« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Nouvelles chansons

Voici, en primeur, la dernière née de mes chansons, qui m’est venue sur une petite route de Chalosse. On verra que le nom Chansons et mots d’Amou n’est pas étranger à mon inspiration.

à Claudine 

Des mots d’amour et des chansons
C’est bien là tout le nécessaire
Tout ce dont nous nous nourrissons
Des mots d’amour et des chansons

Pleins de gaité sans illusion
Nous avons quitté la carrière
Renoncé à toute ambition
Sauf pour l’amour et les chansons

Les années nous les traversons
En solfiant à notre manière
Des madrigaux et des blasons
Des je t’aime et des c’est si bon

Nous roucoulons sur tous les tons
Dessus dessous devant derrière
Nous modulons sans partition
Nos mots d’amour et nos chansons

Plaisir d’amour Satisfaction
Alleluia Il pleut bergère
De temps en temps nous ajoutons
Des couplets de notre invention

Alors selon l’inspiration
Tantôt flonflon tantôt prière
Nos voix font entendre des sons
Inouïs dans notre canton

A dégoiser tels des pinsons
A coups de tra la la la lère
Autant d’amour et de chansons
On s’expose au qu’en dira-t-on
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Eh bien tant pis ! Nous nous aimons
Nous le chantons, la belle affaire !…
Jusqu’au bout nous fredonnerons
Des mots d’amour et des chansons

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© Picasso Le peintre et son modèle

Quand j’éclate de rire, ma voix forte, c’est toi

Quand mon corps devient ivre, son eau-de-vie, c’est toi

Quand mon esprit chavire, la déraison, c’est toi

Quand je suis dans la nuit, ma bergère, c’est toi 



Quand l’orient va pâlir, l’aube rose, c’est toi 

Quand je marche au désert, la brûlure, c’est toi

Quand l’espace est ouvert, la liberté, c’est toi 

Quand le monde se tait, le silence, c’est toi 



Quand j’ai le cœur léger, la fantaisie, c’est toi

Quand le lilas embaume, le vent du soir, c’est toi 

Quand je hurle à l’amour, l’embrasement, c’est toi 

Quand la graine est féconde, la récolte, c’est toi 



Quand ma bouche rend grâce, la prière, c’est toi

Quand j’ai des certitudes, l’étonnement, c’est toi 

Quand ma poitrine saigne, la blessure, c’est toi

Quand j’ai tout oublié, mon souvenir, c’est toi 



Quand le ciel se referme, l’espérance, c’est toi 

Quand les années m’emportent, l’instant présent, c’est toi

Quand je tombe à genoux, notre terre, c’est toi 

Quand j’implore la paix, la colombe, c’est toi 



Quand volera ma cendre, ce tourbillon, c’est toi

(d’après Rumî)

(version guitare voix enregistrée on ne peut plus rustiquement sur mon iPhone)

C’est une chanson que je pourrais sous-titrer : « états d’âme d’un français de souche ».

Ces états d’âme assez répandus, me semble-t-il, chez nombre de mes compatriotes, et dont je ne prétends pas être exempt, résultent d’un conflit entre une peur collective de perte d’identité, de mélange, de submersion, et une aspiration individuelle à la bonne entente avec son prochain.

Sur ce thème, qui en soi n’est pas drôle, j’ai décidé de m’amuser, comme on verra par le caractère allègre de la musique, et par les multiples jeux de mots et de rimes dont j’ai truffé les paroles.

Les Tartares
par arbon

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Sous le soleil barbare
J’attendais les Tartares
Qui s’assemblaient dans le lointain
Ennemi sûr et incertain
Je me disais pars pars
Faut décamper dare-dare
Mais je les guettais comme un con
De ma télé à mon balcon

Au début moi bravache
Je me disais la vache
Qu’ils y viennent ces enculés laids
J’vais leur jouer de l’ukulele
Je défonçais leur tronche
Je soufflais dans leurs bronches
Calé sur mes remparts
J’les transperçais de part en part

Sous le soleil barbare
J’attendais les Tartares
Qui allaient envahir mon salon
En armure ou nus c’est selon
J’les zigouillais tous tous
J’en faisais du couscous
Et même un p’tit peu d’salami
Puisqu’on n’était pas bons amis

