« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Lu – vu – entendu

Il ne faut pas aujourd’hui désespérer Boulogne (s/mer), pas plus qu’hier Billancourt.

En ces temps difficiles pour les marins-pêcheurs, je leur suggère donc une pêche économique en gazole:


Pas de quotas à craindre, l’espèce n’est pas en voie d’extinction.
Toutefois, le con n’étant pas rare, il ne faut pas  s’attendre à le vendre très cher.

Mon ami Jacques Langlois, qui a lui aussi connu un tambour de ville, que l’on prend pour Dustin Hoffmann partout sauf là où cela lui ferait plaisir, et qui est l’un des plus grands tintinologues au monde, est l’homme à qui l’on doit la plupart des excellents (“ex-ceylan”) commentaires de ce blog. (Les liens renvoient aux articles dont il faut lire les commentaires).

Il est à vrai dire coutumier de ces traits d’esprit. L’un des plus beaux dont je me souvienne, c’était au mariage d’un de nos amis communs. Le grand-père dudit ami était général, et formait avec son épouse un couple fier quoique assez décati. L’ami nous présente à eux, en les munissant de leurs titres : « Le général L…., la générale… »
Jacques se retourne vers moi :
– Ça la générale ? On dirait plutôt les dix dernières !


(La banque HSBC ayant, dans ses publicités, fait d’un certain Langlois son client-héros à travers le monde, je lui présente par avance mes excuses pour toute confusion qui résulterait du titre de cet article).

Je vous recommande la lecture du Mal propre, le dernier livre de Michel Serres. Il y dissèque le lien profond, éthologique, qui existe entre le sale (ce que le corps, humain ou social, expulse : crachat, urine, fumier, sang, sperme, cadavres) et la propriété. Nos déjections et rejets marquent notre territoire. Quand on a craché dans la soupe, personne d’autre ne la mangera.


Or, d’une certaine façon, il en va de même avec les ordures et les déchets industriels. Si avec mon usine, je pollue un terrain, j’en expulse de facto le paysan qui en était propriétaire. Je crache dans sa soupe, il n’en jouira plus.


Aujourd’hui l’espèce, avec la puissance technique dont elle dispose, perpétue ce mouvement d’appropriation à l’échelle de la Terre. Elle pollue, mais cette fois sans limite. Fumées, gaz, ondes, radiations ne marquent plus d’espace précis. Le lieu disparaît. Le sale ne crée plus du propre (au sens propriété) mais l’annule. Inaugurons-nous la dépossession du monde ?

Quelqu’un qui m’est très proche et très cher est revenu l’autre jour tout sourire du marché.
Je m’informe de la raison de cette bonne humeur.
-Je viens de faire une excellente affaire. J’ai acheté trois steaks pour le prix de quatre !

J’aurais dû lui conseiller d’aller faire ses courses sur eBay, où les affaires sont encore meilleures, si l’on en croit l’étiquette suivante :


Certes le prix est en francs, mais c’est pour 100 grammes.

L’évocation récente de la bataille de Lépante m’a mis sur la piste de Miguel de Cervantès. L’auteur de Don Quichotte y combattit. Il fit partie des innombrables blessés et y perdit l’usage de la main gauche, « pour la gloire de la droite » dira-t-il.

Je me suis donc replongé dans Don Quichotte. La préface en est certainement l’un des passages les plus savoureux.  Cervantès s’y décrit lui-même en train d’essayer de l’écrire, dans cette attitude que les gens de plume à la recherche d’inspiration ne connaissent que trop bien :
« j’étais indécis, le papier devant moi, la plume sur l’oreille, le coude sur la table et la main sur la joue, pensant à ce que j’allais dire… »

A l’époque il était d’usage qu’un auteur fasse précéder un ouvrage de toutes sortes d’épigrammes, d’éloges et de citations, empruntés soit à d’illustres prédécesseurs, soit à de nobles contemporains, moins talentueux sans doute, mais dont il était convenable de rechercher la protection. Ce que notre ami trouve assommant et inutile, «parce que je suis naturellement paresseux d’aller à la quête d’auteurs qui disent pour moi ce que je sais bien dire sans eux ».

S’ensuit une éblouissante dissertation sur le pédantisme et l’art et la manière de faire semblant d’être érudit, à la lecture de laquelle je vous renvoie, et dont je confesse m’inspirer parfois dans la tenue de ce blog.

Il existe de nos jours une multitude d’auteurs méconnus, à qui il arrive d’avoir un coup de génie.

