Anne Sylvestre

Je connaissais très peu Anne Sylvestre. Très peu son répertoire, à la vérité, et très peu la personne. Mais pour qui faisait un parcours sur les scènes accueillant la chanson française, il était impossible de ne pas la croiser. Elle était partout, à la Cigale, au Trianon, au Vingtième Théâtre, au Limonaire, à l’Européen, aux Trois Baudets, curieuse de voir et d’entendre les nombreux artistes qu’elle aimait, de Chloé Lacan à Yves Jamait, de Bernard Joyet à Agnès Bilh, de Thibaud Defever à Jeanne Rochette : une, puis deux générations de chanteurs, dont elle était devenue la marraine, au fil des ans, pour leur plus grande fierté à tous.

Nous nous sommes parlé pour la première fois dans un taxi que nous partagions. Claudine venait de sortir son livre sur Boris Vian, je lui ai demandé si elle l’avait connu. Mauvaise question : la réponse était oui, elle était venue lui présenter des chansons chez Polydor, il n’avait pas aimé son look ni sa guitare ni sa façon de chanter.

Nous nous sommes revus ensuite à plusieurs occasions, sans jamais vraiment nous rapprocher. Je me souviens de m’être retrouvé à côté d’elle un soir devant le guichet de l’Européen. Elle devait retirer une invitation. La caissière ne la reconnaissait pas, malgré ses cheveux rouges, et lui demanda son nom. — Sylvestre. L’autre chercha dans sa liste, ne trouva rien à la lettre S. — Vous avez peut-être un prénom ? — Anne… Quelqu’un de la production qui se tenait non loin de là repéra l’incident et régla l’affaire. Quand elle eut son billet en main : — Leçon d’humilité, vous voyez, me dit-elle.

Mais cette semaine, Anne, la Faucheuse vous avait bel et bien sur sa liste. Et depuis hier sur les réseaux, de très nombreuses personnes vous rendent hommage, qui ont su vous connaître mieux que moi. Je me contenterai de citer ici votre chanson Les gens qui doutent, qui est magnifique.

(…)
J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n’être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants
(…)
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’Histoire
Leur rende les honneurs

Il me plairait de pouvoir comme vous leur ressembler. Et comme vous aimiez la facétie, je vous dis merci, Anne,

Merci d’avoir vécu
Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu.

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