Non j’étais pas parano
Ces salopards anormaux
Se préparaient d’un air rieur
A saccager mon intérieur
Mais z’allaient pas être déçus
Jamais ils n’prendraient l’dessus
J’r’cevrais ces batards
A coup d’pétoire dans le pétard

Sous le soleil barbare
J’attendais les Tartares
J’prevoyais la grande invasion
Tartares combien de divisions
J’creusais des balles dum dum
Ça allait faire boum boum
A condition bien entendu
Qu’ils ramènent leur fraise ces tordus

solo : bruits de mitraille

Sous le soleil barbare
J’attendais les Tartares
De l’horizon j’voyais rien v’nir
Que des sans papiers sans av’nir
Mais j’l’ai eu dans l’baba
Car sans faire de blabla
Tous ont installé leur camp’ment
En face de mon appartement

Et un jour un d’ces p’tits-là
Avec sa gueule d’Attila
Est venu frapper à ma porte
Tout seul que le diable m’emporte
J’lui ai pas coupé les couilles
J’lui ai filé ma tambouille
Ce con il m’a souri
Mais putain qu’est-ce qui nous a pris

Sous le soleil barbare
J’attendais les Tartares
Moi à qui depuis tant d’années
Une voix disait d’les bananer
V’la qu’une autre me murmure
Faut s’entraider sûr sûr
Et ça me fige comme un con
Me tétanise sur mon balcon (ter)

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Ata Get publie sur Facebook, sous le titre “Smoking blues”, des portraits de femmes fatales et ardentes qui peuplent, en fumant des cigarettes ambiguës, des lieux nocturnes, fantasmatiques.

J’ai eu envie d’écrire une chanson qui fasse écho à la multiple nostalgie de ces images. J’en livre ici une version temporaire. Ni les arrangements, ni bien sûr le mixage ne sont aboutis. Oji n’aime pas mes pads, qu’il trouve trop présents, et parfois de mauvais goût. Il n’en reste pas moins que, telle qu’elle est, l’atmosphère qui émane de ce clip n’est pas très éloignée de ce que je cherche à obtenir.

 

Elles avaient le ventre vagabond Un peu de tabac dans les poumons Et grillaient leurs vies d’un sexe à l’autre Se trouvait-on sur leur trajectoire Qu’on risquait sans s’en apercevoir D’être consumés comme les autres C’étaient des créatures sublimes Femmes de flamme de ferveur de frime De nuits fatales et de fureurs jalouses L’incandescence de leurs poses abstraites Une indécence sous leurs cigarettes Allumaient dans leurs yeux le smoking blues

Elles passaient en volutes élégantes Dessinaient des courbes extravagantes Soufflaient autour d’elles le chaud le froid Elles vous envoûtaient des nuits entières En jouant des lèvres et des paupières Et s’octroyaient d’un coup tous les droits C’étaient des créatures sublimes Femmes de flamme de ferveur de frime De nuits fatales et de fureurs jalouses Elles exhalaient leur vague désespoir Comme une nostalgie en bleu et noir Comme un hautain et tendre « smoking blues »

Smoking blues

La fumée montait de leurs blessures Et se mêlait à leurs chevelures En voluptés âcres et brouillées Au matin elles reprenaient leur route Ecrasant votre cœur en déroute Comme un mégot dans un cendrier C’étaient des créatures sublimes Femmes de flamme de ferveur de frime De nuits fatales et de fureurs jalouses L’incandescence de leurs poses abstraites Une indécence sous leurs cigarettes Allumaient dans leurs yeux le smoking blues

Smoking blues

Le billet de cent est une nouvelle chanson que j’ai écrite cet été. Elle est inspirée d’une histoire que j’ai entendue pour la première fois il y a quatre ans, au début de la crise des subprimes.

C’est en réalité une courte et saisissante leçon sur le rôle de la liquidité en économie. Soit une ville où chaque habitant doit de l’argent à un autre. Un étranger arrive, et injecte une somme dont chacun va tour à tour se servir pour rembourser sa dette. Une fois tout le passif épongé, il reprend ses billes et s’en va.


