« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Si l’on me parle de la vie en général, et de la manière de la traverser le plus heureusement possible, je cite volontiers la phrase de saint Augustin : « le bonheur c’est désirer ce qu’on a ». Mais souvent on comprend : se contenter de ce qu’on a. Or se contenter évite simplement d’être malheureux, dans la mesure où vouloir ce qu’on n’a pas, ou ce qu’on n’a plus, expose à la frustration du manque, ou à l’enfer des regrets.

Saint Augustin dit tout autre chose. Il dit qu’il faut faire coïncider ce qu’on désire avec ce qu’on a : faire se superposer ces deux ensembles qui chez la plupart des gens se recoupent assez peu. Vivre de telle sorte que ce qu’on a ne cesse jamais à nos yeux d’être beau, bon, précieux, désirable donc, et en avoir toujours conscience.

© décopositive

C’est essentiellement une question de focale. On grossit en général ce qui nous manque, et on voit en petit ce qui nous est offert. Or nous avons beaucoup plus que nous croyons : la vie, l’air qu’on respire, le ciel, le soleil, le vent, les fleurs, les arbres, l’amour d’une mère ou celui d’un enfant, tout ce que prodigue la nature et qu’il suffit de regarder. A la plupart d’entre nous, tout cela est donné.

Mais le bonheur nous échappe. Nous ignorons l’art de maintenir la tension du désir vis-à-vis de choses simples. Nous cessons de les voir. D’autres envies nous encombrent, comme des parasites, et nous avons le défaut de vouloir ce qui nous fait défaut.

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sabine rohfritsch

c’est magnifique.

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