des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

– Hmmm… Jean-Pierre… Comment vous dire ? La Fontaine / Brassens… J’ai assisté à la répétition tout-à-l’heure. Vous savez, vous allez donner une représentation devant des scolaires, et il y a quelques mots qui risquent de choquer. Les Américains sont très puritains, vous savez…
– Oui, je sais…
– Tenez, dans « les trompettes de la renommée », par exemple. Il y est question de salope.
– Exact. « Combien de Pénélopes / Passeront illico pour de fieffées salopes. »
– Eh bien… Vous pourriez peut-être juste faire lalala à la place…
– Mais ça rime avec Pénélope…
– Bien sûr, et je ne veux pas vous censurer, mais…
– Bon, laissez-moi réfléchir… Voyons… Si je disais par exemple : « Oh ! Combien d’Hermiones / Passeront illico pour de sacrées cochonnes », ça vous irait ?
– Oh, oui, ce serait parfait. Parfait !
– Mais Hermione, pour vos élèves, ça risque plus d’évoquer Harry Potter que la mythologie grecque, non ?
– Peu importe. Merci beaucoup !

Voici comment, dans l’imaginaire des cent cinquante lycéens qui ont assisté au spectacle, une gentille sorcière s’est substituée à l’épouse modèle d’Ulysse pour laisser entrevoir sa face cachée.

L’hôtel où nous logeons à Los Angeles se nomme le Royal Palace. On peut juger l’appellation quelque peu emphatique, mais voyez cependant l’aspect majestueux des couloirs : moquette dans le plus pur style des années 70, raffinement des éclairages, délicatesse de la décoration murale, huisseries ouvragées… Trouve-t-on aussi bien à Buckingham Palace ? J’en doute.

L’architecte, hélas anonyme, qui a dessiné ce bâtiment avec une telle sûreté de goût était sans conteste un nouveau Le Vau, une réincarnation de Mansart.

Avoir sommeil. Ne pas dormir. Je ne trouve pas le sommeil qui est là, juste à côté, hors de portée pourtant.

Je respire, j’essaie de l’attirer à moi et de l’attendre calmement, mais je glisse malgré moi dans cette spirale où plus je le cherche, plus je m’irrite de ne pas le trouver. Les minutes passent, je pense à la journée qui arrive, je pense aux minutes qui passent, à la vie qui passe, aux heures qui passent, passent sur moi, roulent sur moi comme de gros nuages, et me laissent sur le bas-côté des songes, échoué, impuissant. Comment atteindre la torpeur ? Mon cœur bat fort, inexplicablement fort, il repousse l’inconscience à laquelle j’aspire, il l’écrase de ses pulsations, mon cœur sonne une alarme inutile, le sang frappe à mes oreilles, toc toc, comme un visiteur importun, mes pensées sont des molécules qui s’agitent, aucune ne mène au repos. L’assoupissement s’éloigne chaque fois que je crois le saisir.

Ah ! Si seulement tu étais là…

Nous nous retrouvons au restaurant avec un ami. La table est bancale. — Tu as faim ? me dit-il. — Oui. — Alors tu sais que c’est le pain qui cale.

Et plongeant sa main dans la corbeille, il saisit une tranche de pain, se penche, et la glisse prestement sous l’un des pieds.

Notre déjeuner s’est déroulé dans une stabilité impeccable : parfaitement équilibré, sur ce plan-là du moins.

Une personne très chère à mon cœur a mis au point une recette de carottes qu’on pourrait intituler Carottes de Carême.

Difficulté : nulle
Temps de préparation : un mois
Apport calorique : zéro
Coût : faible (heureusement)

La recette en cours de préparation

Achetez des carottes de bonne taille, comptez-en cinq ou six pour deux personnes. Puis laissez-les à rétrécir à température ambiante pendant une douzaine de jours. Quand elles commencent à s’abîmer, placez-les dans le compartiment légumes de votre frigo, où vous pourrez les oublier pendant encore deux, trois, voire quatre semaines.

