« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

J’ai parlé dans ma chanson Les malappris du « chatoiement des marges ». L’expression m’est venue en songeant. J’ai hésité devant le mot chatoiement, qui n’appartient plus de nos jours au vocabulaire courant, mais il me plaisait.

Je viens de le retrouver dans la bouche de Sylvain Tesson qui, évoquant « l’usure du monde » dans un très bel entretien avec un journaliste du Monde, la définit ainsi : « indifférenciation, fin du chatoiement, effacement de la mosaïque, règne de l’Unique, reproduction du même. » Et Tesson, pour qui « la laideur, c’est quand tout se ressemble », ajoute : « vivre mieux aujourd’hui consiste à échapper aux développements du progrès. »

Je le reçois cinq sur cinq, et ma chanson ne dit rien d’autre. Le pas de côté, les chemins de traverse, le voyage intérieur. La nuance, le subtil, le labile. Le soleil à travers le feuillage.

Ce chatoiement retrouvé m’a incité à ouvrir mon dictionnaire. Qu’est-ce qui chatoie ? Ce qui brille tout en changeant de couleur selon les jeux de la lumière, à la manière de l’œil d’un chat.

© Sinchen Smiles

Entretien avec Sylvain Tesson (Le Monde 28-29 juillet 2019)

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