des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Il y a quarante ans, quand je lisais (de temps en temps) Charlie Hebdo, il n’y avait que les lecteurs du journal qui étaient exposés à ses dessins. Le public était averti, on savait à quoi s’attendre, c’était « bête et méchant », potache, irrespectueux, et ancré dans une certaine culture libertaire et contestataire bien française.

Aujourd’hui, court-circuit général. Par la « grâce » des réseaux, la moindre caricature fait le tour du monde avant même d’être arrivée en kiosque. Elle déborde du cadre local où son référentiel de lecture est clair pour tomber sous les yeux de personnes qui n’ont aucun repère pour la décoder, la prennent au premier degré, et voient volontiers dans l’irrévérence religieuse un blasphème, celles qui sont de confession musulmane notamment. Elle arrive aussi, par le même moyen, à la connaissance d’autres personnes qui sauront fort bien utiliser l’émotion haineuse qu’elle pourra susciter chez les précédentes, jusqu’à provoquer meurtres et bains de sang.

Charlie Hebdo / Reiser   Couverture du 19 janvier 1978

En France, la foi ne fait pas la loi. La République ne se soumet à aucune religion, et évidemment pas plus à l’Islam qu’à une autre. À raison, elle ne transige pas sur la liberté de la presse, ni sur celle de se moquer de tout. En même temps, on ne peut plus faire comme si la publication d’un dessin restait dans le cadre limité d’un titre et de son lectorat. Toute la difficulté française actuelle est là : ne rien céder de notre esprit, de notre liberté et de notre histoire, tout en s’abstenant de jeter de l’huile sur le feu.

Peut-on concilier ces deux impératifs ? Je l’ignore. Si leur contradiction s’avérait insoluble, je choisirais le premier.

4 réponses à Charlie hier et aujourd’hui

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