des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Nouvelles chansons

A quoi sert un poète est la question qu’un Tartare posa jadis à Wang Wei, dont j’ai déjà conté l’histoire. Je dédie à mon maître chinois cette chanson qu’il m’a inspirée, écrite le mois dernier à Amou.

Poète
Poète
A quoi peux-tu servir
Ça fait quoi dans ta tête
Poète
D’écrire

Poète
Poète
Quel est donc ton boulot
Et à quoi ils ressemblent
Ensemble
Tes mots

Peut-être
Peut-être
Qu’ils montent dans les airs
Semblables à des bulles
Virgule(s)
Légères

Peut-être
Peut-être
Quand j’ai soufflé dedans
Que leurs couleurs scintillent
Et brillent
Au vent

Poète
Poète
Qu’est-ce que tu chantes là
Dis plutôt si ton rôle
Est drôle
Ou pas

Poète
Poète
A quoi rime ta vie
Et ces pieds que tu comptes
Raconte
Décris !

Je cherche
Je cherche
À caresser l’amour
A capter à sa source
La course
Des jours

J’essaye
J’essaye
De semer dans les cœurs
Le goût des beautés brèves
Des rêves
Des fleurs

schtroumpf poete

Poète
Poète
Tout ça n’est pas sérieux
Ton art est inutile
Futile
Au mieux

Tu quêtes
Tu quêtes
Un verbe épris de joie
Peut-on être aussi bête
Poète
Que toi ?

 

PS : mon précédent article a suscité pas mal de réactions approbatives, et j’en remercie leurs auteurs, anonymes ou non. Le geste de la main qu’on me voit faire sur la photo, et qui peut laisser croire que je commande aux eaux, m’a valu aussi d’amusants commentaires, dont le plus drôle est un dessin :moise

On peut écouter en suivant ce lien le podcast de l’émission La Bande passante sur RFI jeudi dernier, qu’Alain Pilot a largement consacrée à Chansons et mots d’Amou.

J’en profite pour faire un retour sur H. Bassam, en prélude au spectacle que Camille et Simon Dalmais, ses enfants, et leurs amis artistes, donneront samedi soir à Amou, et confier quelque chose que je n’ai pas dit lors de l’émission, ni d’ailleurs en aucun autre endroit.

C’était il y a un an et demi environ. J’étais d’humeur pensive, et je me suis mis, guitare en main, à songer à certains amis disparus. Ma rêverie s’est fixée sur Hervé, et c’est autour de lui que s’est composée cette chanson.

Je ne sais pas s’il était croyant (je ne sais d’ailleurs pas si je le suis moi-même), mais le Kyrie m’est venu naturellement. « Seigneur, prends pitié ». Si Dieu existe, au fond, y a-t-il autre chose à lui dire ?

h_bassam_photo_01

Il est parti sans bruit pareil à la feuille d’automne
Sans cri sans sanglots longs sans emphase sans décorum
Le vent l’a emporté loin de la compagnie des hommes
Kyrie eleison (bis)

Il ne laisse rien derrière lui que le strict minimum
Juste quelques chansons qu’en frissonnant mon cœur fredonne
Des rumeurs d’océan et des pétales de bignones
Kyrie eleison (bis)

Kyrie kyrie eleison Kyrie kyrie eleison

Il s’était efforcé avec ce souffle qu’on nous donne
En naissant de répandre autour de lui des choses bonnes
Alors certes il chanta et il vécut en gentilhomme
Kyrie eleison (bis)

Kyrie kyrie eleison Kyrie kyrie eleison

Peut-être est-il parti vers les jardins de Babylone
Peut-être erre-t-il du côté d’Abbey Road à London
Peut-être est-il partout peut-être n’est-il plus personne
Kyrie eleison (bis)

Enregistrement réalisé rustiquement sur smartphone

La belle où courez-vous
Dans les avoines folles
Où s’en vont vos paroles
Et que me disiez-vous

La belle où fuyez-vous
Et les années frivoles
En longue farandole
Où les emmenez-vous

Vous répandiez partout
Un parfum d’aventure
Nous avions fière allure
Vous en souvenez-vous