Le billet de cent (guitare voix)
par arbon

Je suis un billet d’cent bien plié dans la poche
D’un voyageur qui vient d’arriver
Dans une ville inconnue où – mon Dieu que c’est moche –
Tout le monde est endetté

Ce voyageur discret cherche un petit hôtel
Il en trouve un il entre : – C’est combien ?
– C’est cent, dit le taulier un gros type à bretelles
Et hop ! Je change de main

Je m’attends à atterrir dans son tiroir-caisse
Quand le taulier s’écrie : -Nom de d’la !
Le garagiste vient de réparer ma caisse
Je lui dois cette somme-là

Sitôt dit nous sortons l’aubergiste et moi-même
Après quoi des doigts pleins de cambouis
Se saisissent de moi avec un soin extrême
Ça me flatte ça me réjouit

Mais le garage devant cent thunes à la crémière
Et la crémière cent thunes au boucher
On m’échange on me prend on me touche on me serre
On me fait bien circuler

Le boucher, me palpant, s’avise qu’une dame
– Que nous dirons de petit’ vertu –
Ne lui a récemment pas facturé ses charmes
Il va lui régler son dû

Deux ongles longs vernis m’extirpent de sa bourse
Et je plonge dans les profondeurs
D’un corsage abondant où suspendant ma course
Je ballotte un bon quart d’heure

Mais la dame à son tour s’acquitte d’une dette
Contractée en louant le midi
Une chambre au taulier pour faire des galipettes
Et qu’il lui a fait crédit

Me revoici sur le comptoir de l’aubergiste
Lorsque mon voyageur du début
Reparait en disant qu’il trouve la ville triste
Il me rempoche et salut !

Solo

Maintenant admirez le tour de passe-passe
Que je viens sous vos yeux d’effectuer
Chacun avait des dettes de main en main je passe
Et hop ! tout est effacé
Sans que ça ait rien coûté

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Mon fils Augustin, qui exerce ses talents de musicien sous le pseudo d’Oji, m’a proposé de faire un “remix” de certains de mes titres. Nous avons donc commencé à travailler sur ceux qui avaient été enregistrés à l’occasion de mes albums précédents, mais avaient été laissés de côté au moment de la sélection finale. Je vous livre ici une version provisoire de la nouvelle mouture “techno” de The Lunatic Lover. L’arrangement est évidemment assez éloigné des accompagnements de mes chansons sur scène. Mon public habituel risque d’être dérouté par cette écoute, mais moi j’avoue que ce son me plaît.

En ce qui concerne les images, j’indique, pour éviter tout malentendu, que La jeune fille arabe est un tableau de Charles Landelle (1821-1908), et que le portrait d’homme arabe est dû au peintre Augustin Ferrando (1880-1957). Certains pourront lui trouver un air de famille avec Oussama Ben Laden, mais ce dernier étant né l’année où l’artiste est mort, la ressemblance ne peut être, comme on dit, que fortuite.

La création publique du Dernier rock ‘n roll s’est faite le 17 août, dans les arènes d’Amou, à l’occasion du festival.

Les conditions étaient un peu particulières, car mes musiciens et moi, nous ne l’avions jamais répétée. La chanson datant de juillet, Scott la connaissait pour l’avoir travaillée pendant une journée pour en faire une rapide maquette. Mais il n’avait joué que des percussions ce jour-là. Quant à Gérard, il ne l’avait jamais entendue. Arrivé sur place le jour du concert, il m’avait demandé : -Quoi de neuf ? – Une chanson ! lui avais-je répondu, et je lui en avais récité rapidement les paroles. – Ah ! Mais elle est bien, celle-là ! avait-il réagi. Puis je lui en avais donné la grille d’harmonies, en lui demandant de la classer dans ses papiers, car c’était « un titre qu’on n’allait pas tarder à chanter ».

Je ne croyais pas si bien dire. Faute de répétition, la chanson n’était évidemment pas au programme de la soirée. Mais quand nous en sommes arrivés au rappel, l’envie a été trop forte. Je m’y suis lancé, seul, en laissant Scott et Gérard décider s’ils voulaient me rejoindre. C’est pour cela qu’on les voit revenir sur scène alors que j’ai déjà entamé le morceau, et que Gérard tient un papier (la grille) à la main.

Le reste, les choeurs qu’ils font à la fin, c’est du pur bonus. Après le concert, personne ne voulait croire que c’était la première fois qu’on la jouait. 

Par chance, grâce à Marc et Nicolas Russeil, ce moment a été capté en video. (NB: le son, pris directement par le camescope, n’est pas de la meilleure qualité, mais on s’en fiche.)

Cette maquette date de 2004, la chanson aussi. 

