des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

« Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. »

1969. Bernard Moitessier allait être le premier à boucler une course autour du monde à la voile sans escale et en solitaire. Personne ne l’avait encore fait auparavant, personne même n’y avait véritablement pensé : sauf lui.
A bord d’un ketch de douze mètres, sans même une radio à bord, il avait quitté l’Angleterre, descendu l’Atlantique, franchi le cap de Bonne-Espérance, traversé l’océan Indien, puis le Pacifique, doublé le Cap Horn, et remontait vers l’Europe en longeant les côtes de l’Argentine, lorsqu’il décida de changer de cap, et fit à nouveau route vers le sud de l’Afrique. Là, il croisa un cargo, auquel il confia le bref message qu’on vient de lire, et continua sa route jusqu’à Tahiti où il s’arrêta parce que Joshua, son bateau, n’en pouvait plus, et où il vécut un peu comme Brel, plus tard, le ferait aux Marquises.

La longue route est le journal de bord de ce périple. C’est presque le contraire de l’Odyssée. Poséidon est hostile à Ulysse, il fait de la mer un obstacle à celui qui veut rentrer chez lui ; mais il est amical à Moitessier, qui est « heureux en mer », voudrait y rester toujours, et ne trouve, après quelques mois de voyage, aucun intérêt à rentrer chez lui, ni à remporter la course, ni à gagner de l’argent. Une évidence s’impose à lui : sa joie et son salut, c’est d’être seul face à l’océan, au ciel, au vent et à lui-même.

Le livre est écrit simplement, sans apprêts : le ciel, les flots, les étoiles, la météo, les détails de la vie du bateau et à bord du bateau. Quant à la décision d’enchaîner avec un deuxième tour du monde, et de réaliser ainsi cette bifurcation radicale qui allait le faire entrer dans l’histoire, il la raconte en quelques pages extraordinaires : car ce qui apparaît après coup comme une nécessité absolue, inscrite dans le destin de cet homme, n’a en vérité tenu à rien. Il dit qu’il aurait pu tout aussi bien continuer vers Plymouth, retrouver sa famille, inscrire son nom au palmarès des vainqueurs, respecter l’ordre des choses, ne jamais passer de l’autre côté du miroir, et (réflexion saisissante) que ça n’aurait pas fait de lui quelqu’un de moins bien.

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