Ce qu’il y a derrière Devenir des loups

Devenir des Loups fait évidemment référence à la fable Le Loup et le Chien, dans laquelle le loup n’est pas le personnage malfaisant, méchant et borné qu’il incarne dans d’autres fables, comme d’ailleurs dans une grande partie de la littérature populaire, mais un être douloureux et au fond assez subtil. Il est libre, sa vie est difficile. Quand il rencontre le chien, celui-ci lui propose le confort : nourriture assurée, chaleur, caresses. Mais il lui faudrait passer un collier.

– Attaché ? dit le loup : vous ne courez donc pas où vous voulez ? – Pas toujours; mais qu’importe ? – Il importe si bien, que de tous vos repas je ne veux en aucune sorte, et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.

Il me semble que le monde, aujourd’hui comme hier, est peuplé de puissants dogues, contre lesquels on ne peut pas grand chose. Ils vous invitent parfois à rejoindre leur meute, à vous attabler avec eux pour prendre une petite part de leur abondant repas. (Je l’ai fait, pour ma part, pendant vingt cinq ans.) Seulement voilà : en ce XXIè siècle, la machine qu’ils font tourner est devenue folle. Non seulement son fonctionnement est devenu totalement inégalitaire, mais encore il est destructeur. Les richesses du monde se concentrent dans un nombre désormais infime de mains. Les intérêts à court terme occultent la vision à long terme. A continuer ainsi sur sa lancée (démographique, écologique, économique), la planète s’expose à un très problématique futur.

Ma conviction est faite depuis longtemps qu’il n’y a pas de salut à espérer de grands mouvements collectifs. La seule chose à faire, c’est, à l’échelle individuelle, autant que faire se peut, descendre du train, et ne plus contribuer à sa course folle. Faire un pas de côté, se mettre à l’écart, comme je l’ai déjà écrit souvent. Se retirer du jeu. Vivre avec moins. Errer sur les marges.

Prendre modèle sur les loups.

Loup-arctique.png

loup arctique © Jean-Marie Séveno

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cepheides

Je suis totalement en accord avec ton analyse mais plus réservé quant à ta conclusion. Personnellement, je doute que les gens acceptent certains renoncements afin de cultiver une dimension
individuelle qui sera toujours ressentie comme réductrice. La majorité de ceux à qui il serait demandé de faire un tel choix reprendront probablement cette antienne entendue en 68 et opposée aux
“étudiants” par certains ouvriers: “C’est facile pour vous de vouloir renoncer à l’argent car vous savez ce que c’est. Nous, on n’a jamais rien eu, alors on va d’abord profiter et on verra
ensuite…”. Je pense, pour ma part, que se retirer du jeu (à la condition qu’on puisse le faire en un temps où beaucoup n’ont déjà qu’à peine le minimum) ne concernerait qu’une petite minorité, ne
serait qu’anecdotique. J’ai la faiblesse de croire que seul un mouvement collectif résultant “d’une rancune patiemment accumulée” comme aurait dit Brassens permettra peut-être de faire bouger les
choses. Toutefois, il ne faut pas s’y tromper, cela se ferait (se fera ?) dans la douleur, par opposition des classes sociales, des pays ou des systèmes d’organisation collective, bref par des
conflits. Et, au bout du compte, la guerre, civile ou non.