« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Maman prononce parfois des phrases étranges : — Tu es guéri de mon amour, mais moi je ne suis pas guérie de t’aimer.

Que cherche-t-elle à exprimer, au juste ? Elle étreint ma main, me dévore des yeux. — Je t’aime, je t’aime, poursuit-elle. — Moi aussi je t’aime, Maman.

Mais elle trouve toujours que mes je t’aime sont moins pleins que les siens. C’est sans doute vrai. Et j’ai l’impression qu’elle est sur le point de me dire, comme Anna Karina dans Pierrot le Fou : « tu me parles avec des mots, et moi je te regarde avec des sentiments ».

Une exigence insatiable est à l’œuvre dans son cœur. Une demande de fusion impossible à assouvir. Je ne suis pas à la hauteur de ce qu’elle réclame, et de toute façon je refuse de l’être.

Quand j’ai fait ce constat pour la première fois, ça m’a laissé un peu désemparé.

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