des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

La photo date de 1934 ou 1935. Je l’ai découverte récemment, en rangeant des papiers. Mon père a treize ou quatorze ans.

Je la montre à Maman. Elle la détaille avec attention. — Oh, me dit-elle, regarde ce garçon : il a de beaux yeux… de beaux sourcils… un beau nez… une belle bouche… — Ce garçon, Maman, c’était ton mari. — Ah ?… Eh bien je l’avais bien choisi. Il est beau !…

Aujourd’hui 16 août, le jeune homme de la photo aurait eu 97 ans.

Nous avons une tradition à Amou : les têtes d’affiche sont réincarnées en platanes. (Pour préserver le site, nous replantons des arbres, et chacun est baptisé du nom d’un artiste qui est venu chanter.) Quand nous lui avons annoncé : « bon, et alors ? » a semblé penser Juliette. — Et alors, vous pourrez faire de l’ombre à tous ceux qui vous suivront !

Ça l’a fait rire. À côté de ceux de Marie Christine Barrault, Yves Jamait, Carmen Maria Vega, Camille, Thomas Fersen, et Michel Jonasz, il y aura un platane nommé Juliette, qu’on essaiera de choisir rond et frisé.

L’opération s’est déroulée en trois temps :
1. sélectionner quelques pensées et aphorismes parmi les textes de chansons ou de livres des auteurs figurant au programme de l’édition 2018 du festival ;
2. réaliser banderoles et panneaux où ces phrases seraient calligraphiées ;
3. placer lesdites banderoles dans des lieux choisis pour leur résonance avec l’inscription retenue.

C’est ainsi que nous avons pu lire, accrochées sur les toilettes publiques, ces deux fortes remarques, respectivement de Vincent Roca et d’Alphonse Allais : « Quand le pétomane surjoue, ça se sent tout de suite », et « Si j’étais riche, je pisserais tout le temps » (cette dernière inspirée, avouons-le, des WC du théâtre du Rond-point à Paris).

C’est ainsi aussi qu’au-dessus de la vitrine de l’assureur (et avec son autorisation) on trouvait, du même Alphonse Allais, cette observation désabusée : « Dans la vie, on ne peut compter que sur soi-même, et encore pas beaucoup ».

Mais sans conteste, le clou de l’accrochage fut le « Je veux être futile à la France », de François Morel, au fronton de la mairie. L’auteur, ayant fort apprécié de se trouver ainsi mis en valeur sur un bâtiment officiel, a pris la même photo que celle que l’on voit ci-dessous, et l’a tweettée à ses amis, ce qui inclut pas mal de gens illustres et une bonne partie de la rédaction de France Inter. De sorte que les Amollois, à commencer par leurs édiles, ne devraient pas tarder à être nationalement connus pour leur festival et pour… leur humour.


Festival terminé.

Scènes démontées hier. Organisateurs et bénévoles épuisés mais heureux. Mission accomplie, objectif atteint.

Les artistes du festival (François Morel, Juliette, et Wally en tête) ont succombé au charme d’Amou. Le public le leur a bien rendu : arènes combles, et debout à la fin des spectacles.

Record de fréquentation battu. Soleil en majesté et forte chaleur, heureusement adoucie par l’ombre des platanes. A la nuit tombée, grandes tablées au bord du Luy de Béarn.

Moments magiques. Emotions partagées. Restent des chants dans la poitrine, et de la joie plein le cœur.

Madame de B. est une octogénaire décidée, à laquelle on ne résiste pas. Disons du moins que moi, je n’en ai pas trouvé le moyen. Comme nous nous croisions l’autre jour dans la rue : — Ah ! Jean-Pierre, me dit-elle, vous qui êtes un excellent lecteur, faites-moi le plaisir de venir à la messe de 9h15 dimanche et de lire l’épître ! — Pas de Saint Paul, s’il vous plaît, tentai-je de résister. — Alors vous prendrez la première lecture, c’est un extrait du Livre des Rois.

Soit. Le jour venu, elle me montre le texte, et me dit : — Vous voulez bien faire aussi la procession d’entrée ? Mettez-vous dans le fond de l’église, attendez le prêtre. Vous porterez l’évangéliaire les bras tendus bien au-dessus de la tête. C’est la parole de Dieu, tout de même !… Et elle me laisse pour régler d’autres détails de la cérémonie.

