« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Le fil des jours

Nous venons Claudine et moi de passer quelques jours en Suède. Nous étions invités chez une amie qui habite dans le centre du pays.
Pour nous y rendre, j’ai loué une voiture à l’aéroport de Stockholm.

Au moment de faire le plein, j’ai découvert qu’elle roulait à l’éthanol. J’étais un peu embêté, car je venais de faire le malin en publiant mon petit billet sur les biocarburants. Mais comme le prix du litre est deux fois moins élevé que celui du super, je me suis dit que rouler propre, au fond ce n’était pas si mal…

A la vérité, en bon petit occidental que je suis, ce qui coûte le moins cher, c’est ma conscience. Elle devient bonne à bon marché.

Cinq ans, déjà…

J’ai réagi, comme tout le monde, à cette douloureuse affaire. En écrivant une chanson. A chaud, il y a cinq ans.

J’ai longtemps hésité. Et puis j’ai décidé de la garder dans mes tiroirs. De ne jamais la chanter. Je ne veux pas en rajouter. Par respect pour la mémoire de Marie Trintignant. Et surtout, même si c’est plus difficile à comprendre, par respect pour la douleur de Cantat.

NOIRS DESIRS (un meurtre en Lituanie)

Personne au grand jamais n’aurait pu s’en douter
On le savait teigneux ténébreux exalté
Mais nul n’aurait un jour conçu l’idée infâme
Que ce pauvre chanteur pourrait tuer sa femme
Sans préméditation mais pas par accident
En la rouant de coups répétés violemment
Quatre maîtresses gifles aux yeux et au visage
Ivre d’un noir désir et d’une verte rage

Ils s’aimaient d’amour fou : pourquoi donc se méfier ?
Quand on l’a ramassée la face tuméfiée
Les pommettes bouffies d’hématomes hideux
Les lèvres éclatées le nez cassé en deux
Elle coulait à pic dans un sommeil sans fond
S’enfonçait pesamment dans un coma profond
Et quelques caillots bruns sur sa joue en séchant
Signaient le noir désir d’une couleur de sang

Au bout de quelques jours confus -mais peu importe
Un neurochirurgien nous la déclara morte
Puis un juge intervint. Bientôt les résultats
De l’autopsie à tous en pâture on jeta
Alors se déchaîna la furie médiatique
La foule a toujours soif de destins pathétiques
De légendes brisées d’exemplaires horreurs
Elle a ses noirs désirs elle aussi par malheur

Quel bruit fit cette affaire !… On dégoisa beaucoup
On pleura on hurla bien sûr avec les loups
On fit des numéros spéciaux des couvertures
(La victime il est vrai avait bien de l’allure)
On chercha le détail la photo inédite
Le scoop nauséabond qui écœure et excite
Et frappe le public de morbides stupeurs
Gonflant son noir désir jusqu’à jouir de fureur

Le drame ayant eu lieu en un lointain pays
On parla tout l’été d’un meurtre en Lituanie
On jugea le chanteur -rimes et déraison-
On l’envoya croupir justement en prison
Et puis d’autres sujets retinrent l’attention
De penser à Vilnius on eut moins l’occasion
On laissa l’assassin cassé et sans ressort
Seul à son noir désir et à son triste sort

Un dernier mot pour toi meurtri et solitaire
Un mot pour te confier un étrange mystère
Tu as commis le mal que tu ne voulais pas
Et moi qui suis certain que je ne t’aimais pas
Moi dont l’âme et la chair abhorrent la violence
Moi qui en procureur pourtant criais vengeance
Quand j’ai vu ton regard accablé digne et clair
Au bout du noir désir j’ai rencontré un frère

Mon très cher oncle est mort récemment. Il avait 84 ans.

