mais qui est arbon ?

« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Voici trois ou quatre ans, ma chanson “Etre et Avoir été” fut couronnée par l’Académie des Jeux Floraux dans la catégorie de la plus belle chanson poétique. Je fus invité à faire le déplacement à Toulouse pour recevoir cette éminente distinction, et interpréter l’oeuvre lauréate devant un parterre de notabilités.
Quelques jours avant la cérémonie, je reçois un appel téléphonique. De manière très courtoise, mais très insistante, on me demande de prévoir un autre titre pour ma prestation. Je m’en étonne, et m’enquiers  du pourquoi de la chose. “- C’est, me dit-on, que votre texte est de nature à choquer les oreilles élégantes qui seront présentes à notre soirée.
–  Ah! bon?  C’est pourtant ce même texte que vous couronnez… 
– Certes, et nous ne revenons pas là-dessus. Mais s’il vous plait, chantez-en un autre.
– Et pourrais-je au moins connaître la raison?
– …
– Mais encore?
– … le mot péter… Vous employez le mot… péter… dans la chanson…”

Diantre! Pour une si vénérable institution, remontant au XIVè siècle, qui était déjà plus que bicentenaire du temps de Rabelais, qui eût cru que l’emploi d’un tel mot constituait une audace aussi considérable…

Je ne suis pas allé à Toulouse, où j’avais pourtant fort envie de manger un gros cassoulet.

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J’étais donc à l’Essaïon mercredi 20 en compagnie de Fabrice Gaignault. Grâce à lui, et à mon ami Scott Bricklin, nous sommes sortis de mon répertoire pour faire une incursion dans le domaine anglo-saxon: Leonard Cohen, Bob Dylan, Neil Young. C’était très agréable, le public chantait avec nous.
Il se trouve que Neil Young chantait lui-même au Grand Rex le vendredi d’avant. C’était naturellement complet, sauf pour Fabrice, qui en tant que rédacteur en chef culture d’un grand magazine féminin a pour dur travail (entre autres) d’assister à ce genre de soirées.
Je sais donc par ce témoin oculaire que Neil Young jouait sur une guitare vintage un peu rafistolée. Une pièce de bois de couleur différente était visible sur le devant de l’instrument. Il expliqua qu’il avait acheté cette guitare dans le Colorado. “La première balle a traversé la caisse de la guitare, la seconde la tête du guitariste”.
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Ne tirez pas sur le pianiste. Les guitaristes, on s’en fout.

Dans la préface des Fables, La Fontaine écrit : « Socrate dit que les dieux l’avaient averti en songe qu’il devait s’appliquer à la musique avant qu’il mourût ». Cette injonction laisse Socrate perplexe. Comme chacun sait, Socrate sait qu’il ne sait rien. Il ne connaît donc pas la musique. Il ne joue que médiocrement de la lyre. Commentaire de La Fontaine : « Il fallait qu’il y eût du mystère là-dessous ».

Mais musique et poésie entretiennent des rapports très intimes (prosodie de la poésie antique). Alors Socrate prend les fables d’Esope, et « emploie à les mettre en vers les derniers moments de sa vie ».
On pourrait dire qu’il a fini en écrivant des chansons.
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Lors de mes concerts de l’Essaion, je chante une sorte de fiction autobiographique. Qu’arrive-t-il à un homme ordinaire si, par extraordinaire, une de ces femmes fatalement people qui peuplent aujourd’hui les écrans et les couvertures de journaux s’entiche de lui?
Dès après la première, mercredi dernier, cette chanson a commencé à faire parler d’elle…
Elle s’intitule Fashionista. Pour vous mettre en appétit, voici déjà son intro…

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Elle avait le ventre vagabond
Son bassin léger faisait des bonds
Et passait gaiement d’un sexe à l’autre
Se trouvait-on sur sa trajectoire
Qu’on risquait sans s’en apercevoir
D’être accommodé comme les autres

 
C’était une créature sublime
La déesse de la hype et la frime
Tout dans le fric la frusque et la frasque
Confondant le public et l’intime
Elle alignait les fashion victims
A son tableau de chasse fantasque

Moi jadis un jour croisant sa route
Elle me séduisit coûte que coûte
M’entortilla dans ses falbalas
Puis elle fit sauter sa jarretière
Et se jeta sur moi toute entière
Il aurait fallu en rester là

(…)

Rabelais disait : “un enfant, ce n’est pas un vase qu’on remplit, c’est un feu qu’on allume”.
Lors de mon premier concert à l’Essaion, j’ai chanté ce texte mis en musique par Oscar Sisto. Allumez le feu… pour que ne brûlent plus les bibliothèques.

