des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

L’ultracrépidarianisme est un mot que l’ami Etienne Klein* vient de remettre au goût du jour. Il désigne le comportement (fort commun aujourd’hui et amplifié — ô combien — par les réseaux sociaux), qui consiste à donner son avis sur tout, y compris ce sur quoi on ne dispose d’aucune compétence.

Le mot a été formé au début du XIXè siècle à partir de la locution latine : Sutor, non supra crepidam. Pline l’Ancien raconte qu’alors qu’il faisait décorer sa maison par un peintre, son cordonnier lui avait signalé un défaut dans la représentation d’une sandale. L’artiste avait corrigé l’erreur. Enhardi par cet incident, le cordonnier s’était alors risqué à commenter le reste de l’ouvrage, trouvant à redire ici au dessin, là à la couleur, au point que le peintre avait fini par s’agacer : « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure ! », lui avait-il lancé (en V.O. sutor, non supra crepidam), autrement dit tiens-t-en à ce que tu connais.

J’ai une amie qui est une ultracrépidarianiste forcenée. Elle a toujours des vues pénétrantes à faire valoir sur les sujets les plus divers, et m’abreuve en toutes matières (ainsi que tout son carnet d’adresses) de conseils, de recommandations, de mises en garde, et de toutes les informations secrètes qu’on se garde bien de nous révéler mais auxquelles elle a miraculeusement accès. Je lui dirais volontiers, comme au cordonnier de Pline, de s’occuper de ses pompes, mais hélas elle ne dispose d’aucun véritable domaine de compétence, et il est donc difficile de l’y cantonner.

* Je ne saurais trop recommander le visionnage des deux courtes vidéos ci-après :

Quand un mec compétent s'exprime sur les incompétents qui se prennent pour des mecs compétents. Merci M. Klein.

Posted by Aurélien Faux on Friday, 3 July 2020

L'ultracrépidarianisme, l'art de parler de ce qu'on ne connaît pas

"Je ne suis pas médecin, mais…"Parler avec assurance de choses qu'on ne connaît pas, c'est l'ultracrépidarianisme. Explications avec le philosophe et physicien Étienne Klein.

Posted by Brut on Wednesday, 2 September 2020

 

Cheminer dans la vie à tes côtés est un privilège dont j’ai la chance de jouir, et dont je mesure chaque année un peu plus l’étendue.

Dormir à tes côtés et te tenir dans mes bras est une grâce dont je goûte chaque matin un peu mieux la joie.

La vie belle, tu la rends tellement plus belle encore.

Bon anniversaire, mon amour.

Altaïr était un bouvier, et Véga une princesse. Elle était fille du Soleil, vivait dans un palais, et avait pour principale occupation de filer, ce qu’elle faisait si bien qu’on l’avait surnommée « la Fileuse ».

Un jour Altaïr, qui était jeune et très beau, passa sous sa fenêtre avec ses bœufs. Véga et lui n’échangèrent qu’un regard, mais qui scella leur destin : ils tombèrent amoureux dans l’instant. Et leur amour parut à tous d’une si resplendissante évidence que personne dans le palais, pas même le Soleil, ne s’y opposa. Les jeunes gens se fréquentèrent, un peu, beaucoup, passionnément. Bientôt, ils se mirent à vivre ensemble.

Cependant, comme ils s’occupaient de jour en jour davantage de leur bonheur et de leur plaisir, et de moins en moins de leur travail, le rouet de Véga s’immobilisa, et les bœufs d’Altaïr, livrés à eux-mêmes, s’éparpillèrent partout dans le ciel, bousculant les constellations et mettant le désordre dans les étoiles.

A la vue du firmament ainsi piétiné, les Dieux se fâchèrent. Ils sommèrent le bouvier d’y mettre bon ordre. Celui-ci n’écoutait pas, trop épris pour quitter les bras de sa belle. Alors le Roi le chassa de son palais, et l’exila avec son troupeau de l’autre côté du « fleuve céleste », ainsi que les Chinois nomment la Voie lactée.

Véga se mit à dépérir. Elle pleurait jour et nuit, elle était inconsolable. Craignant pour la vie de sa fille, le Roi adoucit la sentence : il accorda aux amoureux le droit de se retrouver une fois par an, le septième jour de la septième lune. Et pour franchir le fleuve et son bouillonnement d’astres, une déesse commanda à toutes les pies de l’Empire de se rassembler au-dessus, et de former un pont sur lequel les amoureux puissent marcher.

Cette nuit-là, il ne fait jamais beau. Au début tombe une bruine légère, qui sont les larmes de bonheur des amants qui se retrouvent. A la fin, il pleut à verse, ce sont les sanglots de la séparation. Et l’on ne voit pas les étoiles.

Voici ce qu’on raconte au Japon et en Chine, où l’on n’est jamais à court d’histoires nées de la contemplation du monde.

Il y a dans l’hémisphère nord, au zénith du ciel d’été, un grand triangle formé par trois étoiles plus brillantes que les autres : Deneb, Véga, et Altaïr. La Voie lactée passe en son milieu.

On dit qu’au Japon, autrefois, les amants attendaient avec impatience le septième soir de la septième lune, car la croyance populaire disait que c’était celui où Altaïr de l’Aigle, franchissant le « fleuve céleste », rejoignait « Véga la fileuse », sa bien-aimée, pour une nuit.

Le ciel, pour cause d’amour, n’était pas tout-à-fait immuable.

Altaïr, en bas à gauche. Vega à droite. Deneb au milieu en haut.

