des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Play-list impossible

Maxime Le Forestier est actuellement en tournée. Dans un premier temps, il chante la dizaine de titres de son nouvel album (Paraître ou ne pas être). Dans un deuxième, il offre au public quelques-uns de ses « tubes ».

J’ai beaucoup aimé ses nouvelles chansons. Elles traitent de thèmes qui sont en phase avec son âge comme avec l’époque, et en entendant plusieurs d’entre elles je me suis dit que j’aurais pu écrire des choses voisines. Des ronds dans l’air par exemple est une jolie méditation sur les réseaux :
« Les paroles ne s’envolent plus : dommage
Sitôt prononcées elles restent coincées dans un nuage (…)
Rien ne se perd, rien ne s’oublie »
Il me semble que j’aurais juste marqué un peu plus le parallèle avec Lavoisier : « Plus rien ne se perd, plus rien de secret. Dommage. »

La chanson de lui que je préfère, c’est Passer ma route. Sa mélodie est prenante, douce, irrésistible, avec un parfum de reggae. Je l’ai adorée dès la première écoute, il y a vingt cinq ans. Elle dit la joie d’avancer en dehors des chemins tout tracés, et célèbre la sensation délicieuse de passer entre les gouttes, dans la jouissance consciente et forcément un peu égoïste de sa propre liberté.

Puisque c’est le cinéma qui sert cette année de fil rouge à l’édition 2019 de Chansons & Mots d’Amou, il paraissait naturel d’organiser dans le cadre du festival des projections de films où la chanson serait à l’honneur, c’est-à-dire des comédies musicales. Nous en avons retenu deux : Peau d’Ane et LA LA Land.

Peau d’Ane, de Jacques Demy, s’est rapidement imposée. C’est un « classique » en langue française qui s’inscrit parfaitement dans le programme que nous développons à destination du jeune public, sous l’appellation « les p’tits mots d’Amou ». Et comme la musique en avait été composée par Michel Legrand, c’était une bonne façon de rendre hommage à ce fabuleux musicien récemment disparu.

LA LA Land, que nous avons retenu pour la soirée d’ouverture, jeudi 1er août, (ouverture dans tous les sens du terme, puisque l’accès en est gratuit et ouvert à tous) était un choix moins évident. Mais outre le fait que le film a remporté l’Oscar du meilleur film en 2017, il nous a semblé que son titre, pour peu qu’on l’entende La la Landes, témoignait parfaitement du goût particulier que les Landes — et les Landais —, grâce à des festivals comme Chantons sous les pins, Musicalarue, ou le nôtre, manifestent depuis longtemps pour la chanson.

La La Land : projection au fronton, jeudi 1er août, 21h45. Accès libre.
Peau d’Âne : projection salle de l’Etoile, vendredi 2 août, 14h30. Gratuit mais réservation indispensable.
Exposition d’affiches de comédies musicales des années 1950 à 1980 : à la mairie d’Amou. Accès libre.

https://www.chansonsetmotsdamou.fr/billetterie.html

 

La chanson que Clarika chante à chacun de ses concerts, son « tube » comme elle le dit elle-même, s’intitule Les garçons dans les vestiaires. Il faut dire qu’elle avait été accompagnée à sa sortie d’un clip tourné avec les Rugbymen du Stade français, dénudés et huilés comme il se doit.

Pour des raisons dont je crains qu’elles ne soient liées à l’incorrigible pudibonderie des réseaux sociaux, ce clip a aujourd’hui disparu.

Heureusement, reste la chanson, que je vous propose (ci-dessous) de déguster à l’ancienne : en l’écoutant, sans la voir.

Clarika sera présente au festival Chansons & Mots d’Amou le vendredi 2 août en soirée. Ses concerts sont toujours des moments de grâce. Ne manquez pas celui-ci : Clarika ne rechantera plus en public de tout l’été. Pour réserver, c’est sur ce lien. Qu’on se le dise !

 

 

« Dansons tous deux sur cet air
J’aurai le goût de te plaire
Quittons la Terre
Mes vieux seins calés dans tes paumes »

J’aime Chloé Lacan. Elle a un talent et un charme rares. Elle était venue au festival à Amou en 2015, et j’ai gardé de son concert le souvenir d’un moment de grâce. Elle nous fera le très grand plaisir de revenir l’été prochain. J’en reparlerai.

Chloé écrit de merveilleuses chansons, certaines très drôles, d’autres d’une délicatesse déchirante, miraculeuse. « Dansons » est l’une de celles-ci. Une vieille femme ferme les yeux, et rêve que son amour disparu est là. Elle lui parle jusqu’au petit jour. Elle danse. L’espace d’une nuit, tout lui revient, ils sont ensemble, elle est dans ses bras, ils rient tous deux du temps qui passe. Ils dansent. Elle veut voir l’aube entre ses bras.

Elle laisse aller ses sens et sa mémoire, et murmure à celui dont elle sent intensément la présence : « Quittons la Terre / Mes vieux seins calés dans tes paumes ». On la voit sourire. Tout est beau. Ils dansent. Jusqu’à l’aube.

Elle sait qu’après, les yeux rouverts, elle ne verra plus rien.

Septembre est un mois qui inspire les auteurs de chansons. Comme le mois de mai. Les autres mois sont loin derrière. Les chansons sur février sont rares.

Septembre est un mois qui a inspiré Barbara. « Quel joli temps pour se dire au-revoir / Quel joli soir pour jouer ses vingt ans ». Ecoutez cette audacieuse modulation d’un demi-ton entre couplet et refrain.

Mais écoutez aussi, dans cette interprétation, comme avec sa voix voilée de satin Camélia Jordana en rend la délicatesse. « Sur la fumée des cigarettes » un frisson danse et passe.

L’amour reviendra.

