des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

J’essaye de n’en pas parler, parce que c’est chose naturelle et que j’aurais mauvaise grâce à m’en plaindre, mais je ressens, chaque mois un peu plus, les progrès que la vieillesse fait en moi. La vue qui faiblit, l’attention qui fait défaut, les noms propres qui m’échappent, comme m’échappent parfois les mots d’un vocabulaire pourtant courant : autant de symptômes du mal, très fréquents et très ordinaires.

J’essaye de n’en pas parler, car à vrai dire, si je devais commencer à écrire sur ce thème, il me faudrait aussi descendre en-dessous de ma tête et de mon intellect, et aborder ce qui se passe dans la sphère intime et triviale de mon corps. Il faudrait que j’entame l’inventaire des douleurs qui s’installent dans mon cou, mes bras, mes pieds, lesquelles sont transitoires encore mais en annoncent d’autres qui ne me laisseront plus de répit. Il faudrait que je me mette à peindre cliniquement le commencement de ma déchéance, que j’évoque l’impuissance, l’incontinence, leurs lents débuts et tous les désagréments et petites humiliations qui s’y rattachent… Mais ce faisant, je ne tarderais pas à ressembler à ce portrait cruel brossé par Chateaubriand : celui d’un « brave homme, très cordialement médiocre, [qui] avait un grand relâchement d’esprit, et laissait aller sous lui ses années. »

Je suis d’avis que ce qu’on laisse aller sous soi, les années comme le reste, il faut faire en sorte, le plus longtemps possible, que ça ne se remarque pas.

2 réponses à Bienvenue chez les vieux (suite)

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