des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

J’ai retrouvé, au fond d’une armoire à Amou, un livre (en mauvais état) ayant appartenu à mon arrière grand-mère, Berthe Broca, et daté par elle, à l’encre violette, de l’année 1883. Il est intitulé « Le savoir-faire et le savoir-vivre dans les diverses circonstances de la vie. Guide pratique de la vie usuelle à l’usage des jeunes filles ».

On le doit à Mademoiselle Clarisse Juranville, « auteur de divers ouvrages classiques ». Auteur, et non auteure : le féminisme, à l’époque, est encore très loin, et Mademoiselle Juranville eût sans doute considéré le e additionnel récemment apparu comme un insupportable barbarisme.

Sans entrer dans les détails, l’ouvrage traite des vertus domestiques, dispense des conseils d’hygiène et de piété, enseigne les soins que réclame le linge (arts de la lessive, du repassage, de la couture), donne des recettes de cuisine, prévoit l’organisation des fêtes de famille, explique les règles de politesse et de convenance, indique comment l’on doit se vêtir selon les occasions, et donne les dispositions à prendre pour éviter les maladies. Les deux derniers points sont parfois liés : il est ainsi noté que l’habitude de se décolleter, outre qu’elle n’est « pas convenable », « est très dangereuse. Les médecins ne craignent pas d’affirmer qu’elle engendre chez la femme plus d’angines, de pleurésies et de pneumonies que toutes les autres causes réunies », avertissement couronné par un vers de Victor Hugo : « Hélas ! Que j’en ai vu mourir de jeunes filles ! »

Je confesse avoir parcouru le livre à grandes enjambées. Je me suis en revanche attardé sur le préambule, titré La mission de la jeune fille. Il se compose de deux pages extraordinaires, dont j’extrais les morceaux suivants : « Jeunes filles, c’est à vous de prodiguer de douces paroles (…) Dissimulez les torts, cachez les fautes, calmez les ressentiments (…) Il y a en vous des choses auxquelles on ne résiste pas : la simplicité de votre âge, la candeur de votre vertu, l’affection sincère de votre cœur, la droiture de votre esprit que rien n’a encore faussé. »

C’est beau comme du Gabriel Matzneff.

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