des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours


C’est un arbre blanchi et défolié par les fientes des grands cormorans. Son pied est entouré de nids, et il n’est pas difficile de comprendre qu’il a servi de perchoir à plusieurs générations d’oiseaux.

J’admire la forme parabolique de cette carcasse végétale. Ses branches décharnées ouvertes en direction du ciel semblent une antenne cabossée guettant le signal inconnu qui viendra un jour des étoiles.

Père et fille passent en voiture la frontière entre la Normandie et la Bretagne, à proximité du mont Saint Michel. La fille répète alors ce qu’elle a souvent entendu dire à son père :
Le Couesnon en sa folie
Mit le Mont en Normandie
Puis elle demande : – c’est quoi au fait le Couesnon ? Le nom d’un vent ?
– Non, ma chérie, dit le père en riant, c’est une rivière… Mais quelle belle idée ! Plût à Dieu qu’on pût tracer des frontières sur du vent…

Le grandissant
Cortège des absents
Marche sur un chemin où danse la poussière
À la lueur de ses propres ombres
Il s’étire jusqu’à la lune
Il chante comme un violoncelle
Gigue triste chacone rêveuse
Un visage s’éclaire sourit grossit s’éteint
Puis un autre puis un autre
Et notre mémoire au matin s’étend sur les orties du cœur

Le bateau flottait sur l’écume des nuages. Les témoins de cette surprenante apparition affirmaient, la plupart, qu’il s’agissait d’un cerf-volant, mais je penchais plutôt pour l’idée que le vaisseau fantôme, toutes voiles dehors, venait de cingler du fond de nos mémoires pour accomplir une fois encore son éternelle mission : incruster une tache maigre et sombre sur nos consciences nébuleuses et tranquilles.

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La fable est amusante, et par les temps qui courent, elle prend un certain relief. La Fontaine imagine un singe démagogue, ou tout comme, qui se fait élire roi à force d’incongruités.

« A peu de gens convient le diadème », conclut l’auteur. Aucun renard, hélas, n’est encore en vue.

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« There is a crack in everything, that’s how the light gets in. — Leonard Cohen » (Il y a une fêlure dans chaque chose, c’est comme ça que rentre la lumière.)

Cohen avait longuement fréquenté le bouddhisme. L’histoire dont s’inspirent ces mots est, dit-on, celle d’un jeune homme qui avait perdu une jambe, et s’était réfugié dans un monastère. La colère et la souffrance ne le quittaient pas. Il passait ses journées à dessiner des vases fissurés, des objets cassés, parce qu’il se sentait cassé lui-même. Et puis les mois passèrent, et il se mit à voir les choses d’une autre façon. La paix finit par s’installer dans son coeur. Pourtant, il dessinait toujours des vases fêlés. — Pourquoi ? lui demanda son maître. N’es-tu pas réparé ? Ne te sens-tu pas entier, et beau ? — Si, répondit le jeune homme, et ainsi sont mes vases. Car leur fêlure laisse entrer la lumière.

J’aime la presse en ligne. Ses mises en page sommaires offrent parfois des rapprochements cocasses entre deux sujets d’actualité. The Guardian nous a fait ainsi entrevoir récemment les perspectives insoupçonnées des neurosciences :

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(Un implant dans le cerveau permet à des singes partiellement paralysés de remarcher. Que fera Trump ?)

Quant au Huffington Post, il semble qu’il ait trouvé une raison de critiquer Hollande à laquelle personne n’avait encore songé.

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Enfin, à propos de surpoids, notez bien que je parle de presse en ligne, mais que les panneaux d’affichage classiques font aussi parfaitement l’affaire :

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(Merci à Bernard Joyet d’avoir repéré cette dernière.)

© Reuters / Jean-Paul Pelissier

Un an après, je trouve très bien que Sting chante au Bataclan et que Paris s’illumine à nouveau de lumières.

Mais j’en profite pour dire que, selon moi, la meilleure et la plus subtile des réactions aux attentats du 13 novembre 2015 avait été celle d’une citoyenne de Marseille, qui avait accroché trois soutien-gorges à son balcon.

Madame, ou Mademoiselle, bravo, et merci !

Je passe l’après-midi avec Maman. Elle récite en boucle des Je vous salue Marie. Elle bute systématiquement sur la fin. Après « Priez pour nous pauvres pécheurs », au lieu de dire « maintenant et à l’heure de notre mort », elle enchaîne à chaque fois : « maintenant et pour la multitude ».

J’interviens pour la remettre sur le bon texte. — C’est une question de temps, Maman. Nous demandons à la Vierge de prier pour nous maintenant (c’est le présent) et à l’heure de notre mort (c’est le futur). Essaye d’y penser. Tu dis à Marie quand elle doit prier pour nous.

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Maman reprend son Je vous salue Marie depuis le début. Parvenue à « Priez pour nous pauvres pécheurs », elle hésite : « maintenant… maintenant et…» — Maintenant et quand ? — Maintenant et dans les jours qui viennent !

Ainsi soit-il.

Les champagnes Mercier avaient autrefois une accroche publicitaire qui disait : « Nous arrivons toujours au bon moment ».

Voyez comme je suis : je n’ai pu empêcher de me demander l’espace d’un instant si la maison Mercier, marbrerie et pompes funèbres, sise à Asnières, à laquelle nous avons fait appel pour les obsèques de Papa, pouvait revendiquer le même slogan.

maison-mercier

 

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