des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Lu – vu – entendu

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Un bon dessin, dit-on, vaut mieux qu’un long discours, mais un bon dessin animé (ici au format gif) vaut encore beaucoup beaucoup mieux…

De 1850 à mars 2016, voici le relevé de la température moyenne du monde, mois par mois. Chacun sait qu’elle augmente tendanciellement, même si certains disputent encore de savoir pourquoi. J’ai trouvé cette visualisation très pertinente. On voit clairement que quelque chose est en train de nous péter à la figure.

Pour quelle raison Moitessier avait-il baptisé son bateau Joshua ? En hommage à Joshua Slocum, qui fut le premier navigateur à faire le tour du monde à la voile en solitaire, sur un bateau qui lui s’appelait le Spray, qu’on ne me demande pas pourquoi.

Joshua-Slocum

Slocum partit de Boston en 1895 et mit trois ans pour y revenir. Il faut dire que, contrairement à Moitessier, il fit de nombreuses et parfois longues escales. Au départ, il avait pensé aller vers l’Est par la Méditerranée et le Canal de Suez, mais arrivé à Gibraltar il fut pris en chasse par une felouque de pirates barbaresques, et retraversa l’Atlantique pour échapper à cette désagréable compagnie.

Il choisit de passer vers le Pacifique non par le cap Horn, mais par le détroit de Magellan : il y resta coincé quarante jours par une tempête. Comme les Indiens de Terre de Feu se montraient un peu trop intéressés par ce bateau au mouillage, il eut l’idée de se prémunir contre leurs attaques nocturnes en semant chaque soir sur le pont des clous de tapissier. Plusieurs fois il fut réveillé par les cris de douleur des assaillants qui replongeaient à l’eau. Cet astucieux stratagème avait pour inconvénient que le matin, pour ne pas se blesser lui-même, il devait balayer avec soin.

Rentré en 1898, il s’acheta une ferme, mais s’ennuyant à terre, en 1909, âgé de soixante cinq ans, il repartit à bord du Spray pour remonter l’Orénoque et l’Amazone. Le bateau avait souffert de ses années d’inactivité. Quand surgit une tempête venue de l’Est, il disparut corps et biens.

calicot lfb

La Fontaine / Brassens revient en région parisienne : le 12 mai à Saint Mandé, 94 (on réserve ici), le 21 à Louvres, 95 (on réserve là).

A cette occasion, je me permets de refaire un peu de pub pour ce spectacle qui me tient particulièrement à coeur, en publiant une nouvelle sélection de ce qu’en ont dit ceux qui l’ont vu:

« C’est profond et léger, subtil et intemporel, nous vous devons là, un beau moment de joie, d’évasion et de méditation. Quatre merveilleux talents sur une même scène, c’est inoubliable. Merci encore. »

« Hier soir fut un enchantement. Un moment de grâce, de finesse et d’élégance. Bravo pour cet enchâssement de textes, intelligemment tricotés et interprétés avec un immense talent. »

« Merci aux deux artistes, un pur bonheur de jeux de comédiens, de conteurs, de musiciens, de chanteurs et de poètes. »

« Nous avons été tous les deux enthousiasmés par ce spectacle, l’idée en est originale et diablement intelligente, les choix de textes sont superbes et leur concordance, une fois mise en œuvre, paraît évidente. »

Etc, etc.

(Après tous ces éloges, je passe temporairement en mode vacances : un article tous les deux jours).

Comment devient-on l’un des hommes les plus riches du monde ? Pour William Waldorf Astor, dont il a été question hier, la réponse est finalement assez simple. Si William Waldorf Astor était riche, c’était que son père était riche, et si son père était riche c’est que son grand père était riche. Mais la généalogie de la richesse s’arrête là : l’arrière grand-père (né en 1763) avait débuté comme commis boucher dans une petite ville d’Allemagne. Intéressons-nous donc à ce bisaïeul.

Vers l’âge de seize ans, Johann Jakob Astor (c’était son nom) comprit qu’il ne passerait pas son existence à découper des biftecks. Il quitta son Allemagne natale pour Londres où il rejoignit un oncle qui fabriquait des flûtes et des pianos. Peu sensible à la musique, il partit aux Etats-Unis. Il y devint John Jacob, profession trappeur, et monta un négoce de fourrures. Tout ce qui était en peau était alors à la mode : bottes, vestes, toques, chapeaux. Il fit fortune.