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APPRENEZ-LEUR A LIRE

Apprenez-leur à lire
Apprenez-leur à lire
   
C’était là le mot d’ordre unique
La consigne sacrée
Grandeur de l’instruction publique
Au siècle avant-dernier
Prenez les enfants de la Terre
Ceux de bien ceux de peu
Faites-en des hommes à part entière
Allumez-en le feu

La République elle est là
Tout entière dans B A BA
Apprenez-leur à lire
Apprenez-leur à lire

Levez-vous contre l’ignorance
Et ils se tiendront droit
Ils découvriront leurs souffrances
Discuteront vos lois
Ils feront à leur tour le rêve
D’un monde juste et beau
Ils assureront la relève
Se battront s’il le faut

La Révolution elle est là
Tout entière dans B A BA
Apprenez-leur à lire
Apprenez-leur à lire

Montrez-leur qu’une route existe
Mais n’allez pas plus loin
C’est à eux de trouver la piste
Vers le digne et l’humain
Traitez-les donc comme vous-mêmes
Ayez confiance en eux
Mais n’attendez pas des “ Je t’aime ”
Espérez des “ Je veux ”

L’amour du prochain il est là
Tout entier dans B A BA
Apprenez-leur à lire
Apprenez-leur à lire

PS: j’ai un doute. Rabelais ou Montaigne? Comme je ne suis pas un vase, et plus un enfant, et que de toute façon ma mémoire fuit un peu, je ne sais plus à qui revient réellement cette citation. Quelqu’un peut-il m’aider à retrouver la référence?

Je ne vous parlerai pas des qualités d’entrepreneur de Pierre Kosciusko-Morizet. Elles sont exceptionnelles.
(Il sait écouter. Il sait s’entourer. Il sait décider. Il n’a rien de la figure du leader martial. Son ego n’est pas hypertrophié. Il ne surplombe personne de son savoir. Il n’est pas obsédé par le fait de devenir maître du monde.)
Mais je vous dirai ceci: quand je me suis lancé dans la « vie d’artiste », Pierre est venu à un de mes concerts. A la sortie, timidement, et même respectueusement, il me demande la partition de l’une de mes chansons. Il l’aime, il veut la jouer, pour lui. Il ne le sait pas, mais il est le premier à me donner la joie de cette reconnaissance concrète en tant qu’auteur compositeur.
Nous nous mettons à parler chanson. On en vient tout de suite à Ferré. Il connait tout Ferré.
Ferré…
Personne ne m’a autant remué que le grand Leo. J’ai pu détester son côté phraseur, emphatique, sa logorrhée (période 70), mais mes plus grandes émotions de chanson, les trucs qui d’un seul coup vous foutaient des frissons partout ou vous arrachaient des larmes, c’était lui. Je me souviens de la première fois que j’ai entendu Avec le temps. C’était en 1969.  J’avais allumé le “transistor” dans la salle de bains familiale. J’avais quinze ans. Je suis resté bouche-bée, sidéré, la brosse à dents dans une main et le dentifrice dans l’autre, bouleversé de mélancolie, avec l’impression irréfutable que j’avais entendu la chanson parfaite, le chef d’oeuvre mystérieux qui ne s’adressait ni à l’intelligence ni aux oreilles, mais vous vrillait jusqu’à l’âme.
Ferré… Ferré et Rutebeuf, Ferré et Baudelaire, Ferré et Aragon, Ferré et Caussimon (admirables: Mon camarade, Comme à Ostende, le Temps du Tango, M William…), Ferré et Ferré… J’y reviendrai.
En attendant, à l’Essaion, le soir du 27, Pierre et moi on en chantera deux ou trois…

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AVANT DE TRAVERSER LES NUAGES


Point numéro un : la partie est truquée
Les dés sont pipés les croupiers ripoux
On t’invite à tenter ta chance à gagner
Mais regarde bien à quel jeu tu joues
Les pauvres sont pauvres les riches sont riches
Et le resteront. Quelques exceptions
Confirment la règle et voilà la triche
Chacun est fixé à sa condition

Avant de traverser les nuages : fais attention

Point numéro deux : la confusion règne
On distingue mal les gens bien des cons
La guerre est larvée l’époque est incertaine
Y’a plus de méchants et y’a plus de bons
Y’a que des questions qu’on croit sans réponse
Des appels des cris des si j’avais su
Parfois tu te dis tant pis et tu fonces
Et parfois tu penses que tu aurais pu

Avant de traverser les nuages : où t’en vas-tu ?

