« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

C’était vendredi dernier. Elles sont arrivées comme les flocons noirs d’une neige miraculeuse. Je ne les attendais pas, j’ignorais même qu’il y en eût, mais dès la première écoute je les ai aimées : les chansons posthumes de Leonard Cohen.

Son fils Adam, qui s’est chargé de finaliser ce disque, dit qu’il ne s’agit pas de fonds de tiroirs mais de textes achevés. Ça s’entend. Son père les avait enregistrées à l’état de maquettes, auxquelles il manquait les arrangements, ou un bout plus ou moins grand de musique. Chacune est un choc. Du très grand Cohen. Adam dit aussi qu’après ces neuf chansons, c’est fini, la voix de Leonard se tait désormais pour toujours.

Le dernier de ces flocons, celui après le passage duquel les lèvres de Cohen se sont définitivement fermées, est le plus léger, le plus simple, le plus mystérieux, le plus profond. Il s’appelle « Écoute le colibri » (Listen to the hummingbird). Il a l’humilité d’un murmure, le dépouillement d’un haïku, la transparence d’un vitrail.

Ecoute le Colibri
Dont tu ne peux pas voir les ailes
Ecoute le Colibri
Ne m’écoute pas moi

Ecoute le papillon
Qui ne vit que trois jours
Ecoute le papillon
Ne m’écoute pas moi

Ecoute l’esprit de Dieu
Qui n’a pas besoin d’être
Ecoute l’esprit de Dieu
Ne m’écoute pas moi

Par où un tel poète pouvait-il mieux finir ?

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