« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Nous écoutions la sublime chanson de Léonard Cohen A thousand kisses deep, et je lisais à Claudine la traduction-adaptation que j’en avais faite :

Le fric coule à flots, les filles sont jeunes
Il faut tenter sa chance
Alors on gagne un peu. Mais quand prend fin
La petite série gagnante
Il faut composer avec
Un insurmontable échec
Et on se met à vivre sa vie comme si c’était la vraie
Par mille baisers de fond

Elle m’a dit : tu ne trouves pas qu’on dirait une métaphore de la vie d’artiste ?

Sa remarque m’a étonné, mais je l’ai trouvée très juste. J’ai pensé à tous ces artistes qui ne percent jamais vraiment. J’ai pensé à la lettre ouverte bouleversante que l’un d’eux avait publiée il y a trois ans sur les réseaux :
« Bientôt 45 ans et 17 ans de carrière dans la chanson française d’après-guerre.
Mon nom est en tout petit sur l’affiche du festival dans lequel je vais jouer.
Même quand je joue en Suisse, on me loge en France dans un hôtel miteux, au bord de l’autoroute, à la frontière. 
J’ai honte. Je regarde autour de moi et ne vois que la couleur de l’échec (…)
Je trouve que j’incarne bien le monde qui m’entoure. Un monde à la dérive, qui ne se cherche même plus. »

J’ai pensé à tous ceux qui, passés un ou deux succès initiaux, et ayant épuisé la chance des débutants et l’effet de nouveauté, se retrouvent à « ramer », enfouis sous le souvenir des applaudissements qu’ils ont reçus un temps, et sombrent doucement, jusqu’à caresser les algues au fond de la mer.

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Bertrand de Foucauld

Cher Jean-Pierre, tu me fais penser à Van Gogh, Monet et Manet. Peu reconnus durant leur vivant car en avance sur leur époque. Je crois que la solution, non seulement pour l’artiste mais pour chaque homme, est de donner aux autres ce qu’il porte, tel un témoignage de vie.

Le succès, commercial ou autre, doit être placé en parallèle. Sinon, poussé à bout, cela revient à faire du marketing : l’artiste s’éloignerait alors de sa personnalité et donc de son unicité.

Une solution peut-être : Picasso. Je crois (sous réserve de confirmation) qu’il avait dit à un journaliste – était-ce une boutade? – qu’il s’était mis au cubisme car il fallait bien nourrir son homme! 😀

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