Point numéro trois : les murs ont des oreilles
Les rues ont des yeux et des caméras
Les réseaux te tracent te suivent te surveillent
Tout ce que tu fais as fait ou feras
S’accumule au fond de mémoires froides
Je deviens peut-être un peu parano
Mais j’aimerais tellement qu’un truc te dissuade
De te faire débiter en uns en zéros

Avant de traverser les nuages : chut ! pas un mot

Enfin dernier point : le navire coule
Le commandant ment quand il dit que non
Nous filons vingt nœuds à travers la houle
Tout ça pour finir gisant par le fond
Officiellement tout va bien à bord
Et le port est proche. Quel port, à propos ?
Chacun sait que tout le monde l’ignore
Et en attendant, que de vent, que d’eau !

Avant de traverser les nuages : gaffe à ta peau

 
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FAMILLES

Toutes les familles ont des problèmes
La mienne ne fait pas exception
Pas assez ou trop de je t’aime
Aîné cadet fille ou garçon
On est tous des êtres bizarres
Les familles ça fait des dégâts
On s’y étreint on s’y bagarre
C’est plein de douleur sous la joie

On est tous tous tous tous des enfants malades
On est tous tous tous affamés d’amour

Y’a celui ou celle qui est moche
Celle ou celui qui est jaloux
Celle à qui on fait des reproches
Celui qui prétend qu’il s’en fout
On s’aime on se hait s’exaspère
Dans un seul et même mouvement
Entre frères et sœurs mère et père
Quelle confusion de sentiments

On est tous tous tous tous des enfants malades
On est tous tous tous affamés d’amour

Il suffit d’un mot pour qu’un drame
Eclate au milieu d’un repas
Nos blessures du fond de l’âme
Elles ne se referment pas
Les ans ne font rien à l’affaire
L’enfant saigne toujours en nous
On reste tous marqués comme au fer
Par ce passé atroce et doux

On est tous tous tous tous des enfants malades
On est tous tous tous affamés d’amour

On est tous tous tous tous des enfants malades
On est tous tous tous affamés d’amour

Dernière répétition avant le concert. Oscar Sisto et Arbon se mettent au travail. Paul et Roméo s’invitent sur scène. Voix et piano s’accordent. Arbon s’applique, minitieux.

“Tu ne jouis pas assez de moi” s’exclame Oscar tandis que s’éteint le dernier accord. “Essaie de varier les tempos, change de rythme!”

Ils reprennent, du début. C’est vrai que le tourbillon amoureux que raconte la chanson se prête bien aux ruptures de ton. Arbon s’enhardit. Oscar le suit. Tristan et les autres terminent leur ronde.
Un regard échangé, un sourire. Pas de doute, c’est mieux…

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Oscar Sisto et Arbon préparent pour leur soirée du 13 février plusieurs chansons originales.
Avant de les entendre, si vous en lisiez une???

   

PAUL ET ROMEO

Un beau jour dans une fête
Au paradis tout là-haut
Tristan séduisit Juliette
Et Paul flasha sur Roméo

Iseut fit une drôle de tête
Quant à Virginie pensez !
Le cœur brisé par ces traîtres
Les deux belles pleuraient pleuraient

Iseut maudissait sa flamme
Tristan salaud ! Tristan vautour !
C’ n’était donc qu’une tisane
Le filtre d’amour

Et Virginie la pauvrette
Plus désemparée encore
Eût admis Paul et Juliette
Mais Roméo !… Quel coup du sort !

Un beau jour dans une fête
Au paradis tout là-haut
Tristan séduisit Juliette
Et Paul flasha sur Roméo

Iseut voulait tuer Juliette
Au ciel c’est pas évident
Virginie fulminait : “ lopette !…”
Paul lorgnait déjà sur Tristan

Et le bon Dieu en personne
Libertin au fond certains jours
Riait qu’encore on s’étonne
Des fantaisies de l’amour

Un beau jour dans une fête
Au paradis tout là-haut
Tristan séduisit Juliette

Et Paul flasha sur Roméo

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