« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Pour poursuivre la réflexion sur les « actifs » et les « oisifs » (et je m’arrêterai là pour cette semaine), je rappelle qu’au départ il y a l’otium et le negotium, et que l’otium précède le neg-otium, de même que le jardin d’Eden précède la chute.

C’est le drame de notre époque moderne que le negotium y précède l’otium, et qu’on n’attribue de valeur qu’à ce qui se transforme en argent. Comme le note Stevenson dans l’ouvrage cité hier : « Aujourd’hui chacun est contraint, sous peine d’être condamné par contumace pour lèse-respectabilité, d’exercer une profession lucrative, et d’y faire preuve d’un zèle proche de l’enthousiasme. »

De cette inversion procèdent nombre des maux dont nous souffrons. Nous en oublions que tout ce qui nous comble et en même temps nous élève — l’art, la poésie, la musique, l’intelligence, le savoir —, relève de l’ « oisiveté créatrice », qui correspond exactement chez les Anciens au domaine des Muses. Fréquenter les Muses (jusqu’à s’amuser, à musarder…), voilà d’où découlent les joies de l’esprit et une bonne part de celles des sens.

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