des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Fables en vrac

La bise est venue. Je ne chante plus. Je ne chanterai plus avant le retour des beaux jours et la fin de l’hiver.

Mais je ne me trouve pas dépourvu. J’ai bon toit, bon lit, bons livres, et bonnes fables, à ruminer encore et encore.

renard-et-buste-yves-becquet© Yves Becquet

Au moment d’aborder cette année électorale décisive, je conseille de prendre exemple sur le renard de cette fable. Ne pas s’en laisser compter par les candidats, les « examiner à fond », les « tourner de tout sens », et puis voter pour celui à qui l’on aura trouvé quelque peu de cervelle.

le-loup-et-la-cigogne-thomas-tessier© Thomas Tessier

« Etre de frairie », comme le Loup de cette fable, c’est faire bonne chère et tenir banquet. En ce lendemain de Noël, j’espère qu’aucun de mes lecteurs ne s’est, comme lui, coincé un os ou une arête dans le gosier au cours du réveillon.

christine-lagarde-cjr-sipa© Sipa

Un tout récent jugement (celui que la Cour de Justice de la République a rendu dans l’affaire de l’arbitrage truqué en faveur de Bernard Tapie), a reconnu notre ancienne ministre des finances, Christine Lagarde, coupable de « négligence », mais l’a dispensée de toute peine.

On ne peut que se réjouir que la justice sache faire preuve de mansuétude. De nombreux commentateurs n’ont cependant pas manqué de citer La Fontaine et de relever que « selon que vous serez puissant ou misérable », cette mansuétude ne s’exercera pas de la même façon.

Je n’ai rien contre Madame Lagarde, que je crois une femme honnête, mais il y a un grand nombre d’exemples de gens non moins honnêtes qui, pour avoir été une fois négligents, se sont retrouvés condamnés. Voici donc Les Animaux malades de la peste, fable célèbre qui n’a rien perdu de son actualité.

J’en profite pour signaler un erratum : la conclusion de la fable, c’est « les jugements de cour vous rendront (et non feront) blanc ou noir ».

 

« Se croire un personnage est fort commun en France » (La Fontaine).

Il est permis de penser que depuis le XVIIè siècle, les choses se sont encore aggravées, à en juger par le nombre de personnes qui trouvent bon de se déclarer candidates à l’élection présidentielle de l’an prochain.

J’invite tous ces dirigeants putatifs à relire cette fable (pour une majorité d’entre eux, il s’agira probablement d’en prendre tout simplement connaissance), et à méditer quelques instants, à la lumière de leur propre cas, sur cette « sotte vanité » qui constitue « le mal françois ».

conseil-tenu-par-les-rats-gustave-doreGustave Doré, Conseil tenu par les rats (détail)

 

tortue-hollande

C’est curieux comme un contexte peut déteindre sur la lecture que l’on fait d’une oeuvre. Prenez La tortue et les deux canards. Aucun rapport avec la situation politique française présente. Et cependant, je ne puis m’empêcher de trouver que cette tortue ressemble par quelques traits à notre infortuné président, et les deux canards aux deux journalistes auxquels il s’est bien imprudemment livré dans « Un président ne devrait pas dire ça ». Indiscrétion, imprudence, babil, sotte vanité. Excès de commentaires.

« Tout est mystère dans l’amour ». La Fontaine nous conte comment Cupidon enfant perdit la vue, la fureur de Vénus sa mère, et les conséquences qui s’ensuivirent.

L’Amour et la Folie est l’une des dernières fables de La Fontaine, mais l’idée que l’amour entraine à des comportements hors de raison avait déjà été illustrée dans ce bijou qu’est le Lion amoureux.

 

singe-et-trump

La fable est amusante, et par les temps qui courent, elle prend un certain relief. La Fontaine imagine un singe démagogue, ou tout comme, qui se fait élire roi à force d’incongruités.

« A peu de gens convient le diadème », conclut l’auteur. Aucun renard, hélas, n’est encore en vue.

Le chat et le renard n’est pas une fable très connue, mais La Fontaine y est au sommet de son humour, décrivant, en quelques vers, les deux pèlerins avec une verve jubilatoire, et une fantaisie dans l’invention verbale qui rappelle Rabelais.

chat-et-renard

J’en profite pour faire le point sur l’entreprise de longue haleine dans laquelle je me suis lancé : celle d’enregistrer par coeur l’intégrale des Fables. Je puise l’énergie de le faire en pensant à mon cher François Frédéric Guy, qui a déjà interprété, plusieurs fois, de mémoire, le cycle des trente-deux sonates pour piano de Beethoven. A coté de lui, je joue petit bras : les sonates représentent quelque chose comme 650 pages de musique ; avec Les Fables, je me contente de 285 pages de texte, que je ne prétends pas dire d’affilée (elles représentent huit heures d’écoute, environ). Je les récite une à une. A ce jour, il y en a 83 dans la boite. On les trouvera ici, et je conseille de les consommer par doses de cinq ou six, pas plus.

Je me demande à quel stade de la fable des grenouilles qui demandent un roi nous en sommes, en France. A celui où nous nous « lass[ons] de l’état démocratique » ? A celui du soliveau, dont Hollande fournit un portrait assez ressemblant ? Ou, probablement hélas, à une combinaison des deux ?

« Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue ! » En ces temps où commence à frémir l’agitation de l’élection présidentielle, je ne prétends pas être moins grenouille que les autres, et je partage cette réclamation. Mais en même temps que je la fais mienne, je ne peux m’empêcher de m’en méfier : la fable, il faut l’entendre, jusqu’au bout, et la méditer un moment.

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