« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Nouvelles chansons

Te souviens-tu des espaces
Par nous deux parcourus
De nos grands vols de rapaces
Furtifs et éperdus
Elles ne valaient pas bien cher
Nos vies de malappris
Mais nous sautions les barrières
Pas vus pas pris

Nous tenions en équilibre
Sous des ciels de hasard
Résolus à vivre libres
Au milieu des radars
Nous connaissions les passages
Vers l’ombre et vers l’oubli
Pour sûr qu’on n’était pas sages
Pas vus pas pris

Et nous jetions nos carcasses
Dans les replis du vent
Ceux qui nous prenaient en chasse
Nous les semions souvent
L’or luisait dans la poussière
Sous nos pieds éblouis
Et nous sautions les barrières
Pas vus pas pris

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Nous migrions vers des zones
A l’écart des réseaux
Sous les saules et les aulnes
En suivant les ruisseaux
Escamotant la grisaille
Et les miroirs ternis
Nous nous glissions dans les failles
Pas vus pas pris

Nous découpions les frontières
Selon les pointillés
Les gens nous regardaient faire
Les yeux écarquillés
Nos enjambées étaient vastes
Et dans nos corps blanchis
Le temps coulait avec faste
Pas vu pas pris

Et nous jetions nos carcasses
Dans les replis du vent
Ceux qui nous prenaient en chasse
Nous les semions souvent
L’or luisait dans la poussière
Sous nos pieds éblouis
Et nous sautions les barrières
Pas vus pas pris

Elle implore un peu de grâce
Pour son corps à l’abandon
Et se plaint fort à voix basse
Que le temps se fait trop long
— Chante encore pour moi, dit-elle
Pose ta voix dans mon cou
Frappe des mains bats des ailes
Il était une fois nous
Il était une fois nous

human-foetus

Par la porte et la fenêtre
Tout s’en va au vent qui vient
Il fallut mourir et naître
Chaque mère s’en souvient
— Chante encore pour moi, dit-elle
Pose ta voix dans mon cou
Frappe des mains bats des ailes
Il était une fois nous
Il était une fois nous

Je veux rentrer chez moi
Embrasser mon grand-père
J’ai marché si longtemps
Je veux rentrer chez moi
Sur le sol de la chambre
Jouer avec mon frère
Shooter dans un ballon
Je veux rentrer chez moi
 
Je veux rentrer chez moi
Trouver dans la cuisine
Un bol de lait bien chaud
Qui se couvre de peau
Voir passer dans la rue
Arondes et dauphines
Et des Simca Versailles
Et des 4 CV
 
Je veux rentrer chez moi
Je veux compter mes billes
Et voir à la télé
La vie des animaux
Je veux jouer au nain jaune
Réunir sept familles
Rentrer à l’écurie
Sur mes petits chevaux
montrouge monument aux morts
Je veux rentrer chez moi
Revoir par la fenêtre
Le monument aux morts
Entouré de drapeaux
Portés par des poilus
La soixantaine alerte
Qui saluent au clairon
Et s’en vont au bistro
 
Je veux rentrer chez moi
Apprendre que la Loire
Prend sa source en ruisseau
Au mont Gerbier de Jonc
Colorier mes cahiers
Lire un livre d’histoires
Chanter que les colchiques
Dans les prés fleuriront
 
Je veux rentrer chez moi
Dans mon jardin d’enfance
Que le temps bulldozer
A jadis défoncé
Je veux rentrer chez moi
En mil neuf cent soixante
Au cœur de mon enfance
Et me mettre à rêver

Pour les noces de diamants de Jacques et Charlotte Plas, mes beaux-parents, j’ai composé une chanson dont je livre ici une version guitare-voix enregistrée à la va-vite sur mon smartphone.

jacques et Charlotte 4

Soixante ans que nous cheminons
Et même davantage
Main dans la main front contre front
Ce fut un beau mariage

Qu’elle fut belle la saison
En ce lointain décembre
Quand Dieu nous unit pour de bon
Et bénit notre chambre

