des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Du temps que j’étais directeur général de Flammarion, j’ai fait la connaissance de la première génération de personnes qui, chez Sony, Xerox, ou Microsoft, préparaient le futur numérique du livre. Parmi ces personnages, Dick Brass, un homme haut en couleurs dont j’ai déjà parlé.

Lors de notre première rencontre, il sort de sa poche un petit appareil de la taille d’un smartphone actuel, et me dit : – Savez-vous combien de livres on pourra stocker là-dessus dans quelques années ? – Non, lui dis-je. Plusieurs milliers ? – Quatre millions ! me répond-il. Quatre millions !

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Je lui montre que je suis très impressionné par le chiffre, mais je lui demande à qui cela va servir d’avoir plus du tiers de la bibliothèque nationale dans sa poche. Et je me livre devant lui au calcul suivant : qu’est-ce qu’un bon lecteur ? Quelqu’un qui lit un livre par semaine. C’est-à-dire environ cinquante livres par an. Supposons que ce lecteur dispose dans sa vie d’une cinquantaine d’années de “bon lecteur”. Il a donc le potentiel de lire, pendant toute la durée de son existence, 50 fois 50, soit deux mille cinq cents livres.

Dick me regarda d’un air assez navré. Le rêve de Mallarmé d’avoir lu tous les livres, ou tout au moins de les avoir dans sa poche, était à portée de technologie. Et moi, je lui disais que ça ne servait à rien. Mon manque d’enthousiasme était tout simplement consternant.

4 réponses à Deux mille cinq cents livres

  • Tiens, JP, la TVA sur les livres numériques vient d’être ramenée par le Sénat et avec l’accord du gouvernement à 5,5% comme pour le livre-papier. Voila un vieux débat enfin tranché (dans le bon
    sens).

  • N’est ce pas l’une des grandes Utopies de pouvoir appréhender « tous les livres » ?
    Que la connaisance universelle puisse passer par la préhension d’un objet minuscule est un tour brillant dont seule l’intelligence de l’homme était capable, mais c’est à la fois une illusion et une
    double impossibilité.
    S’ il s’agit de posséder les millions de livres en question, la démarche est en effet totalement vaine. Non seulement en raison de leur quantité et de notre capacité physique – limitée à la lecture
    de quelques centaines ou milliers de livres mais surtout parce qu’on ne possède jamais un livre, on chemine avec lui. Compagnon de route, il nous invite à converser. Si la conversation nous ennuie,
    nous l’abandonnons, libres de reprendre ou non par la suite. La connaissance serait le fruit fécond d’une liberté de choix et d’un plaisir conscient.
    Lire est une (ré)création. L’esprit – libéré des contingences – se met en parenthèses du monde (sans pour autant le perdre comme le remarquait Sartre), réalisant ainsi cet acte essentiel : Se créer
    soi- même. Personne ne confond la mise à portée de connaissances par la possession d’un objet qui en facilite l’accés avec la faculté de co(n)naître( le) sens – connaître ethymologiquement « naître
    avec ».

  • Et puis la magie des livres, c’est le plaisir de le tenir dans sa main, la nuit, l’odeur du vieux papier… Je ne vois pas très bien un “bon lecteur” lire un livre par semaine sur un petit écran,
    en fait.

  • …Mais, si j’ai bonne mémoire, après ce calcul mental trop raisonnable, tu n’as pas tardé à remettre les pendules à l’heure(numérique).

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