J’ai cherché s’il existait une trace de lui sur Internet. La réponse est celle-ci :

http://www.degustateurs.com/forum/forum_posts.asp?TID=9868&PN=1

Dégustation de septembre 2007

Puligny-Montrachet « Les Caillerets » 2005 de Jacques Arbon :

Une très belle bouteille découverte. Quelqu’un connaît-il le producteur de cette très belle bouteille ??

Au nez, on sent une trame très pure, beaucoup de minéralité et de fraîcheur.

En bouche on retrouver cette limpidité des terroirs de race, mais on ressent plus de gourmandise que les Puligny que j’ai l’habitude de boire, peut être l’effet 2005, on sent également qu’à l’ouverture le vin est sur sa réserve ce qui me fait dire qu’on le boit trop tôt et que 2 ou 3 ans aurait permis son épanouissement, mais après qq dizaines de minutes, il prend de l’ampleur et gagne en complexité, décidément très belle découverte .

17,5/20 ça s’achète ou ??

Bouteille Vidée

degustation

Deuxième bouteille en partant de la gauche.
Supposons que Michel-Ange n’ait pas eu Jules II comme mécène, mais qu’il ait été sponsorisé par McDo.
Imaginons alors son David.

Demain les jours raccourcissent

                                                                C’est le solstice       
                                                         D’été

        C’est le sommet d’une colline

                                          On y arrive sans y penser
                                    C’est un joli point qui culmine
                                  L’été

                              On y découvre l’espace
                        D’une année
                Six mois devant six mois derrière

          C’est ce jour-là que le panorama est le plus vaste

                C’est ce jour-là qu’il fait le plus clair
                      C’est ce jour-là qu’il fait le plus jour

                            Les ombres de ce jour sont les plus courtes

La nuit de ce jour est la plus brève
On baigne dans la lumière
                            On est comme au sommet du temps
L’instant est rare

Ivresse Vertige Bonheur Tristesse

Tout se tient tout se répond tout se met en relief tout se décompose

                                                                        Humeur de solstice

                    Tout est là tout est à perdre
                                                    Nostalgie anticipée
                                                                                                            D’un coup la pente nous aspire

                                                                                                            Le soleil vient de couper les pattes des Gémeaux

La pire faute, c’est sans doute de s’habituer au bonheur. On ne devrait jamais s’habituer au bonheur. Quand on l’a, on devrait toujours en avoir une conscience aiguë. On devrait le connaître, le désirer, le respecter. On devrait le recevoir à chaque instant comme un cadeau, on devrait frissonner de sa présence. On devrait toujours savoir qu’il est là. On devrait exulter d’être bien. On devrait s’émerveiller chaque seconde de vivre en paix, d’avoir un toit, d’aller et venir librement, de choisir qui aimer.

Et on devrait simplement (et peu importe à qui) en rendre grâce.

little indian girl

Premier jour: le livre de comptes
Deuxième jour: démontage de la sonnette

Le troisième jour était un mercredi, jour de parution du Canard enchaîné.
A la rubrique « Ecrits et chuchotements » on pouvait lire : « Un nouveau Directeur général arrive chez Flammarion. Il vient de la pharmacie. L’édition doit être bien malade. »

C’est vrai, je viens de passer dix ans dans l’industrie pharmaceutique. Ces milieux d’intellectuels (l’édition et la presse) n’aiment pas beaucoup les étrangers.

Le soir a lieu l’inauguration du Salon du Livre. Monsieur Flammarion m’y accompagne. Nous arrivons sur le stand. Je dois y rencontrer les éditeurs de la maison. Monsieur Flammarion disparaît.


Un vieux Monsieur à la retraite, Directeur général du temps d’Henri Flammarion, (père de l’actuel P-DG), qui a participé à mon recrutement, me prend sous son aile, et me présente plusieurs d’entre eux. Tout se passe bien.

Tout, sauf… Sauf que Françoise Verny manque à l’appel.

