« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

La semaine dernière, la société Plas & Partners a cessé d’exister. Elle avait été créée pour une durée de 99 ans. Elle est morte à vingt ans. Liquidée.

Nous l’avions créée Claudine et moi en 2001. Elle s’est rapidement spécialisée dans l’édition et la production musicales. Grâce à elle mes disques ont été produits et mes chansons diffusées. Elle était le vecteur juridique et économique de mon activité de chanteur. Sa dissolution me touche plus que je ne m’y attendais.

Plas & Partners avait vingt cinq actionnaires : vingt-cinq amis et amies qui ont participé avec nous à cette entreprise. Ils n’y ont pas gagné d’argent, ils en ont perdu. Certes, ils étaient tous conscients du fait que débuter, comme je l’ai fait, une carrière artistique à cinquante ans était très périlleux ; il n’empêche que je m’en suis parfois voulu de les avoir entraînés là-dedans. Cependant la manière dont ils ont tous réagi à la nouvelle a été extraordinaire. Rien que des mots de remerciements pour mes chansons et d’admiration pour avoir osé la liberté d’une telle aventure. Cela m’a mis du baume au cœur.

Parmi ces compagnons qui m’ont permis de tracer ma route, il y avait le philosophe Michel Serres, décédé en juin 2019, associé discret mais soutien ardent. Dans les moments de doute, ces dernières années, quand il est devenu évident que la société était condamnée, je me remémorais ce qu’il avait déclaré un jour de 2007 sur France-Musique, dans une émission où il avait carte blanche et qu’il avait conclue par ma chanson Où va le monde :


« Arbon est un chanteur-poète que j’admire beaucoup, parce qu’il renoue à la fois avec la langue française, la poésie, la musique elle-même, et d’une certaine manière l’intelligence. Les chansons d’Arbon sont intelligentes, fines, légères, secrètes, un peu comme la musique de Couperin, un peu comme du La Fontaine, un peu comme la poésie de Brassens. Et renouer avec cette tradition, avec une légèreté et une fraîcheur contemporaines, est d’une certaine manière un chef d’œuvre. Et vraiment, j’admire Arbon pour ça. »

Le compliment était excessif, mais il me permet de penser que l’aventure n’était pas tout-à-fait vaine, et qu’il y avait quelque fondement à la tenter.

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AGUERRE G.

J’ai admiré ta démarche, j’ai été fière de pouvoir l’accompagner pour un bout de chemin. J’ai été enrichie par tes belles chansons et ta présence. Tu m’as confortée dans le courage de défendre ses rêves, et j’ai parlé de toi en exemple à des jeunes bougons et défaitistes. Chapeau l’artiste!

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