« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

J’ai repris en cette rentrée mes cours à Sciences Po avec un plaisir intact. Les étudiants étaient délicieux : intelligents, ouverts, attentifs, gais. Dans mes groupes, une majorité de filles cette année. Toutes et tous nés en 2003.

C’est ça qui m’a fait un choc : j’avais cinquante ans de plus qu’eux ! Un demi-siècle incontestable, et pourtant difficile à croire… Et puis, amical, Aragon est venu murmurer quelques vers à mes oreilles :

Laisse là tes regrets vieil homme et ta jeunesse
Dimanche ou pas impatients dès le lundi
D’autres adolescents ouvrent le paradis
Ils ont cette splendeur des choses qui renaissent
Ne reconnais-tu pas ta propre mélodie *

Si, je la reconnais, leur mélodie, ma mélodie, et je la fredonne toujours, mezzo voce : c’est celle de l’étonnement, de l’innocence, de la découverte des autres et de soi-même, c’est l’air de l’enfance qui ne meurt jamais, l’air des pourquoi, l’air des réponses qu’on cherche et qui se dérobent, la ritournelle existentielle, celle qui fait sourire ou pleurer, et celle qui fait qu’aussi vieux qu’on devienne on reste toujours des enfants.

 

* Aragon, Madame Colette

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Bertrand de Foucauld

Oui, essayer de garder son âme d’enfant car c’est par elle que nous accédons à l’éternité. “Si vous n’êtes pas comme l’un d’entre eux…”

Une petite question terre-à-terre : l’ensemble de tes élèves a donc intégré Sciences-Po Paris à l’âge de 18 ans seulement?!

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