Moi éperdu de vous
Et vous belle jeunesse
Prodiguant des promesses
Et des rêves beaucoup

J’écris ceci en mémoire de vous

La belle où posez-vous
Ces regards pleins de grâce
Vous mettez-vous en chasse
D’amants mieux à vos goûts

Il est vrai que de vous
Je devenais indigne
J’accumulais les signes
Qui me déliaient de vous

Mais ce rouge à vos joues
Saurai-je m’en déprendre
Saurai-je ne plus prendre
Vos jambes à mon cou

Et jouant jusqu’au bout
La comédie de l’âge
Déposer mes hommages
A vos lointains genoux

Je chante ici en mémoire de vous

Les Taupes, dont j’ai publié le texte la semaine passée, est une chanson qui date de cet été. (On peut l’écouter au bas de cet article). Je crains qu’elle ne soit pas promise à un grand avenir, car depuis sa naissance, je ne l’ai guère chantée. J’ai privilégié sa jumelle, qui d’ailleurs ne lui ressemble pas, et dont je parlerai un jour prochain.

Car elle a une soeur jumelle, nommée Jeunesse, conçue et née en même temps qu’elle. Lorsque j’ai expliqué récemment sur ce blog comment naissait une chanson, je n’ai pas évoqué le cas de naissances multiples, qui n’est pourtant pas si rare.

Tout démarre dans les limbes. On est à la guitare, en mode rêveur, quelques notes vous viennent, et trois mots qui tiennent dessus. On les repère, on joue un moment avec. Si on est vraiment d’humeur féconde, naturellement on poursuit, toujours en mode rêveur, et souvent une autre mélodie arrive, et d’autres paroles qui s’accrochent à elle. Ça se fait sans y penser. Si bien que lorsqu’on revient à soi, on se retrouve avec deux, voire trois embryons de chansons.

On s’efforce alors de les nourrir, et de les faire grandir : c’est le processus que j’ai comparé à la reconstitution de fragments en archéologie. Dans le même temps, on les évalue. Presque toujours, il y en a un qui s’impose, et les autres retournent au néant. Mais il arrive aussi qu’ils se développent ensemble jusqu’au terme.

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Après, pour les chansons comme pour le reste, c’est la vie qui fait le tri : les circonstances qui entourent leur venue au monde, les ressemblances ou les dissemblances avec leurs aînées, leur personnalité plus ou moins forte, tout cela fera qu’elles trouveront leur place dans mon répertoire, ou qu’elles demeureront dans le silence.


Taupes
par arbon

Ils te disent :  Qu”est-ce tu crois ? Faut s’bagarrer mon vieux
La vie est un combat pénible et douloureux
T’avise pas de rêver c’est bien trop dangereux
Mais… c’est pas les taupes qui vont te parler du ciel bleu

Ils te disent : Obéis et prie bien le bon Dieu
Sois sage sois gentil sois propre sois sérieux
Ne sors pas du troupeau tu serais malheureux
Mais… c’est pas les taupes qui vont te parler du ciel bleu

Mais toi tu as un jour sorti le nez de terre
Et ça t’a ébloui cette lumière
Mais toi tu as un jour pris le goût du grand air
Et tu voudrais t’extraire de ta tanière

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Ils te disent : Tes écrans les lâche pas des yeux
Le monde est à ta main les gens les jobs les jeux
Tous tes amis sont là connectés bienheureux
Mais… c’est pas les taupes qui vont te parler du ciel bleu

Ils te disent : En cas d’blues des pilules t’en prends deux
Tu vas voir on prend soin de toi c’est prodigieux
Ton petit mal de vivre on va l’gérer au mieux
Mais… c’est pas les taupes qui vont te parler du ciel bleu

Mais toi tu as un jour sorti le nez de terre
Et ça t’a ébloui cette lumière
Mais toi tu as un jour pris le goût du grand air
Tu as voulu t’extraire de ta tanière
Respirer autre chose que la poussière
Partir tailler la route en solitaire

Et tu parles aux oiseaux

Il y a quelque chose d’amoureux dans les moments où l’inspiration tourne autour de soi. C’est une sensation physique, un serrement au ventre, une respiration qui se creuse : on sent qu’on a envie de composer ou d’écrire, on sent que quelque chose pourrait advenir. Cela ressemble à du désir, on en est d’abord étonné, puis on se met à la guitare, ou au piano, en essayant de frayer un passage à ce qui, au fond de soi, semble vouloir venir au jour.