J’avais fermé les paupières. J’étais en short, torse nu, jambes nues, à l’ombre d’un arbre dont les feuilles jouaient avec le soleil. La température était délicieuse. Je sentais mon cœur battre dans mes tempes, et mes pieds peser sur la terre. Une brise légère se glissait sous mes poils. Attentif à tous les signaux que m’envoyait mon corps, il ne me venait que des sensations agréables. Je souriais de la joie d’être vivant. Je percevais aussi, autour de mes yeux, une diffuse impression de fatigue. Et je me disais mon Dieu, bien sûr que tout ça va s’arrêter, est-ce que tu sens combien tu as vieilli ?

Les journées passaient comme des charmes. Tous les voyants étaient au vert. La fin se profilait à l’horizon.

Voilà le sentiment qui m’habite depuis (presque) toujours : le monde va mal, il n’est jamais allé bien, et ça ne va pas s’arranger.

Par une heureuse disposition de mon esprit, qui n’est peut-être qu’une effroyable indifférence, ce constat n’altère pas mon humeur. Je m’applique à goûter chaque moment qui passe, et les choses qui pourraient m’être pénibles, je parviens sans difficulté majeure à les garder à distance, ou à les prendre avec une bonne dose de placidité.

Je me sens en cela très proche d’Edmond Kirazian, dit Kiraz, le dessinateur des « Parisiennes » mort il y a un mois, dont sa compagne a dit qu’ « il ne retenait du monde que ce qui le ravissait ».

Je n’ai pas plus accès au monde des philosophes que je n’ai accès à celui des mathématiciens. Je vois d’ailleurs beaucoup de similitudes entre les deux. On y pose des concepts, on les empile, on les assemble, on en déduit d’autres, et à la fin il faut une intelligence bien plus pénétrante que la mienne pour apercevoir la beauté de la construction.

Voyez cette phrase de Sartre : « dans le dévoilement réflexif, il y a position d’un être qui était déjà dévoilement dans son être » (L’être et le néant). Elle n’emploie aucun mot de jargon, et pourtant elle m’est totalement obscure. Dévoiler, je croyais que c’était lever le voile, faire apparaître ce qui était caché, mais les dévoilements ici mentionnés, exception faite de leur opacité, que me révèlent-ils ? Rien du tout.

Me renseignant récemment sur les prix des terres agricoles, et m’étant rendu pour ce faire sur le site de la SAFER, j’ai découvert que le prix d’un bien pouvait se voir affublé de l’épithète hédonique. Je l’ignorais.

Mon dictionnaire définit hédonique comme suit : « se rapportant à l’hédonisme, à la recherche du plaisir » (c’est l’exact synonyme d’hédoniste). Aussi ai-je été étonné d’apprendre que les prix des terres en France sont calculés à partir de prix de référence « auxquels est appliqué un indice annuel régional défini par un modèle hédonique log-multilinéaire ». J’ai beau chercher le plaisir, je ne le trouve pas.

Il est vrai que je ne suis pas statisticien. Je sais bien qu’on peut éprouver des satisfactions intenses à cerner des variables, élaborer des approches, imaginer des formules, lisser des séries, tester des élasticités, et calculer des régressions, si l’on se trouve par exemple face aux rotondités d’une belle personne. Mais face à une série de chiffres, voilà une suavité qui semble réservée à une population restreinte de mathématiciens. Je les envie et les admire d’avoir accès à des raffinements qui me resteront à jamais inconnus.

Vous commencez par être une cellule, puis deux, puis quatre, puis huit. Au bout d’un temps donné vous sortez du ventre de votre mère, si vous relevez de l’ordre des mammifères, ou de votre œuf si vous appartenez à un genre ovipare, ou de terre si vous êtes un arbre. Vous grossissez, vous vous développez, vous fleurissez, vous vous épanouissez, vous vous métamorphosez même dans certains cas, bref vous grandissez et vous voici devenu adulte. C’est à votre tour de vous reproduire.

Puis ceci fait (ou pas), vous n’embellissez plus, et plus ou moins vite selon votre espèce et les gènes que vous possédez, vous vous fanez, vous vous fatiguez, vous flétrissez, vous racornissez, vous vieillissez, vous mourez, vous pourrissez, vous vous décomposez, vos molécules s’éparpillent. Votre merveilleuse et banale singularité cesse de se distinguer du reste du cosmos, et bien malin qui peut dire aujourd’hui ce qu’il reste d’un ver de terre d’il y a cent mille ans.

© ulaval.ca

J’ai retrouvé, dans le bureau de mon père, deux classeurs qui étaient consacrés à mes activités : d’entrepreneur d’abord (lors de l’aventure de 00h00.com), de chanteur ensuite. Ils contenaient pour l’essentiel des coupures de presse, patiemment collectées par mes parents, sur ceux de mes faits et gestes qui avaient, à un moment donné, retenu l’attention des chroniqueurs.

Parmi ces documents se trouvait la copie d’un article paru dans Libération daté du 31 août 2000 (vingt ans jour pour jour aujourd’hui), relatant la soirée mémorable donnée la veille par Jeff Bezos sur la Seine à l’occasion de l’inauguration d’Amazon France. J’ai déjà raconté (Jeff Bezos, Don Pesos et le Rio Grande) comment celui qui allait devenir l’homme le plus riche du monde m’avait fait ce soir-là chanter une chanson écrite pour lui. La photo publiée le lendemain montre que ça nous avait bien fait rigoler.

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