Françoise Verny est la directrice littéraire de Flammarion, après avoir été celle de Grasset puis de Gallimard. On la surnomme la « papesse » de l’édition. C’est un monument, une star, une ogresse, un monstre. Amie de Malraux, génitrice des «nouveaux philosophes», elle connaît tout le monde, tout Paris la craint. Evidemment, si quelqu’un m’intimide, c’est elle. Je n’en mène pas large. J’attends.

Troisième jour: je ne vous aime pas

Premier jour: le livre de comptes

Le deuxième jour, je découvre la sonnette qui est à la porte de mon bureau. Et je prends ma première grande décision. Celle de la faire démonter.

C’est apparemment l’usage dans cette maison que toutes les portes soient hermétiquement closes. On ne les laisse jamais ouvertes. A fortiori celles d’un bureau directorial. Là, il ne saurait être question d’entrer, ni sans frapper ni en frappant : il faut sonner, et attendre qu’un petit feu vert s’allume, ou alors se voir opposer un feu rouge « Attendez ».

Ah ! la belle et vieille époque où l’employé devait solliciter, la gorge serrée, les mains moites, qu’on lui accorde la faveur d’accéder à cet espace rare et solennel : le bureau du patron. Car le patron n’a pas que ça à faire, n’est-ce pas, si sa porte est fermée c’est qu’il est occupé à des choses importantes. On a donc tout intérêt à réfléchir à ce qu’on veut lui dire avant de lui faire perdre son temps.


C’est tout ça qu’elle raconte, la sonnette, au moment d’appuyer dessus.
Elle se taira désormais.
Il n’y aura plus de sonnette.
Ma porte sera ouverte, en permanence.

Troisième jour: en attendant Françoise

C’est un jour d’avril 1988, c’est mon premier jour chez Flammarion, et je rends visite à Monsieur Flammarion, que je n’appelle pas encore Charles-Henri.

Il m’installe dans son ancien bureau (il occupe à l’étage au-dessus le bureau de son père). Il me confie différents dossiers en me demandant d’en prendre connaissance. Il m’indique qu’il n’a pas encore annoncé mon arrivée au personnel de la maison, et qu’il le fera dans deux jours, à l’occasion de la soirée d’inauguration du Salon du livre. D’ici-là, il m’invite à rester discret. Je suis le nouveau Directeur général.

Cette entrée en matière florentine me surprend un peu. Mais j’ai un trac terrible à l’idée de rencontrer les éditeurs. Je les vois comme des sortes de sorciers de l’écrit, des alchimistes du verbe, des grands prêtres de la culture. Je les admire, ils me fascinent, je n’en connais personnellement aucun mais l’idée que je m’en fais m’impressionne.

Alors, ce répit, lâchement, me soulage. En même temps, il ne me dit rien de bon. Mais je prends place dans mon nouveau fauteuil, et j’essaye de me concentrer sur ma lecture.

Sur l’une des étagères garnies de livres qui me font face, j’avise un énorme volume, d’au moins un mètre de long, posé à plat. Je vais l’ouvrir. C’est un livre de comptes, datant des débuts de la maison, à la fin du XIXè siècle. Toutes ses pages sont écrites à la plume, d’une belle écriture cursive, à l’encre violette. Je le consulte longuement, respectueusement. Y sont consignées les dates des tirages et retirages des ouvrages, ainsi que celles des avances, des règlements, et leur montant. En tête de chaque page ou groupe de pages, le nom d’un auteur : Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Emile Zola.


Un peu plus tard dans la journée je fais la connaissance de ma secrétaire. Une dame aux cheveux gris, déférente, un peu raide : Lucile Bachelin, 41 ans de maison.

En rentrant chez moi le soir, je me dis que Flammarion ne constitue probablement pas un terrain propice à l’exercice d’un management tel qu’on l’enseigne dans les « business schools ».

A la vérité, je subodore même que tout ce que je crois savoir, je vais pouvoir m’asseoir dessus.

Deuxième jour: le démontage de la sonnette
Troisième jour: en attendant Françoise

Prochains spectacles
VSRP: No data available
Archives