« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

J’ai aussi eu l’idée d’écrire un spectacle théâtral, dont j’ai achevé une première esquisse il y a deux ans. J’y faisais les portraits de quelques personnages plus ou moins illustres, de toutes époques et de toutes civilisations (Socrate, La Fontaine, Omar Khayyam, Montaigne, Ryokan, Wang Wei, Moitessier, Ibn Arabi), familiers aux lecteurs de mon blog, en les illustrant en contrepoint par une dizaine de chansons. Leur point commun ? Avoir bifurqué. S’être retirés du jeu. Avoir, à un moment donné de leur existence, quitté la clameur du monde et ses vanités pour une rencontre avec eux-mêmes. Titre, emprunté à La Bruyère : L’oisiveté des sages. Dispositif : un comédien, un musicien. Sujet : l’éloge du loisir, de l’action gratuite, du présent, du temps libre et parfois perdu.

Mais on saisit tout de suite les difficultés de l’entreprise : comment aborder un pareil sujet sans froisser les spectateurs ? Comment faire en sorte que cela ne tourne pas à la provocation ? Comment éviter d’apparaître comme un privilégié qui vient raconter à ceux à qui la vie impose de travailler qu’ils passent à côté de leur existence, et qu’à s’échiner à gagner leur salaire ils gâchent une à une toutes leurs journées ? Comment plaider une liberté inaccessible à beaucoup ?

Je n’ai pas trouvé la clé. J’ai remisé le projet dans mes tiroirs. « Parler de loin, ou bien se taire » dit La Fontaine. Je me suis tu.

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Claudine

Très beau sujet, conversation et parcours initiatique avec les maîtres de l’oisiveté … sur l’art de privilégier l’être” par opposition au “faire” (dont l’injonction est permanente dans notre civilisation).

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