Deux minutes plus tard, alors que je suis posté au bout de la nef, le prêtre arrive, ainsi que deux dames munies de cierges. — Je me place où ? demandai-je. — C’est comme une voiture, me répond-il. Ces dames sont les phares, vous, vous êtes le moteur, moi je suis à l’arrière. Ça y est, tout le monde est prêt ? On démarre !

Le chant d’entrée, repris par l’assistance, couvrit mes vroum-vroums intérieurs.

J’ai quelques difficultés ces derniers jours à travailler correctement. Je dois relire soigneusement mes mails qui se truffent de signes mystérieux, et vérifier à deux fois les comptes du festival que je tiens sur des tableaux Excel qui prennent volontiers des allures fantaisistes. Quant à écrire un article pour ce blog, c’est devenu une gageure…

Tout ça à cause d’un jeune animal dénommé Pompon, curieux de tout, effrayé de rien, charmant, narquois, dédaigneux, désinvolte, et qui se sent partout chez lui, jusque sur le clavier de mon ordinateur.

Nous avions pris la route sans bouger de la maison, juste en suivant la carte, vers la Belgique. Un panneau indiquait la Flandre, et vers Gand nous nous sommes retrouvés dans un grand parc des expositions, à la recherche d’un salon intitulé « Eurodanse ». Au guichet un homme assez grand, à lunettes et barbiche, nous indiqua qu’il fallait poursuivre un peu plus loin vers le nord.

Lorsque nous sommes revenus à la voiture, Maman n’était plus là, et Claudine a dit : il y a un lac pas loin, elle a du partir nager. J’ai pensé : avec ce froid, dans cette eau grise ? Mais elle avait raison : Maman faisait quelques brasses dans une eau sans ride, nous lui avons fait signe et elle est revenue vers nous, elle est sortie du lac tranquille et insouciante, elle avait cinquante ans.

 

Je tiens de mon ami Serge Bouvier cette révélation étonnante : Amou a été le premier village à avoir existé sur la Terre.

Bien que la chose soit peu connue, elle semble néanmoins avérée. Elle remonte au premier homme et à la première femme, lesquels se nommaient Adam et Ève, comme chacun sait.

Ce qu’on sait moins, c’est que tous les deux parlaient gascon. Après que Dieu les eut créés, ils se regardèrent en se demandant :

— Que ban ha adare ? ( Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?)
— Que ban ha l’amou ! ( On va faire l’amour)

Ils firent donc Amou, aussi sûr que Romulus et Remus firent Rome.

(Remarquons au passage que cette fondation nous permet de situer avec précision le paradis terrestre : au sud de la Chalosse, quelques riants côteaux au milieu desquels coule le Luy de Béarn.) ​

La maison, la nuit, prenait des airs étranges. Une discrète atmosphère hitchcockienne s’emparait du lieu. Ses fenêtres s’étiraient comme des pupilles de chat. A l’intérieur, on pouvait imaginer, selon l’humeur, des rires, des cris, ou des silences. Mais au-dehors, ce qui l’enveloppait, c’était le grand mystère de la nuit.

Si l’image me frappait, c’est que j’y reconnaissais quelque chose de nos vies. Nous passions notre temps à nous préoccuper de questions domestiques, disputant du menu du prochain repas ou de la couleur du canapé du salon. Seul notre nid nous intéressait. Tout le reste, l’immense reste, nous l’ignorions et lui tournions le dos.

Hier soir, je ne sais pas si vous en avez entendu parler, une petite fête s’est improvisée dans la capitale. Quelques amis se sont réunis près de l’Arc de Triomphe pour fêter un match de foot victorieux. Tout les participants semblaient joyeux et très satisfaits.

Moi qui, d’habitude, me tiens à l’écart de ce genre de sauteries, je m’y suis laissé entraîner par ma femme. Eh bien je suis content d’y être passé. C’était une sorte de carnaval, sans musique mais avec des drapeaux. Mais j’étais bien content aussi, deux heures plus tard, de rentrer chez moi.

Merci aux Bleus, et bravo à tous !

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