« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Je ne m’attarde pas sur ce qui ne va pas. J’ai peu de considération pour les mauvaises nouvelles. Cela m’étonne toujours de voir les gens employer leur énergie à la déploration et à la critique, et s’échauffer la bile sur des choses auxquelles ils ne peuvent rien.

C’est mon côté Philinthe. Je connais par cœur depuis que j’ai vingt ans sa tirade dans le Misanthrope :

« (…) J’observe comme vous cent choses tous les jours
Qui pourraient mieux aller suivant un autre cours
Mais quoiqu’à chaque pas je puisse voir paraître
En courroux comme vous on ne me voit point être.
Je prends tous doucement les hommes comme ils sont,
J’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font (…) »

C’est là l’expression d’une sagesse à laquelle, par tempérament, j’ai toujours incliné. Je n’ai guère eu d’effort à faire pour y accorder ma conduite. L’empereur Marc-Aurèle, admirable stoicien, disait que chaque matin, dès l’aurore, il se préparait à rencontrer dans la journée un médisant, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste… Il accoutumait ainsi son âme à souffrir les travers de ses congénères, sa fonction ne lui permettant pas de s’abstenir de les fréquenter.

J’ai plus de chance que lui : je ne subis pas cette contrainte. Je suis libre de voir qui me plait. Qui me déplait, je me dispense. Il est clair que Marc-Aurèle aurait fait pareil s’il l’avait pu. — Ce concombre est amer ? disait-il, jette-le !

Marc Aurèle

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AGUERRE G.

Merci Jean-Pierre, je n’avais pas de références pour soutenir mon sublime ennui face aux râleurs(euses), et mon intrigue devant la faramineuse énergie déployée par les mécontents(tes). Je vais de ce pas apprendre par coeur les vers de Philinthe et la liste de Marc-Aurèle! Besos plein 😘🎼 G.

Bertrand de Foucauld

Bonjour Jean-Pierre,
Merci pour cet extrait dy mysanthrope : cela fait toujours du bien de revoir ses classiques.
Cependant, je fais également partie des râleurs : je bénie ceux de nos ancêtres qui ont râlé devant le faible confort des grottes. Grâce à eux, je peux passer l’hiver dans une drôle d’invention qui a permis de supplanter la caverne : la maison chauffée.
Merci aussi à tous ceux qui ont grogné – et qui le font encore, quelque fois au péril de leur vie – devant l’incurie de certains de nos politiciens. Grâce à eux, la démocratie continue, voire progresse.
Loués soient les râleurs!
La peste de ceux qui ne grognent jamais! (heureusement, je n’en connais pas! 😄).

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