des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

C’est un vieux livre qui est récemment devenu la bible des maraîchers bio et des cultivateurs pratiquant la permaculture. Augustin m’en avait parlé le premier il y a trois ans, et je suis allé le consulter à l’occasion de la simulation des « Assises franciliennes de la biodiversité » que Sciences Po proposait l’autre semaine à ses nouveaux étudiants.

Il s’intitule Manuel pratique de la culture maraichère de Paris, par J.G. Moreau et J.J. Daverne. Paru en 1845, il recense toutes les techniques et tous les savoir-faire qui permettaient, sans aucune mécanisation ni produits chimiques, que 1378 hectares de terre nourrissent toute l’année en beaux légumes les 1 350 000 habitants que comptait alors Paris. Tout y est dit sur les terres et les sols, les expositions, le fumier, l’eau et les « arrosements », les différentes opérations de la culture, les outils et instruments utilisés, et bien sûr les soins et méthodes à appliquer à chaque légume (oignons, choux, salades, carottes, radis, pois, melons, concombres, cornichons, haricots, asperges, aubergines, tomates, piments, etc) en fonction de la saison, ainsi que les risques d’altérations par insectes et maladies.

Le savoir-faire des jardiniers-maraîchers parisiens avait atteint au début du XIXè siècle un degré d’excellence inégalé dans le monde. Mais ils se sont trouvés confrontés avec un ennemi fatal : la pression immobilière et l’artificialisation des sols. Les auteurs notent qu’ « à la vue des chemins de fer qui s’établissent de toute part (…) [comme] toutes les fois qu’on a reculé l’enceinte de Paris, les jardiniers-maraîchers sont obligés de se reculer aussi pour faire place à de nouvelles bâtisses, et que ce déplacement leur est toujours onéreux, en ce qu’ils quittent un terrain amélioré de longue main pour aller s’établir sur un nouveau sol, souvent rebelle à leur culture, qui ne peut être amélioré qu’avec le temps et de grandes dépenses. »

Paris a mangé ses jardins. Il y eut une longue période d’oubli. Puis, dans les années 1960, ces pratiques, notamment grâce à ce livre, seront redécouvertes et actualisées en Californie, et inspireront les pionniers de la permaculture.

2 réponses à Manuel pratique de la culture maraichère de Paris

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.


Archives