 

En la réécoutant aujourd’hui, j’y retrouve des thèmes dont l’actualité se fait chaque jour plus aiguë : l’étranger, la peur de l’autre, l’agressivité qu’il suscite. En retour, la sirène rejette la part d’elle-même qui ressemble aux terriens, et devient un poisson radical. Elle plonge, s’oppose, et mord.

Il y avait deux versions aux paroles : celle qu’on peut entendre ici (sur une musique de Raphaël Bancou), dans laquelle la sirène est désignée à la troisième personne, et son échouage décrit sur un ton objectif et presque détaché. Mais peu de temps après, je l’avais légèrement remaniée, pour aboutir à une seconde version, qu’on lira ci-dessous, dans laquelle la sirène disait “je”. Si je reprends un jour cette chanson, c’est cette version-ci que je chanterai.  

Une vague cette nuit m’a échouée sur le rivage
Je suis une sirène rejetée par la mer
Depuis des heures, blessée, je saigne sur les coquillages
Un enfant qui me voit court rejoindre sa mère

Sur terre je n’ai rien à faire
O rendez-moi à la mer

Des hommes s’approchent. Ils ont peur et me désirent
L’un me jette une pierre l’autre serre un bâton
Un troisième me touche et sent que je respire
Oh ! Me couvrir d’écailles, n’être plus plus que poisson !

Sur terre je n’ai rien à faire
O rendez-moi à la mer
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Je veux revoir les requins les murènes
Me retrouver au fond des froides eaux
Chanter sous les épaves et fouiller les carènes
Happer la chair livide des noyés en lambeaux

Sur terre je n’ai rien à faire
O rendez-moi à la mer

Je classe cette video dans la rubrique “nouvelles chansons”. Du point de vue de la carrière “officielle” de ce titre, c’est juste; si on se réfère à son écriture, c’est faux. Cette chanson a vingt-cinq ans, ce qui est au fond un bel âge pour faire son entrée dans la vie publique.

C’était à l’automne 1987, un dimanche, j’habitais encore mon appartement de Vanves. Je n’avais rien pour m’enregistrer, à l’époque. Quand le premier jet a été fini, je suis parti courir, inhabituellement tard, et j’ai chanté la mélodie tout au long du parcours, pour ne pas la perdre, pour être sûr qu’elle serait là lorsque je reprendrais ma guitare, au retour. Je me souviens que son rythme de valse s’accordait étonnamment bien à celui de mes foulées et de mes respirations, au point que, gagné par une certaine euphorie, j’ai couru ce jour-là plus longtemps que d’habitude.

Les paroles de la chanson mélangent des images personnelles et des scènes du film “Les ailes du désir” de Wim Wenders, que j’avais été voir peu de temps auparavant. La trapéziste descend vraisemblablement du ciel de Berlin.

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feu d'artifice

Je viens de vous livrer (à l’état de premières maquettes) deux nouvelles chansons : la Bucaille et Un dernier rock’n roll. En la matière, le mois de juillet 2012 s’est révélé faste, puisque j’ai quatre titres supplémentaires dans ma besace. Mais les deux dont je vous ai fait part sont des chansons imprévues : aussitôt conçues, aussitôt écrites, ce fut pour chacune d’elles l’affaire de trois ou quatre jours. Les deux autres ont connu une gestation plus longue, elles étaient en chantier depuis plusieurs mois. J’y reviendrai.

Quand je dis trois ou quatre jours, j’exagère un peu. Il se passe un phénomène bizarre pour ces chansons que je n’ai pas eu le temps de méditer : je crois qu’elles sont finies, mais elles continuent à bouger. C’est souvent l’inconscient qui travaille. Le dernier rock’n roll par exemple : je pensais en avoir fini avec lui, au point que, comme Scott par chance était libre, nous en avons, il y a quelques jours, enregistré une maquette en studio. Mais le lendemain matin, je me suis réveillé en pensant qu’il fallait que j’intervertisse la première et la troisième strophes. C’était impératif, cela ne souffrait aucune discussion : les rimes croque et défroque devaient arriver tout de suite, tout simplement parce qu’elles disaient “rock”. C’était une évidence subliminale dont je n’avais pas pris conscience plus tôt. Tant pis pour la maquette. J’en ai refait une autre, avec les moyens du bord (en gardant toutefois de notre séance initiale la basse et les percussions).

 

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