« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Au nombre des facéties plus ou moins tragiques auxquelles se livre Donald Trump pendant la fin de son mandat, on compte la vente d’un espace jusqu’ici sanctuarisé au nord de l’Alaska. Le parc naturel arctique est mis aux enchères auprès de compagnies pétrolières, qui espèrent trouver d’importants gisements de pétrole dans le sous-sol. Les forages devraient commencer bientôt.

© Acacia Johnson

Bien sûr, la tentation est forte de considérer cela comme une agression inutile contre la nature et d’en blâmer un homme dont le cadet des soucis est l’environnement. Mais il faut aussi sans doute chercher un peu plus loin. Car voici ce que j’ai découvert sous la plume de Tocqueville en feuilletant un peu au hasard De la démocratie en Amérique :

« On s’occupe beaucoup en Europe des déserts de l’Amérique, mais les Américains eux-mêmes n’y songent guère. Les merveilles de la nature inanimée les laissent insensibles et ils n’aperçoivent pour ainsi dire les immenses forêts qui les environnent qu’au moment où elles tombent sous leurs coups. Leur oeil est rempli d’un autre spectacle. Le peuple américain se voit marcher lui-même à travers ces déserts, desséchant les marais, redressant les fleuves, peuplant la solitude et domptant la nature.*»

Parmi les pionniers, majoritairement protestants, l’injonction biblique « soumettez la terre » était suivie à la lettre. Cet idéal anachronique survit aujourd’hui de façon virulente chez les partisans du Make America Great Again.


* Tocqueville, Seconde démocratie, chap XVII

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