« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Je ne fais qu’effleurer. Je butine. On me croit cultivé : je cite des auteurs dont je n’ai lu qu’une phrase. J’en savoure un moment le goût, puis la laisse. Je ne la ronge pas jusqu’à l’os, il me faudrait un esprit philosophique dont je suis dépourvu.

Les idées ne m’intéressent pas beaucoup, moins encore mises en système. Cela ne m’empêche pas d’admirer ceux qui sont capables d’en produire et de les articuler. Montrez-moi un de ces brillants virtuoses de la pensée, je le regarderai comme un enfant regarde un jongleur, au cirque : bouche bée, yeux écarquillés devant des balles qui volent et des cerceaux qui tournent. Et comme l’enfant, je croirai pour un instant que le monde entier orbite entre les mains de l’artiste.

Mais cela ne durera que le temps bref où s’y fixera mon attention. L’instant d’après, mes yeux seront partis scruter la pénombre du chapiteau, les agrès qui y pendent dans l’attente d’un numéro à venir, les visages des spectateurs assemblés autour de moi, la peinture écaillée de la chaise sur laquelle je suis assis, et je verrais bien que non, le mystère du monde n’est pas, ne sera jamais, épuisé par quelques balles, aussi habilement lancées soient-elles.

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