« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »
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La “Supplique pour être enterré à la plage de Sète” a un long titre, et c’est une longue chanson, la plus longue de Brassens.

C’est un monument, un peu comme la Hammerklavier dans les sonates de Beethoven, aussi étrange que puisse paraître cette comparaison.

Elle fait entendre la vie du côté d’un mort, ou d’un futur mort. On peut l’écouter comme un parcours sonore qui commence dans le chuintement d’une plume grattant une feuille de papier, se poursuit par les bruits d’aiguillage sous les roues d’un wagon-lit, s’affirme dans un vibrant “place aux jeunes!”, se développe ensuite tour à tour dans les injonctions d’un marin alcoolique, les affres d’un adolescent boutonneux, la déclamation d’un poème de Paul Valéry, les cris des enfants jouant sur le sable, le chant des cigales à l’ombre du pin parasol, les airs de danse venus, au gré du vent, d’Espagne ou d’Italie, les battements de coeur posthumes à l’idée d’une ondine dévêtue, pour s’épanouir enfin avec le clapotis des vagues, sur la coque d’un pédalo, recouvrant des échos de musique militaire.

C’est cela qui est merveilleux dans cette chanson : le silence de la mort ne cesse de s’y dissoudre dans les bruits familiers, banals, gais, de la vie.

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