« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »
Les paroles de La Femme à la lettre sont nées de mes visites répétées au Rijksmuseum, et au Mauritshuis, du temps que j’habitais Amsterdam.
Je suis beaucoup plus sensible à la peinture hollandaise et flamande qu’à la peinture italienne qui l’a chronologiquement précédée. Je n’ai jamais eu beaucoup d’attrait pour ces Madones, ces chapelets d’ange, ces scènes tirées des écritures, qui font l’essentiel des sujets de la Renaissance italienne. Avec la Hollande, “l’Homme prend le centre / Dieu s’est éclipsé”. On s’intéresse à la vie terrestre, à ses détails, on s’empare de la nature, on s’approprie le monde, le spirituel le cède à l’utile, et c’est l’ici-bas prosaïque qui se pare soudain de beautés concrètes et inattendues.

Pieter Claesz, Nature morte à la dinde

C’est Roland Barthes qui, dans un article intitulé “le Monde-objet” paru dans les Lettres modernes en 1953, parle le mieux de cet extraordinaire révolution esthétique:
“Huitres, pulpes de citron, verres épais contenant un vin sombre, longues pipes en terre blanche, marrons brillants, faïences, coupes en métal bruni, trois grains de raisin, quelle peut être la justification d’un tel assemblage, sinon de lubrifier le regard de l’homme au milieu de son domaine (…) ? Qu’ai-je besoin de la forme principielle du citron? Ce qu’il faut à mon humanité toute empirique, c’est un citron dressé pour l’usage, à demi pelé, à demi coupé, moitié citron moitié fraîcheur, saisi au moment précieux où il échange le scandale de son ellipse parfaite et inutile, contre la première de ses qualités économiques: l’astringence.”

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