Nos coeurs s’aimaient à corps perdu
Et malgré nos tempêtes
Personne jamais n’est venu
Rompre leur tête à tête

Sept enfants la vie nous donna
Ce fut notre richesse
Plus grande que tout l’or du roi
Notre chant d’allégresse

Tout fut vibrant intense et beau
Si rien ne fut facile
Il a tangué notre bateau
Sur les ans indociles

C’est bientôt le bout du bonheur
Mon Dieu que le temps passe
Pour l’amour l’ombre et la lueur
Seigneur nous rendons grâce

Soixante ans que nous cheminons
Et même davantage
Main dans la main front contre front
Un sacré beau voyage

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New Morning MG0205

© Joël Mathieu

Puisque je chante demain soir dans la Drôme, à Dieulefit, et que je m’en vais passer par Montélimar, je saisis cette occasion pour mettre en ligne la version de La chatte à nougat filmée au New Morning. A Dieulefit, c’est La Fontaine / Brassens que le public pourra entendre, mais j’espère revenir un jour prochain dans la région pour y chanter mon propre répertoire, et l’histoire de ce matou plein de désir qui se rêve en Johnny Hallyday. En attendant le Tennessee.

Et j’embrasse amoureusement ma Claudine, qui fête aujourd’hui son anniversaire, car j’ai la chance et le bonheur (contrairement à ce pauvre matou) de l’avoir tout près de moi.

couteau entre les dents

Je poursuis, avec Tartares, la publication d’extraits de mon concert au New Morning. La chanson, c’est le moins qu’on puisse dire, est d’actualité.

Réfugiés / migrants / envahisseurs : le spectre de réactions est large. Qu’on en considère la masse anonyme, et on a peur, on cherche à s’en protéger. Qu’on se mette à voir dans cette masse des personnes, et derrière les personnes des victimes, et même des victimes innocentes (cas exemplaire de l’enfant syrien noyé sur un rivage), alors nos coeurs se retournent, et nous avons envie d’aider.

Il nous faut chercher, tous, à opérer ce retournement. Chercher les personnes, chercher les regards, trouver dans celui qui est face à nous celui qui est comme nous.

Je renvoie aussi au commentaire que j’en avais fait il y a un an et demi.

New Morning Cap & B

Le concert que j’ai donné au New Morning en juin dernier a fait l’objet d’une captation (captation et montage : Eric Nadot, Tranches de scène). Je m’en vais, dans les semaines qui viennent, en publier plusieurs extraits. Les videos de mes concerts sont finalement assez rares, et beaucoup de ces chansons n’avaient jamais été enregistrées dans une version “live” auparavant.

La formation est inédite : je suis accompagné de Patrick Gorce aux percussions, et de Félix Béguin à la guitare (et à la basse sur quelques morceaux). C’était la première fois que Félix interprétait mon répertoire. Tout n’était pas parfaitement réglé, mais pour un coup d’essai, c’est plutôt réussi. Nous avons récidivé dans la même formation à Amou.

Je commence la série avec Le Cap et la Boussole, la chanson titre. Elle tente de mettre des mots sur ce saisissement qu’éprouvent nombre d’entre nous face à l’étrangeté mutante du monde et à la submersion numérique de nos vies.

A quoi sert un poète est la question qu’un Tartare posa jadis à Wang Wei, dont j’ai déjà conté l’histoire. Je dédie à mon maître chinois cette chanson qu’il m’a inspirée, écrite le mois dernier à Amou.

Poète
Poète
A quoi peux-tu servir
Ça fait quoi dans ta tête
Poète
D’écrire

Poète
Poète
Quel est donc ton boulot
Et à quoi ils ressemblent
Ensemble
Tes mots

Peut-être
Peut-être
Qu’ils montent dans les airs
Semblables à des bulles
Virgule(s)
Légères

Peut-être
Peut-être
Quand j’ai soufflé dedans
Que leurs couleurs scintillent
Et brillent
Au vent

Poète
Poète
Qu’est-ce que tu chantes là
Dis plutôt si ton rôle
Est drôle
Ou pas

Poète
Poète
A quoi rime ta vie
Et ces pieds que tu comptes
Raconte
Décris !

