Entrefilet

Les romanciers, les scénaristes, se donnent parfois bien du mal pour trouver des sujets quand la réalité leur en propose chaque jour sur un plateau. Balzac en était bien conscient, qui s’écriait : « Où trouverez-vous, dans l’océan des littératures, un livre surnageant qui puisse lutter de génie avec cet entrefilet : Hier, à quatre heures, une jeune femme s’est jetée dans la Seine du haut du pont des Arts ? »*

Il a raison. Tant d’histoires sont contenues dans ces quelques mots ! Qui était-elle ? Comment était-elle ? Où vivait-elle ? Dans quel milieu, à quelle époque ? Pour quelle raison en est-elle arrivée là ? Amour, harcèlement, misère, mélancolie ? Et qui va raconter ? Un narrateur extérieur ou quelqu’un qui est concerné par ce drame ?

Une infinité de variations sont possibles avec un tel point de départ. Je pense à La chute, de Camus. Tout le roman est contenu dans cet entrefilet. Un homme passe sur un pont. Une jeune femme saute. Il ne tente rien pour la sauver. Cela va hanter toute sa vie.

 * in La peau de chagrin

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