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C’est ensuite, une fois qu’on se trouve face à quelques mots associés à quelques notes et qu’un embryon de chanson est là, que s’amorce le vrai travail. Je ne saurais mieux le comparer qu’à celui d’un archéologue tentant de reconstituer un texte dont il ne dispose que d’un fragment. Ce que je tiens, qu’est-ce qui peut bien venir avant, et après ? Est-ce un bout du couplet, une partie du refrain ? De quoi est-ce que ça parle vraiment ? Je suppute, j’extrapole, j’imagine, j’interpole, je renverse, j’invente. Enfin, je parviens à trouver le cadre : le nombre et la longueur des couplets et du refrain en fonction d’une première approximation de la durée totale de la chanson. Simultanément je mets à jour les contraintes d’écriture, aussi bien textuelles (nombre de vers, nombre de syllabes pour chaque vers, nature des rimes) que musicales (tempo, suites harmoniques, altérations). Tout ceci fonctionne comme autant de découvertes, découlant plus ou moins nécessairement du fragment initial, jusqu’à l’achèvement du puzzle, – ce qui peut prendre une heure, ou des semaines, ou des années –, ou jusqu’à son abandon.

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Deuxième video faite sur les chansons du disque Le Cap et la Boussole : De l’autre côté de la rue. L’idée d’illustrer ce titre avec des photos de Brassaï fonctionne bien (je m’aperçois que j’avais choisi Willy Ronis, la première fois que la chanson était apparue sur ce blog), mais je n’ai pas encore demandé l’autorisation aux ayants-droit. La mise en ligne de ce document est donc peut-être provisoire. Considérons qu’elle se fait pour le moment « sous le manteau ».

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Voici le clip de Plumes, fait maison, rustiquement. J’y ai pris du plaisir. J’aime beaucoup cette chanson, qui dessine mon autoportrait en canard. Ce n’est pas que je me complaise dans la contemplation de moi-même, c’est surtout que mes amis musiciens Scott, Pascal et Patrick ont été inspirés dans les arrangements, fluides à souhait.

A partager ad libitum.

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« Ulysse était sur le rivage. Ses larmes n’avaient pas séché. Toute la douceur de la vie s’écoulait par ses larmes. Calypso ne lui plaisait plus. Il passait encore ses nuits, par devoir, dans la grotte profonde ; elle ardente, lui sans ardeur. Mais le jour il allait s’asseoir sur les pierres des grèves, et pleurait en regardant la mer ». Homère, l’Odyssée, Chant V

« Dirons-nous que cela valut la peine ? Tout vaut la peine dès que l’âme n’est pas petite. Dieu a mis dans la mer le péril et l’abîme, mais il fit d’elle aussi le seul miroir du ciel ». Fernando Pessoa

A quoi songe-t-on, en contemplant la mer ? A ce à quoi songe Ulysse, à ce que dit le marin portugais de Pessoa, à mille autres choses encore, tout un océan de pensées, liberté, nostalgie, appel du large, qui se brisent en ressac sur notre finitude, et dans le flot desquelles ballotte désormais ma chanson vague, comme un bouchon.

Voici donc la version de Trucula Bonbon que j’ai finalement retenue pour le disque. Devant la levée de boucliers quasi-générale, j’ai renoncé à l’arrangement plus dansant, façon cha-cha-cha, que j’avais proposé cet été (et qu’on peut retrouver ici). J’ai suivi le conseil d’un ami musicien, qui m’a suggéré de garder l’enregistrement de départ (où figurait déjà le saxo) et d’y ajouter une ligne de basse toute simple. Cela m’a paru pertinent.

Naturellement, maintenant que ce choix est fait, il se peut que d’autres personnes me fassent part de leur préférence pour la version plus enlevée. Tant pis. La polémique est close. La Trucula officielle est désormais celle-ci.

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