Tel est le cas d’Alain Prunier, fabuliste injustement obscur, à qui l’on doit ce concentré surréaliste de jeu de mots en vers :

Une génisse avait deux passions dans la vie :
De l’éléphant le cri et de Flaubert l’écrit.
Si bien qu’un beau matin, madame veau barrit.



Si la génisse lit, on peut imaginer que l’éléphant fait de même. Je trouve que celui-ci a l’air de sortir de la lecture des Mémoires de Guerre du Général de Gaulle.

Puisque s’ouvre aujourd’hui le festival de Cannes, je vous livre ici le souvenir de la seule et unique fois où j’y suis allé.
C’était en 1995. Jeanne Moreau, Présidente du Jury, m’avait convié à un déjeûner qu’elle donnait à l’hôtel Martinez.
Je débarque le matin même par avion de Paris. A l’aéroport de Nice, une voiture officielle m’attend. Noire, étincelante, vitres fumées. Le chauffeur m’ouvre la portière, nous prenons l’autoroute et filons vers la Croisette.
Arrivés au Martinez, une foule assez dense de badauds se masse derrière les barrières de sécurité. Chasseurs d’autographes, paparazzi amateurs, guettant les stars et surveillant tous ceux que l’on n’appelait pas encore les pipoles.
La voiture s’arrête devant l’entrée – dûment gardée – de l’hôtel. Le temps que le chauffeur montre patte blanche, un visage rubicond s’écrase contre ma vitre. Je vois deux gros yeux qui scrutent avidement à travers le fumage, et se fixent sur moi. Avec une moue dépitée, l’homme se redresse, et crie :
— Ne poussez pas, derrière. Dans celle-là, y’a personne !

 

C’était un énorme graffiti qu’on pouvait lire sur le mur de l’Ecole des Beaux Arts, rue Bonaparte :

Cent milliards de mouches ne peuvent se tromper : bouffez de la merde !

Je date le slogan de mai 68, mais il est peut-être postérieur.

Mais qu’est-ce que cent milliards de mouches ? Rien du tout, si j’en crois le site du Jura agricole et rural, sur lequel (merveilles de Google) j’ai atterri en quête de précisions.

J’y lis en effet qu’un couple de mouches, en avril, peut donner naissance à « 190 milliards de milliards de mouches au mois d’août, si le cycle de sept jours est observé ». Commentaire avisé du site : « C’est plus que considérable ».

Vérification faite, c’est un million de fois moins que ça. C’est exactement 191,000,000,000,000 (cent quatre vingt onze mille milliards), d’après un site américain cette fois. Mais c’est toujours considérable, puisque, d’après la même source,  cela pourrait couvrir la Terre d’une couche de mouches de 14 mètres de haut.

L’obligation de faire maigre le vendredi, les Espagnols en furent dispensés par le pape Pie V après la bataille navale de Lépante, remportée en 1571 contre les Turcs, qu’on appelait aussi les Infidèles, et qui incarnaient alors un genre de grand Satan (en matière d’obscurantisme les chrétiens de l’époque n’avaient pas grand chose à envier à certains musulmans d’aujourd’hui).

Conséquence: jeûne en-deçà des Pyrénées, bombance au-delà. Ce « deux poids deux mesures », lorsque j’en appris l’existence, me choqua profondément. Car on nous avait enseigné au catéchisme que l’abstinence était une règle destinée à rappeler aux chrétiens les souffrances et la mort de leur Sauveur, un garde-fou qui empêchait l’âme de sortir des idées religieuses, et que c’était un grave péché que de l’enfreindre. Et voilà que ce qui était imposé aux uns ne l’était pas aux autres. Que valaient donc les raisons invoquées ? Si elles avaient été bonnes et réelles, elles ne pouvaient qu’être universelles, et s’étendre à tous. A l’évidence l’Eglise fournissait avec une telle dispense la preuve de sa duplicité, et montrait que le dogme, loin d’affirmer sa primauté théologique, avait au contraire une humaine propension à s’infléchir au réel et à se plier à la politique.

Reste que la bataille avait été sévère. D’après ce que j’en lis, près de 600 navires s’affrontèrent. La galère, comme genre d’embarcation de guerre, y périt, surpassée par des navires à voile plus rapides et manoeuvriers. En un peu plus d’une demie journée il y eut 40000 morts ou blessés, et tout s’arrêta vers 16h lorsque la tête de turc de l’amiral ottoman Ali Pacha fut placée en haut du mat du plus grand galion espagnol.

galeres-lepante

J’ai entendu à la radio que dans une affaire de meurtre, la police avait arrêté un homme, et qu’elle était certaine à 90% de détenir le suspect.

L’enquête démarre mal…

Prochains spectacles
VSRP: No data available
Archives