Une fois qu’elles sont rabougries molles et flétries à point, c’est prêt. Inutile d’assaisonner : servez directement à la poubelle.

La semaine qui commence est cruciale pour le Brexit. Les accros au feuilleton (comme moi) vont se régaler.

Résumons : le Royaume-Uni a négocié pendant deux ans avec l’Europe un accord sur les conditions du Brexit. Pour ce faire, il avait préalablement défini des « lignes rouges », dont l’une consistait à rétablir les frontières avec l’Union Européenne, et une autre à ne pas en avoir avec l’Irlande, qui fait cependant partie de l’Union.

L’aspect contradictoire de ces deux propositions sautant aux yeux de tout le monde sauf à ceux des Anglais, les négociations ont été laborieuses. Les Européens ont fini par dire : écoutez, on trouvera certainement un jour le moyen de faire une frontière qui ne soit pas une frontière, mais le temps qu’on le trouve, vous restez dans l’union douanière avec nous. All right, ont marmonné les Anglais.

Puis leur Parlement a été pris d’un doute : — Ah, mais si c’était un piège, cette idée d’une frontière-qui-n’est-pas-une-frontière ? — C’est notre idée. — Justement… Retournons négocier avec les Européens, et exigeons qu’ils l’abandonnent.

Aussitôt fait que dit. — Mais vous l’abandonnez aussi, alors ? — Ah, non ! Nous n’avons qu’une parole…

On en est là. Un journal néerlandais a écrit, à propos de l’attitude des Britanniques : « c’est un peu comme si l’équipage du Titanic s’était réuni et avait décidé que c’était à l’iceberg de céder le passage ».

Keep calm and carry on.


J’ai tendance à penser (et je le dis volontiers en cette journée des droits des femmes) que les choses vont mieux quand davantage de femmes sont en position de pouvoir un peu partout dans les organisations humaines. L’entre soi masculin n’est pas bon.

Je parlais hier de l’Eglise. Comment ne pas se dire qu’elle gagnerait beaucoup à ne pas être dirigée que par des hommes ? Il ne s’agit pas seulement des affaires dans lesquelles elle est empêtrée. Il s’agit du fait qu’une sensibilité féminine puisse s’y exprimer et s’y épanouir à égalité avec celle des hommes. Aucune femme ne célèbre jamais la messe, aucune femme ne prononce jamais d’homélie, aucune femme n’éclaire jamais la parole de Dieu par sa parole à elle.

Pourquoi ? Pourquoi travestit-on toujours la part féminine de Dieu ?

Ma contribution au grand débat national, la voici. Le titre complet que je lui ai donné est : Faire de la fiscalité l’outil de la préservation de l’environnement, ou fléchir l’intérêt au service de la vertu.

La nature a longtemps été plus forte que l’homme. Aujourd’hui c’est l’inverse. L’homme bouleverse la nature. Toutes les communautés humaines doivent assimiler cette réalité nouvelle et l’intégrer au cœur de leurs politiques.

Préserver les fragiles équilibres de la planète est la condition de notre survie. Si l’on raisonne à 50 ou 100 ans, aucune autre question ne l’emporte sur celle-ci. Effondrement de la biodiversité, dérèglement climatique : comme disait l’autre (en l’occurrence M. Chirac), « la maison brûle ». Par conséquent, l’Etat (et, à la vérité, tous les états du monde) doivent toutes affaires cessantes s’occuper d’éteindre l’incendie et intégrer cet objectif de préservation. Il faut radicalement corriger notre mode de développement économique. Comme celui-ci est fondé sur l’argent et la recherche du profit, c’est là qu’il faut agir. Pour l’Etat cela s’appelle fiscalité.

