« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

En fouillant dans mes archives, j’ai retrouvé une chanson que j’avais enregistrée en studio, mais que je crois n’avoir jamais chantée sur scène. Elle faisait partie des titres que j’avais pré-sélectionnés pour mon disque Il pleut au paradis, avant finalement de l’écarter.

J’en avais trouvé l’inspiration en parcourant l’anthologie de la poésie anglaise dans la Pléiade. Un poème de Thomas Wyatt, composé au début du XVIè siècle, m’avait arrêté, son premier vers notamment : « Pour qui voudrait chasser, je sais où est la biche ». L’image était belle, riche de sous-entendus galants. Je l’avais empruntée, telle quelle, pour en faire le début d’un sonnet que j’avais aussitôt mis en musique.

Pour qui voudrait chasser, je sais où est la biche
Au bord de quel fourré au fond de quel vallon
Je sais quel fusil prendre et sur quel étalon
Chevaucher droit vers elle à travers bois et friches

Pour qui voudrait pêcher, je sais où est la truite
Je sais sous quel galet danse son corps vibrant
Et par quel hameçon, dans l’eau de quel torrent
La saisir, l’épuiser… la relâcher ensuite

Je sais où est le fruit pour qui voudrait cueillir
Je sais comment le mordre et comment défaillir
Tout est à ma portée, la proie comme les armes

La nature tisonne âprement mes instincts
Mais je ne bouge pas. Car le goût du matin
Sur le cœur de ma mie vaut mieux que ces alarmes

C’était Scott Bricklin qui avait réalisé les arrangements. J’adore l’ambiance qu’il avait imaginée : les nappes de synthé, comme des nappes de brouillard au petit matin, et quelques éclairs presque subliminaux de guitare électrique pour dire la tension du chasseur et le frisson du désir.

A l’époque, je ne m’étais pas soucié de me renseigner davantage sur Thomas Wyatt, son poème, et les circonstances qui l’avaient inspiré. J’avais tort. Elles sont extraordinaires. J’en parlerai demain.

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