle allongea la nuit au bout du monde et retint l’aube 
au trône d’or dans l’Océan, sans la laisser atteler ses coursiers portant aux hommes la lumière. »

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