Plus rien de ce qui pollue ou détruit ne doit être exempt de taxes ou d’impôts, à l’instar de ce qui se fait pour le tabac. A l’inverse, toute modification de comportement vers un mode de vie écologiquement “vertueux” (énergies renouvelables, diminution de l’empreinte carbone, consommation locale et circuits courts, etc) doit faire l’objet d’un accompagnement économique. On recherchera donc sur le plan fiscal à mettre en place toutes les incitations et toutes les dissuasions possibles, aussi bien pour les sociétés que pour les particuliers. On pourrait par exemple rétablir l’ISF, et instituer une exonération pour tout investissement ou dépense visant directement ou indirectement à restaurer l’environnement et la biodiversité. Même chose pour les déductions sur l’IS ou l’IR. Quant aux taux de TVA sur les biens et les services, ils devraient être proportionnels à l’impact que ces biens et services ont sur le biotope ou le climat.

La Rochefoucauld remarquait que « les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer ». L’Etat n’a pas de plus grande responsabilité aujourd’hui que de fléchir l’intérêt au service de la vertu. Ce n’est plus une affaire de morale, c’est une question de vie ou de mort.

Vendredi soir, il m’est venu l’idée curieuse de prendre part au grand débat. Pourquoi ? Je n’en sais rien. J’avais bu un peu de vin, j’étais d’humeur causante, mon nouvel ordinateur me tendait son clavier : je me suis connecté au site, et hop ! je me suis inscrit.

En guise de confirmation de mon inscription, je reçus un courriel <ne-pas-repondre@grand-debat.fr>. J’eus l’impression qu’on m’enjoignait d’en rester là. J’ai passé outre. Ce n’était pas que j’avais des choses très originales ou particulièrement intéressantes à dire, mais pour une fois, contrairement à mes habitudes, j’avais envie de m’exprimer sur les affaires publiques, et par ailleurs il ne m’avait pas frappé ces derniers temps qu’une pensée originale ou intéressante fût requise pour prendre la parole.

Comme je n’avais nullement l’intention de traiter tous les thèmes proposés, encore moins de répondre en détail aux questionnaires, je suis allé directement au chapitre de la transition écologique. Je serai probablement mort lorsque les effets des changements en cours se feront durement sentir, néanmoins c’est le seul sujet qui soit vraiment important. Si la Terre devient invivable, à quoi servira d’avoir sauvé quelques emplois ici ou combattu quelques terroristes là ?

J’ai zappé les questions pour déposer dans la zone de commentaires une idée qui n’est sans doute pas nouvelle et que je n’ai pas étudiée dans les détails, mais qui dans son principe est sérieuse, et que je révèlerai demain matin sur ce blog.

Ceux de mes lecteurs qui trouveraient insupportable d’attendre vingt-quatre heures pour la connaître peuvent aller la chercher sur le site du grand débat. Et ceux qui, à l’inverse, ne sont pas intéressés à l’entendre n’auront qu’à sauter une journée et revenir ici mercredi.

Le passionnant feuilleton du Brexit arrive-t-il à son dénouement ? Il s’approche en tout cas de sa date limite, initialement fixée au 29 mars, mais qui sera peut-être renvoyée aux calendes, tant le Parlement britannique semble incapable de se mettre d’accord sur ce que le pays doit faire, tant il s’agite de soubresauts inattendus, et tant Madame May s’est mise à contredire le lendemain toutes les affirmations péremptoires qu’elle a pu faire la veille.

Ce qu’on peut dire aujourd’hui c’est que trois votes sont prévus en mars à la Chambre des Communes : le 12 sur l’accord négocié par le gouvernement anglais avec l’Union Européenne (accord déjà désavoué massivement lors d’un premier vote en janvier) ; le 13, en cas de rejet, sur une éventuelle sortie de l’Union sans accord ; et le 14, en cas d’échec des deux votes précédents, sur un report de la date de sortie.

J’espère que Theresa May connaît bien son histoire car le 15, quoiqu’il arrive, ce seront les Ides de Mars. C’était traditionnellement, dans la Rome Antique, le jour où l’on payait ses dettes et réglait ses comptes, et ce fut, en 44 avant JC, celui où une soixantaine de sénateurs armés de couteaux réglèrent celui de Jules César.


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