Davy-Crockett

En 1800, il envoya en Chine un bateau chargé de 30000 peaux de loutres, qui en revint les cales pleines de thé et de soieries. Il mit ainsi en place la première organisation de commerce transcontinental des USA. Il en optimisa l’économie en l’étendant pendant quelque temps au trafic de l’opium.

Puis, constatant que la mode changeait et que l’on préférait désormais se vêtir de tissus, il revendit toutes ses affaires pour investir dans l’immobilier. Il acheta d’immenses terrains à Manhattan, et les fit bâtir. Il construisit la luxueuse Astor House, futur hôtel Astoria, qui malgré des tarifs prohibitifs devint rapidement le centre de la vie mondaine new-yorkaise. Son collègue Davy Crockett, y ayant séjourné, commenta : « Astor pèle ses clients comme j’ai moi-même pelé les ours et les bisons ».

On ne devient pas l’homme le plus riche des Etats-Unis simplement en gagnant de l’argent : encore faut-il ne pas trop en dépenser. John Jacob Astor ne mangeait que des restes et négociait le moindre de ses achats. Il ne donnait qu’à contrecoeur. Quand il mourut, à l’âge de quatre-vingt cinq ans, il parait que ses dernières paroles furent pour traiter d’imbécile un de ses fils qui avait versé cent dollars à une organisation charitable.

 

En cherchant une illustration pour le fil de lumière de mon article d’hier, j’ai trouvé par hasard (sur un blog, intitulé la dormeuse, qui m’a semblé extrêmement riche et bien fait) cette citation de Lucrèce qui m’a ébloui :

« Contemple donc comment, à la faveur d’un rayon de soleil qui fuse dans la pénombre de nos maisons, une multitude de corps minuscules se mêlent de mille manières dans le vide, à l’intérieur même du rai de lumière, et, comme soldats d’une guerre éternelle, se livrent combats et batailles, guerroient par escadrons, sans trêve, et ne cessant fiévreusement de se joindre et de se séparer : tu peux conjecturer par là ce qu’il en est de l’agitation sans fin des atomes dans le grand vide, pour autant qu’une petite chose peut fournir l’exemple des plus grandes et nous mettre ainsi sur la voie de la connaissance. »

On voit que dans l’Antiquité, philosophie poésie et physique pouvaient se combiner dans des textes extraordinaires. Celui de Lucrèce témoigne (dixit Cicéron) « à la fois de beaucoup de génie et de beaucoup d’art ».

J’adresse au passage mes félicitations au traducteur.

event horizon L et V Malstaf

Event Horizon © Lawrence et Vincent Malstaf
http://2016.mappingfestival.com/fr/exhibitions/event-horizon

 

Alex Beaupain cigale.jpg

​Vu Alex Beaupain hier soir à la Cigale. Il n’écrit (magnifiquement) que sur le deuil, la douleur, l’absence, mais le miracle est qu’il le fait sans pathos, sur des musiques pop légères, avec, sur scène, une gaité inattendue entre les chansons. C’est une sorte de Souchon aux prises avec une peine inconsolable, sur laquelle il ne cesse de composer, et qu’il transforme en bulles tristes et légères, qu’irisent les reflets de la vie et le souvenir du bonheur.

C’est beau.

Bref addendum à mes considérations théologiques d’hier. Etymologiquement, un scandale (scandalon, en grec) est un piège placé sur le chemin, un obstacle pour faire tomber. Jusqu’au XVIIIè siècle, on définit le scandale comme « une occasion de chute que l’on donne par quelque mauvaise action, par quelque méchant discours » (Académie, 1768). Aujourd’hui, nous dit le dictionnaire, c’est « ce qui paraît incompréhensible et qui, par conséquent, pose problème à la conscience, déroute la raison ou trouble la foi » (Trésor de la langue française). 

