des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

Ils s’appellent Nivelle de la Chaussée, Baron, Legrand, Dancourt, La Harpe, Sedaine. Ils ont été actifs aux XVIIè et XVIIIè siècles, et leurs écrits occupent 40 volumes dans la bibliothèque de mes beaux-parents. Ce sont les auteurs de théâtre « de second ordre », d’après les imprimeurs Mame et Egron qui les ont publiés entre 1810 et 1816.

Ceux du premier ordre, tels qu’ils sont mentionnés sur la page de garde, sont Corneille, Racine, Molière, Regnard, Crebillon, Voltaire. Je doute qu’aucun des autres eût apprécié d’être relégué dans une catégorie inférieure. Mais entre ça et l’oubli complet, que préférer ? On peut toujours miser sur le temps pour sortir du purgatoire : il arrive que les jugements évoluent avec les époques. Voyez les deux derniers volumes de la série : on y trouve Diderot, et Beaumarchais. Aujourd’hui celui-ci tiendrait une des premières places, tandis que Regnard jouerait en seconde division.

Une information m’est parvenue hier soir qui me fait regretter de ne plus voter à Paris : l’annonce du lancement dans la campagne municipale d’une nouvelle liste intitulée Coqs et Poules pour Paris (CPPP).

Cette liste « alternative volatile » et « auto-déclarée d’intérêt très public » se définit comme « une nouvelle alternative radicale et bestiale pour la non conduite des affaires de la Ville de Paris et de ses différents arrondissements ».

Je n’ai qu’une chose à dire à mes amis parisiens : votez pour Clovis Lemoine, Lorette Lafayette, et consors !

La présentation des nouveaux projets pour Paris (affiches de campagne et professions de foi) des 20 binômes candidats aura lieu à à la librairie du théâtre du Rond-point (Paris) le jeudi 5 mars à 18 h. Conférence de presse à 18h 45.

Tous les candidats et leurs professions de foi sont à découvrir sur http://www.snyers.fr/coqs-et-poules-pour-paris.html?a=146

S’il écrit un jour ses mémoires, je conseille à Benjamin G. de les intituler « Les mémoires d’un plus sot ». A tout le moins, que cela lui serve de sous-titre. Car peut-on faire plus sot que d’envoyer à une maîtresse qu’on connait à peine, alors qu’on est ministre, c’est-à-dire qu’une foule de gens guettent votre moindre faux pas — ou cherchent à le provoquer —, une vidéo de soi en train de se masturber ? A l’heure des réseaux numériques, alors que, comme chacun sait, rien ne peut garantir le secret de ce qui s’y publie ?

Je sais bien que le danger d’être découvert fait partie du plaisir des liaisons clandestines, qu’on peut frissonner d’avoir une double vie, et que prendre le risque d’en mettre les deux parties en contact peut ajouter encore à l’excitation qu’on éprouve, mais là, franchement, pousser à un tel degré le sentiment d’impunité et de toute puissance, ce n’est plus un raffinement dans la jouissance, c’est une connerie de consternantes dimensions.

Julien Green parle dans son journal d’un homme qui « a des parties d’intelligence qu’[on] ne songerai[t] pas à nier » et qui « est même, quelquefois, assez brillant, mais profondément c’est un sot et l’on dirait que ce qu’il a d’intelligence ne sert qu’à alimenter sa sottise » : ne croirait-on pas le portrait de l’infortuné Benjamin ?

C’est une dame septuagénaire toute ronde, toute frisée, toute pimpante. Nous nous faisons quelques politesses au moment de monter dans le train. Elle entame la conversation d’une voix joyeuse. — Vous allez jusqu’à Bordeaux ? A Paris ? Parce que moi, je m’arrête à Dax.

Elle s’assied sur un siège à la hauteur des nôtres, de l’autre côté du couloir. Le train démarre. Il n’y a personne autour de nous, elle en profite pour s’installer confortablement, prendre ses aises. Elle étale son manteau son chapeau et son écharpe, et sort de son sac un flacon de vernis rouge vermillon. Puis, en commençant à se faire les ongles, elle reprend la parole avec un large sourire.

— Je m’arrête à Dax parce que je vais à des obsèques. (Son air guilleret, tout d’un coup, nous intrigue.) — Bon, c’était une personne très âgée, il faut bien mourir un jour, n’est-ce pas ? Alors pour ceux qui restent, comme moi, c’est l’occasion d’une sortie… C’est pour ça, bien que les obsèques ne soient que cet après-midi, que j’ai pris le train ce matin…

Son œil pétille de plus en plus. Notre étonnement grandit encore. — Et là, telle que vous me voyez, je m’en vais déjeuner dans un petit restaurant de ma connaissance, où le chef fait une cuisine délicieuse. Plat du jour et dessert pour 13 €… Et copieusement servi… Je suis un peu gourmande, c’est vrai…

Son visage s’est dilaté, ses ongles rutilent, la perspective de ce repas la met au bord de l’extase. Je ne crois pas qu’on puisse être de meilleure humeur en se rendant à un enterrement.

