des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Un homme exceptionnel vient de mourir. Il fut une des plus belles rencontres qu’il m’ait été donné de faire. Jacques Plas, le père de ma chère Claudine, soldat, philosophe, et chrétien.

Soldat, il avait été très heureux de conduire ses hommes pendant son temps de commandement, et ceux-ci l’adoraient ; moins heureux toutefois avec l’institution militaire, surtout quand il avait découvert la torture pendant la guerre d’Algérie, qu’il avait combattu et qui l’avait traumatisé. Il quitta l’armée avec le grade de colonel, mais aussi le respect et l’admiration de ses camarades de Saint-Cyr, tous devenus généraux, — pour ceux qui avaient survécu.

Philosophe, il avait consacré l’essentiel de sa réflexion à l’ontologie et la métaphysique. À l’âge de 79 ans il avait soutenu brillamment sa thèse de doctorat sur le rêve et l’interprétation des rêves dans les cultures antiques, qu’il n’aurait pu mener à bien sans d’excellentes connaissances en latin, hébreu, grec, arabe, et même araméen.

Chrétien, il l’a été toute sa vie, mais c’était le contraire d’un paroissien pépère : il agissait au service des pauvres, des handicapés, des personnes en détresse, les accueillant et tenant table ouverte, avec le soutien de son épouse. Puis, entre 72 et 84 ans, il avait passé douze années à aller courageusement, et le plus souvent seul, à la rencontre des jeunes des rues dans les banlieues de Metz, non pour faire du prosélytisme, mais pour simplement leur tendre la main, leur manifester de la considération, et dialoguer avec des centaines de gamins à la dérive qu’il a, pour plusieurs d’entre eux, empêché de mal tourner.

Enfin, c’était un père de famille : une famille nombreuse, fondée avec Charlotte, la femme de sa vie. Quand il l’avait rencontrée, il avait seize ans, elle en avait quinze. Soixante et onze ans plus tard, ils s’aimaient comme au premier jour. Sept enfants et quinze petits enfants, à qui ils transmirent leurs valeurs : générosité, soif de justice, et joie d’aimer. Par bonheur, cette famille est devenue ma belle-famille. Intense, vivante, accueillante : jamais le mot de belle n’a été plus mérité.

Adieu Jacques. Je vous admire et je vous aime. Je remercie la vie, ou la divine providence, de m’avoir accordé le privilège de vous connaître, et de faire un bout de chemin lumineux avec vous.

7 réponses à Jacques Plas (27 novembre 1932 – 5 juin 2020)

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