Jésus a parfaitement conscience d’être un scandale. Il s’écrie (Matthieu, XI, 6) : « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute !» Il appelle à dépasser l’étonnement et l’indignation qu’il provoque. Pour le suivre, il ne faut pas seulement laisser là sa famille et sa fortune. Il faut aussi laisser ses principes. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même » (Marc, VIII-34). Difficile de faire plus radical.

Moi, honnêtement, ces propos me laissent perplexe, et je crains fort de devoir me compter au nombre des pharisiens moyens.

pharisien

Cela commence dans la pénombre. On entend l’enregistrement d’un entretien de Céline, et puis le comédien se lève et poursuit, avec exactement le même phrasé, la même voix hâchée et acide, le monologue divaguant, lucide et féroce de l’écrivain. La ressemblance est hallucinante, on est chez Céline, physiquement en sa présence, à la fin des années cinquante, à Meudon. C’est stupéfiant.

J’ai découvert ce spectacle il y a deux ans. Source d’étonnement supplémentaire, le formidable acteur qui joue le docteur Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, s’appelle de la Tousche. Je ne le connaissais pas. C’est depuis devenu un ami, et l’on se voit à Paris et à Amou (il a une maison à Gaujacq), et s’est investi dans notre festival, où il a donné l’an dernier une lecture magistrale de La longue route, de Moitessier.

Son Céline se donne à nouveau pour cinq jours au théâtre de la Forge à Nanterre du 16 au 20 mars, et je conseille vivement à tous ceux qui le peuvent d’aller le voir. (Renseignements et réservations : 01 47 24 78 35)

Céline Stanislas

​Umberto Eco est mort, et je me dis qu’il faut relire le Nom de la Rose. Comme tous les grands livres il se prête à différentes lectures, et celui-ci prend des couleurs nouvelles en ces temps de djihad et de fanatisme religieux.

Quelle est l’intrigue du roman ? Une série de meurtres, commis par des moines intégristes, qui s’en tiennent strictement à la lettre des Écritures et combattent tout travail de mise à distance et d’interprétation. Que leur oppose-t-on ? La violence, l’inquisition, les bûchers : on leur fait la guerre. Qu’est-ce qui triomphe d’eux finalement ? La raison (la méthode scientifique) et le rire.

Il y a là une leçon sur les moyens de la lutte que nous ferions bien de ne pas oublier.

rose et coran

A Paris, il y a encore des colonnes Morris et quelques fontaines Wallace. Il y eut autrefois les colonnes Rambuteau.

Rambuteau, qui fut préfet de la Seine sous Louis-Philippe, avait résumé sa mission dans une formule : apporter aux parisiens « de l’eau, de l’air et de l’ombre ». Il fit plus encore : il leur apporta des urinoirs. Il en fit installer 450, dans des colonnes, auxquelles les Parisiens donnèrent instantanément le nom de rambuteaux.

colonne rambuteau

Contrairement à son successeur le préfet Poubelle, qui laissa généreusement son nom au récipient qu’il inventa pour évacuer les ordures ménagères, le préfet Rambuteau était contrarié par cette antonomase. Il eut l’esprit de faire savoir que le premier à avoir équipé une cité en urinoirs publics avait été l’empereur Vespasien, à Rome, vers l’an 70, de sorte qu’on ne tarda pas à renommer ces édicules des vespasiennes, et que le nom du préfet n’en fut pas sali.

Précisons que Vespasien, contrairement à Rambuteau, avait rendu payante l’utilisation de ces toilettes publiques, fournissant au passage à M. Decaux l’exemple dont ce dernier s’inspirera pour nos modernes sanisettes. Le fait de taxer l’urine n’alla pas sans poser un cas de conscience à certains Romains. Le propre fils de Vespasien, le futur empereur Titus, trouva notamment que son père était tombé bien bas. Le père lui mit alors sous le nez quelques pièces d’argent qui provenaient de cet impôt.  — Est-ce que ça sent quelque chose ? l’interrogea-t-il. — Non. — Ça sort pourtant de ce liquide ! Tu vois, Titus, l’argent n’a pas d’odeur.

(Je tire l’essentiel de mes informations sur ce passionnant sujet du blog Parisian Fields, que tiennent deux nord-américains amoureux de Paris: https://parisianfields.wordpress.com/2016/01/31/vespasiennes-does-a-roman-emperor-deserve-this-2/)

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