des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

​Maman passe ses journées à lire. Elle lit, elle lit, des heures durant. Vous pouvez lui allumer la télé, elle l’ignorera, elle ne se détournera pas de son livre. Je l’ai toujours connue ainsi : une infatigable lectrice. Son vrai plaisir, le soir, après une journée de travail, était d’aller se mettre au lit avec deux ou trois livres, en laissant Papa devant ses programmes au salon.

Aujourd’hui qu’elle n’a plus vraiment sa tête, elle a la chance d’avoir gardé ses yeux. La lecture, pour elle, est devenue la répétition ad libitum d’une action familière et bénéfique, qui la sauve de la prostration et de la mélancolie. Elle l’appelle son travail. Elle se livre à l’exercice non plus par réel plaisir mais par habitude, et plus encore peut-être par hygiène. Son texte de prédilection (elle a peu à peu délaissé tout le reste), ce sont les Écritures. Elle n’y comprend plus grand chose, se perd toujours plusieurs fois dans sa page, peut revenir sans fin sur le même paragraphe. Mais elle en saisit quelques éclats. Surtout, tant que ses yeux déchiffrent des lignes, elle sait que le fil n’est pas rompu avec le monde de l’intellect, et une forme de dignité.

« L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé ». Du temps qu’elle était lucide et valide, Maman m’a souvent cité cette phrase de Montesquieu. Aujourd’hui, elle s’accroche à l’étude, ou disons qu’elle perpétue les gestes de l’étude. Le fond en semble évaporé, mais la forme est restée. Cela suffit en effet à la préserver du chagrin et de l’ennui. Qui sait ? Cela lui permet aussi peut-être de poursuivre son salut.

Une réponse à Lecture contre chagrin

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