Je cherche
Je cherche
À caresser l’amour
A capter à sa source
La course
Des jours

J’essaye
J’essaye
De semer dans les cœurs
Le goût des beautés brèves
Des rêves
Des fleurs

schtroumpf poete

Poète
Poète
Tout ça n’est pas sérieux
Ton art est inutile
Futile
Au mieux

Tu quêtes
Tu quêtes
Un verbe épris de joie
Peut-on être aussi bête
Poète
Que toi ?

 

PS : mon précédent article a suscité pas mal de réactions approbatives, et j’en remercie leurs auteurs, anonymes ou non. Le geste de la main qu’on me voit faire sur la photo, et qui peut laisser croire que je commande aux eaux, m’a valu aussi d’amusants commentaires, dont le plus drôle est un dessin :moise

On peut écouter en suivant ce lien le podcast de l’émission La Bande passante sur RFI jeudi dernier, qu’Alain Pilot a largement consacrée à Chansons et mots d’Amou.

J’en profite pour faire un retour sur H. Bassam, en prélude au spectacle que Camille et Simon Dalmais, ses enfants, et leurs amis artistes, donneront samedi soir à Amou, et confier quelque chose que je n’ai pas dit lors de l’émission, ni d’ailleurs en aucun autre endroit.

C’était il y a un an et demi environ. J’étais d’humeur pensive, et je me suis mis, guitare en main, à songer à certains amis disparus. Ma rêverie s’est fixée sur Hervé, et c’est autour de lui que s’est composée cette chanson.

Je ne sais pas s’il était croyant (je ne sais d’ailleurs pas si je le suis moi-même), mais le Kyrie m’est venu naturellement. « Seigneur, prends pitié ». Si Dieu existe, au fond, y a-t-il autre chose à lui dire ?

h_bassam_photo_01

Il est parti sans bruit pareil à la feuille d’automne
Sans cri sans sanglots longs sans emphase sans décorum
Le vent l’a emporté loin de la compagnie des hommes
Kyrie eleison (bis)

Il ne laisse rien derrière lui que le strict minimum
Juste quelques chansons qu’en frissonnant mon cœur fredonne
Des rumeurs d’océan et des pétales de bignones
Kyrie eleison (bis)

Kyrie kyrie eleison Kyrie kyrie eleison

Il s’était efforcé avec ce souffle qu’on nous donne
En naissant de répandre autour de lui des choses bonnes
Alors certes il chanta et il vécut en gentilhomme
Kyrie eleison (bis)

Kyrie kyrie eleison Kyrie kyrie eleison

Peut-être est-il parti vers les jardins de Babylone
Peut-être erre-t-il du côté d’Abbey Road à London
Peut-être est-il partout peut-être n’est-il plus personne
Kyrie eleison (bis)

Enregistrement réalisé rustiquement sur smartphone

La belle où courez-vous
Dans les avoines folles
Où s’en vont vos paroles
Et que me disiez-vous

La belle où fuyez-vous
Et les années frivoles
En longue farandole
Où les emmenez-vous

Vous répandiez partout
Un parfum d’aventure
Nous avions fière allure
Vous en souvenez-vous

Moi éperdu de vous
Et vous belle jeunesse
Prodiguant des promesses
Et des rêves beaucoup

J’écris ceci en mémoire de vous

La belle où posez-vous
Ces regards pleins de grâce
Vous mettez-vous en chasse
D’amants mieux à vos goûts

Il est vrai que de vous
Je devenais indigne
J’accumulais les signes
Qui me déliaient de vous

Mais ce rouge à vos joues
Saurai-je m’en déprendre
Saurai-je ne plus prendre
Vos jambes à mon cou

Et jouant jusqu’au bout
La comédie de l’âge
Déposer mes hommages
A vos lointains genoux

Je chante ici en mémoire de vous

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