PS : Pan sur le bec ! comme dit Le Canard Enchaîné. A peine venais-je d’ironiser sur la curieuse période de validité du certificat provisoire d’immatriculation que l’administration m’avait adressé suite à la perte de mes papiers que je reçus dès le lendemain par courrier recommandé le document définitif. Excellent service, rien à redire. Bravo et merci.

Paul Lafargue

En faisant quelques recherches sur Paul Lafarguej’ai découvert une chanson de Moustaki que je ne connaissais pas. Il l’a intitulée le Droit à la paresse, en hommage simple, sincère, et touchant à « celui qui, peut-être, a été [s]on premier et [s]on unique maître », et que par discrétion, et parce qu’ « il n’était pas de ceux qui entrent dans l’Histoire », il ne nomme pas.

Il se peut que sur l’Histoire, Moustaki ait jugé trop tôt. Sans doute, lorsqu’il écrivit la chanson au début des années 70, Lafargue était-il largement ignoré. Mais les choses changent. Les débats récurrents sur la destruction du travail, l’avènement des robots et de l’intelligence artificielle, les réflexions sur le revenu universel ont quelque peu remis en lumière la pensée originale et forte de cet homme libre, et courageux.

« Mort de son propre choix, ni trop vieux, ni malade » : c’est en passant, et avec beaucoup de délicatesse, que Moustaki évoque les circonstances de sa fin : Paul Lafargue s’est suicidé à 69 ans, en 1911, en compagnie de sa femme Laura Marx. Il a laissé ces lignes : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. »

« Il rêvait d’une vie que l’on prend par la taille / Sans avoir à la gagner comme une bataille. » Vient toujours un moment, toutefois, où l’on a une bataille à livrer, et où l’on sait qu’elle sera perdue.

 
Y’a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout (…)

Ah ! Cette poussière, en effet, dont nous sommes faits, et en quoi les uns et les autres retournent en rangs serrés, ces derniers temps… Et France Gall, pas plus tard qu’hier…

Et nous qui demeurons ici pour un moment encore, juxtaposant nos peines, confiant aux réseaux le désarroi provoqué par ces départs, que faisons-nous ? Nous chantons encore, évidemment, et

évidemment évidemment
on danse encore
sur les accords qu’on aimait tant

Il parait que Maxime Le Forestier, se rendant en voiture aux trente ans de Julien Clerc, s’avisa qu’il n’avait pas de cadeau, et s’arrêta sur le bord de la route pour lui écrire une chanson. Ce fut J’ai eu trente ans.

Je me souviens que c’est aussi en voiture que j’ai entendu cette chanson pour la première fois. J’avais moi-même vingt-six ou vingt-sept ans, je rentrais sur Paris après quelques jours de ski, la vie me paraissait aussi longue et dégagée que l’autoroute du Sud l’était ce jour-là. Mais en arrivant à la barrière de péage de Fleury, une parole me perfora le cœur : Ce qui n’est pas / Ne sera pas / Plus tard.

J’entendis que tout ce qui allait faire ma vie était en train de finir de se mettre en place, et que « le temps de plus d’excuse » n’allait, en effet, pas tarder à venir. Tant et tant d’années plus tard, ces mots m’irradient toujours d’une inexplicable nostalgie. Mais le « vieil écolier » s’amuse toujours.

C’est aujourd’hui au tour de notre fils Romain de franchir le cap de la trentaine. Bon anniversaire, fils. Je t’offre ce titre, et la conscience du temps qui passe, et le sombre et profond plaisir qui va avec. Goûte-le bien.

Samedi matin, dans le bois de Boulogne, j’étais parti courir par grand soleil, grand froid, grand givre. Les joggeurs étaient rares. J’ai pensé : c’est peut-être à cause du froid, ou alors tout le monde est sur les Champs-Elysées, pour l’hommage à Johnny. Je me suis dit qu’en rentrant à la maison je jetterais un coup d’œil à la télé pour voir ça. Puis je me suis enfoncé dans le bois.

Parvenu à cet endroit de mon parcours où je traverse la grand route qui va de la porte Maillot à Longchamp, j’ai vu une multitude de gyrophares qui s’avançaient à vitesse réduite. C’était le convoi funéraire, motards, Mercedes noires, suivi déjà par un gros paquet de “bikers”.

​Je ne serais jamais allé sur les Champs pour l’hommage populaire. Et voilà que par une extraordinaire coïncidence, le mort le plus célèbre de la décennie venait à moi. L’occasion m’a ainsi été donnée, pour un instant, d’un hommage intime, privé, inattendu, que je lui ai bien volontiers rendu, dans une belle lumière d’hiver, et alors que, dans mes écouteurs, Nina Simone chantait Oh my darling, Cling to me, For we’re creatures of the wind, And wild is the wind, So wild is the wind

​Quand je serai vieux
Que je perdrai mes cheveux
Dans bien des années…

Je chante cette chanson depuis qu’elle est sortie en 1967, depuis que j’ai 14 ans. The Beatles, When I am sixty four. Inutile de dire qu’au début je trouvais ça très loin. Cinquante ans à traverser. C’était de l’autre côté de la vie.

J’atteins aujourd’hui cette rive fameuse, je touche ce faux horizon.

Et si je rentre à trois heures du mat’ / trouverai-je porte close ?
Tiendras-tu à moi ? Me feras-tu des p’tits plats
Quand j’aurai 64 ans ?

Les questions étaient bonnes. Elles ne se posent plus, ou bien j’ai les réponses. De toute façon, je suis en train de passer l’âge.

 

PS : Pas moyen d’avoir sur You Tube la version des Beatles. En revanche, on trouve celle de cet Apollo Club, dont une bonne partie des membres semblent savoir, comme moi désormais, de quoi il retourne.

 


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