des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

​J’ai découvert ce texte de Julien Gracq sur l’Aubrac, extrait de ses Carnets du grand chemin, grâce à mon ami Ata Get qui le citait sur son mur :

« L’Aubrac est un lieu de vaste solitudes, un plateau usé par l’érosion, qui a laissé de lents moutonnements, défrichés par les moines, se recouvrir d’un dense tapis d’herbe riche et grasse, piqueté de millions de fleurs. Images d’un dépouillement presque spiritualisé du paysage, qui mêlent indissolublement, à l’usage du promeneur, sentiment d’altitude et sentiment d’élévation. »

Et comme souvent lorsqu’un texte me plait, je m’y attarde comme devant un tableau, je quitte la vue d’ensemble et me promène dans les détails. Et à l’image de ce personnage de Proust qui, devant la vue de Delft de Vermeer, n’y voyait plus qu’un « petit pan de mur jaune », ce sont ici ces « lents moutonnements, défrichés par les moines » qui ont concentré toute mon attention.

Zoomez dans un texte : le sens semble se dérober, mais il s’amplifie. Il se déploie dans une autre dimension. « De lents moutonnements, défrichés par les moines ». Au détour de la phrase, un vers blanc sort de l’ombre, et voyez le relief qui s’anime, et devient une vaste mer, une immense houle vert sombre, qui ondule sur des décennies. « De lents moutonnements, défrichés par les moines ». Denses autrefois ici les forêts de conifères, mais leur espace changé par de laborieux religieux en prairies couvertes de fleurs. Le paysage spiritualisé par le travail patient des hommes d’Eglise. Détail : « de lents moutonnements, défrichés par les moines », et les courbes des longues collines finissent par s’ajuster à la caresse du Ciel.

2 réponses à De lents moutonnements, défrichés par les moines

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