« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

A mesure que j’avance en âge, je me rends compte du courage dont font preuve tous ceux dont le corps, avec le temps, devient un piège. Tous ceux pour qui marcher est un effort immense, ou simplement nouer des lacets, ou enfiler un pull, ou soulever une carafe. Tous ceux dont la douleur et les années limitent les mouvements et les rendent peu à peu pénibles ou impossibles. Tous ceux qui cependant endurent cela sans mot dire, ou n’expriment qu’une fraction de leur peine, parce qu’il n’y a rien à faire et que de toutes façons se plaindre ne sert à rien.

J’admire aussi l’impassibilité qu’ils affichent, la plupart, devant le raccourcissement du temps qui reste, quand il n’est plus possible de se projeter dans l’avenir au-delà de quelques petites années, et que malgré l’échéance non seulement proche mais certaine, ils vivent leur quotidien comme si de rien n’était.

Mais peut-être justement la certitude de la fin n’existe-t-elle jamais de manière irrécusable, peut-être l’échéance recule-t-elle sans cesse. Peut-être même disparaît-elle de l’esprit des gens, à la manière dont une chaîne de montagnes qu’on a aperçue dans le lointain disparaît derrière de petits reliefs à mesure qu’on s’en approche, au point qu’on finit par douter ou par oublier qu’elle surgira au détour d’un prochain virage, nous dominant de toute sa hauteur.

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