des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

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La fable est amusante, et par les temps qui courent, elle prend un certain relief. La Fontaine imagine un singe démagogue, ou tout comme, qui se fait élire roi à force d’incongruités.

« A peu de gens convient le diadème », conclut l’auteur. Aucun renard, hélas, n’est encore en vue.

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« There is a crack in everything, that’s how the light gets in. — Leonard Cohen » (Il y a une fêlure dans chaque chose, c’est comme ça que rentre la lumière.)

Cohen avait longuement fréquenté le bouddhisme. L’histoire dont s’inspirent ces mots est, dit-on, celle d’un jeune homme qui avait perdu une jambe, et s’était réfugié dans un monastère. La colère et la souffrance ne le quittaient pas. Il passait ses journées à dessiner des vases fissurés, des objets cassés, parce qu’il se sentait cassé lui-même. Et puis les mois passèrent, et il se mit à voir les choses d’une autre façon. La paix finit par s’installer dans son coeur. Pourtant, il dessinait toujours des vases fêlés. — Pourquoi ? lui demanda son maître. N’es-tu pas réparé ? Ne te sens-tu pas entier, et beau ? — Si, répondit le jeune homme, et ainsi sont mes vases. Car leur fêlure laisse entrer la lumière.

J’aime la presse en ligne. Ses mises en page sommaires offrent parfois des rapprochements cocasses entre deux sujets d’actualité. The Guardian nous a fait ainsi entrevoir récemment les perspectives insoupçonnées des neurosciences :

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(Un implant dans le cerveau permet à des singes partiellement paralysés de remarcher. Que fera Trump ?)

Quant au Huffington Post, il semble qu’il ait trouvé une raison de critiquer Hollande à laquelle personne n’avait encore songé.

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Enfin, à propos de surpoids, notez bien que je parle de presse en ligne, mais que les panneaux d’affichage classiques font aussi parfaitement l’affaire :

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(Merci à Bernard Joyet d’avoir repéré cette dernière.)

© Reuters / Jean-Paul Pelissier

Un an après, je trouve très bien que Sting chante au Bataclan et que Paris s’illumine à nouveau de lumières.

Mais j’en profite pour dire que, selon moi, la meilleure et la plus subtile des réactions aux attentats du 13 novembre 2015 avait été celle d’une citoyenne de Marseille, qui avait accroché trois soutien-gorges à son balcon.

Madame, ou Mademoiselle, bravo, et merci !

Je passe l’après-midi avec Maman. Elle récite en boucle des Je vous salue Marie. Elle bute systématiquement sur la fin. Après « Priez pour nous pauvres pécheurs », au lieu de dire « maintenant et à l’heure de notre mort », elle enchaîne à chaque fois : « maintenant et pour la multitude ».

J’interviens pour la remettre sur le bon texte. — C’est une question de temps, Maman. Nous demandons à la Vierge de prier pour nous maintenant (c’est le présent) et à l’heure de notre mort (c’est le futur). Essaye d’y penser. Tu dis à Marie quand elle doit prier pour nous.

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Maman reprend son Je vous salue Marie depuis le début. Parvenue à « Priez pour nous pauvres pécheurs », elle hésite : « maintenant… maintenant et…» — Maintenant et quand ? — Maintenant et dans les jours qui viennent !

Ainsi soit-il.

Les champagnes Mercier avaient autrefois une accroche publicitaire qui disait : « Nous arrivons toujours au bon moment ».

Voyez comme je suis : je n’ai pu empêcher de me demander l’espace d’un instant si la maison Mercier, marbrerie et pompes funèbres, sise à Asnières, à laquelle nous avons fait appel pour les obsèques de Papa, pouvait revendiquer le même slogan.

maison-mercier

 

Tout va sous terre et rentre dans le jeu, dit Paul Valéry.
 
Et encore :
Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs…
 
Pas mieux…
roses-blanches

Je reprends aujourd’hui un des tout premiers articles de ce blog :

Paradis perdu. C’est la chanson préférée de mon père. C’est chantée par lui que je l’aime. Elle date de 1939, et quand je l’entendais la chanter, je pensais que ce Paradis perdu c’était celui de l’avant-guerre, de son enfance, de tout un monde que le temps et la folie des hommes avaient vaillamment englouti. Et puis j’ai fixé cette image de Papa chantant, et je me suis dit que le Paradis perdu, un jour, ce serait ce moment même que nous étions en train de vivre, Papa, chantant cette chanson, un dimanche matin, dans la bonne humeur d’un foyer heureux et paisible.

« Le cœur cherche sans cesse / l’écho de sa jeunesse ». Je sais que quand il partira, c’est aussi sur cette chanson que je pleurerai.

noel-2012-papa-augustinMon père et mon fils, Noël 2012

Quelques jours après, il m’avait répondu :

« Tu as raison, sur ce Paradis perdu (…) C’était le début de la guerre et c’était la fin des joyeuses vacances à La Bernerie (“Loire-Inférieure”) avec toute une bande de copains que je retrouvais tous les ans, et de tous nos jeux rythmés par les chansons de Trénet, Tino Rossi, Ray Ventura et autres, qu’on écoutait sur des « 78 tours » et un vieux phonographe. C’était toute une époque qui se terminait et qui allait céder la place à d’autres, avec leurs lots de souvenirs dont je ne veux me rappeler que les bons. Je venais d’avoir 18 ans.

J’ai été très touché de ton intention en publiant ce “Paradis perdu”, et surtout des sentiments que tu as exprimé sur ton vieux père. Merci et bons baisers, à toi et à Claudine. »

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