© Dubout

Je trouve régulièrement sur mon mur Facebook des partages d’articles ou de conseils traitant de développement personnel ou de vie harmonieuse. Et à les lire, je constate que la quête du bonheur, ou du moins du bien-être, prend souvent la forme de solides appels au bon sens.

Mais il faut bien constater aussi que ces appels au bon sens ressemblent quelquefois à s’y méprendre à des enfoncements de portes ouvertes, si bien que certains s’en agacent, et que plus ils sont exposés à ces conseils, moins ils sont sereins.

Exemple : Sciences et Avenir nous dit : « Pour être en bonne santé, évitez de stresser ou de vous énerver pour des broutilles. » Et Manon commente : « Putain mais merci les gars on n’y aurait pas pensé tout seuls !».

CQFD

Un ami me transmet une annonce qu’il a repérée sur Le Bon Coin : à vendre une télé, qui « fonctionne, mais sans image », et qui constitue par conséquent l’achat « idéal pour personnes bricoleuse » (sic).

Cet ami ignore sans doute que je ne suis pas bricoleur. Si je l’étais, j’achèterais volontiers cette télévision. Non pas pour en réparer l’image, mais pour la faire fonctionner aussi sans le son. Là, elle serait vraiment idéale. Mais comme je crains fort de ne pas y arriver, je préfère relayer cette offre qui, nonobstant l’accord au pluriel défaillant dans l’annonce, me parait de nature à intéresser les plus exigeants de mes lecteurs.

Ces derniers n’ont qu’à cliquer sur la photo pour réaliser leur rêve.

 

Je range quelques livres. J’en vois un que je n’ai pas lu : Dans les archives secrètes de la police. Je le feuillette. Un chapitre y est consacré à Cadoudal, le chef chouan. La justice de Napoléon l’avait condamné à mort. Il refusait de demander un recours en grâce. Comme on l’en suppliait, il dit : « Me promettez-vous une plus belle occasion de mourir ? »

Cadoudal mourut donc. Exécuté. D’enterrement, point : on jugea qu’il n’était pas digne de la sépulture, on donna son corps à la science. J’imagine que ses amis ont protesté. J’imagine aussi qu’il aurait été du genre à leur rétorquer sur le même ton de défi : « Me promettez-vous un meilleur usage de ma dépouille ? »

Voici la copie d’un document qui a été distribué récemment aux spectateurs novices d’un festival de métal, en même temps que des bouchons pour protéger leurs oreilles. De quoi s’agit-il ? D’un arbre de décision articulé autour de questions très simples qui permet de savoir à quel genre ou sous-genre de cette musique on est exposé.


Le repérage est d’une facilité admirable. La chanson est-elle bonne ? Non, c’est du néo metal. Oui, mais on ne comprend rien aux paroles : c’est du death metal. Semble-t-elle parler de Satan ? Black metal. De dragons ? Power metal. Quant au chanteur, s’il est drogué c’est du glam, s’il est fâché c’est du trash. Dans tous les cas c’est du heavy.

Il se trouve que l’organisatrice du festival de métal en question est, ainsi que sa famille, une bénévole fidèle du festival Chansons & Mots d’Amou. J’aime l’éclectisme de goûts dont cela témoigne. Je ne suis pas certain que, de notre côté, cela ouvre de réelles perspectives quant à la programmation de nos éditions futures, mais enfin, on sait qu’il ne faut jurer de rien.

 

 

 

 

 

L’un des plaisirs récents que nous offrent nos séjours à Amou, ce sont les œufs d’Augustin. Il n’en produit pas beaucoup : neuf à dix par jour. Il va les chercher chaque matin au poulailler. Ils sont plutôt petits, avec une coquille joliment ambrée et à l’intérieur un jaune magnifique. Claudine en est friande, et de la ponte à l’assiette, en omelette au plat ou à la coque, il ne s’écoule pas plus de quelques heures. Impossible de faire plus frais.

Si je parle ici des œufs, et non pas des poules, élevées pourtant de la façon la plus naturelle qui soit, c’est qu’en l’espèce, ce sont les œufs qui nous intéressent, et que, comme l’a noté Samuel Butler, « il a souvent été remarqué qu’une poule était le seul moyen qu’un œuf avait de fabriquer un autre œuf ».

 

Le populisme repose sur le désir des électeurs qu’on leur raconte des bobards. La réalité est sans doute devenue trop difficile à supporter pour beaucoup de gens. En conséquence de quoi, ils se réfugient dans l’imaginaire. Des politiques peu scrupuleux exploitent le filon et exaltent le rêve : pureté de la nation, avenir meilleur dans l’entre-soi, lendemains qui chantent l’idéal du passé. Du référendum jusqu’au récent triomphe électoral de Boris Johnson, le Brexit le montre très bien.

La question est : combien de temps avant que le rêve passe ?


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