des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

A la vérité, si les poètes sont imaginatifs, les astronomes le sont aussi.
Ils ont trouvé dans le ciel une fourmi, avec pattes, thorax et abdomen.
Son corps est formé des lobes brûlants issus d’une étoile agonisante, semblable au Soleil. Ces étoiles qui meurent en éjectant leur matière pour former un nuage de gaz et de poussière s’appellent des nébuleuses.

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La fourmi est nébuleuse : c’est là son moindre défaut.

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Légèreté et détachement.

Je goûte la douceur bienheureuse de celui qui renonce spontanément à changer le monde. Qui y accepte sa place sans envier celle des autres. Qui sait qu’il a la chance que cette place soit bonne, et que la vie est brève. Qui est conscient de son privilège de ne connaître ni la guerre, ni la douleur, ni la pauvreté. Et qui s’efforce non seulement de ne pas détruire, mais de respecter ce cadeau que la providence lui a fait.

Il y a cette phrase magnifique d’un moine zen nommé Ryokan, cité par Denis Grozdanovitch dans son Petit traité de désinvolture:
“Au printemps, dans les allées aux cent fleurs, je joue à la balle. Si un passant m’interroge, je réponds: — Je suis un homme oisif qui vit à une époque de paix”.
La paix ne durera peut-être pas. Voilà pourquoi je chante.

Je suis un pessimiste heureux.

 

Nous nous apprêtions dimanche à tenir une table ronde sur « Comment chanter la poésie ? », lorsque le Salon du Livre fut intégralement évacué vers 17h15. Les hauts parleurs évoquaient la nécessité d’un «contrôle technique», tout le monde a compris qu’il s’agissait d’une alerte à la bombe, et tout le monde est sorti tranquillement.

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Comment chanter la poésie ? Entre deux alertes.

J’étais invité tout à l’heure à bloguer en direct du Salon du livre, dans l’espace « lectures de demain ». Je ne doute pas que mes amis les gens du livre sachent ce qu’est un blog. En revanche, ils semblent ignorer comment des mots et des images apparaissent sur un écran, puisque je me suis retrouvé face à une table nue : sans ordinateur, sans connexion (et accessoirement : sans siège), mais avec un beau panneau : « Je blogue, tu blogues, nous bloguons », que j’aurais volontiers rectifié en « J’aurais pu bloguer », mais il n’y avait pas non plus de stylo.

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Je suis invité dimanche 16 mars, sur ce même salon du livre, à participer à une table ronde sur le thème «Comment chanter la poésie», sur le stand du Ministère de l’Education nationale, de 17h30 à 19h. Peut-être n’y aura-t-il ni chant, ni poésie…

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Quand j’étais petit

J’ai fait le plein d’amour

J’ai eu de la chance

Demain est une case blanche
M’en sépare une nuit. Case noire. J’avance
Sur l’échiquier des jours dont j’ignore le bord
Et la règle. Suis-je un fou un pion ou une tour ?
Et qui me joue ?
Qui me déplace, au-delà de moi-même ?

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Le 29 février me parait un excellent jour pour réfléchir sur le temps. Et quel meilleur guide en ce domaine qu’Etienne Klein?
Ce qu’il y a d’amusant, lorsqu’on lit un livre d’Etienne, c’est qu’on se met à se poser des questions sur des choses évidentes, qui, à l’examen, se révèlent beaucoup plus ardues qu’on ne l’aurait d’abord pensé. Par exemple : le temps s’écoule, mais dans quoi ? Qu’est-ce qui le contient ? Et corollairement : quel est son moteur ? Qu’est-ce qui fait qu’il s’écoule ?
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Une idée de réponse qui me plait bien, c’est celle de l’espace-temps dynamique. L’espace et le temps sont en expansion. Le présent, c’est le bord de l’espace-temps. Nous sommes à sa frontière, sur une vague se déployant dans le vide. La vie, ce serait ça : surfer un moment sur cette vague vertigineuse. Derrière, que des noyés.

J’ai vingt-huit ans. Il y a vingt-six ans que j’ai vingt-huit ans. C’est l’âge auquel je me suis arrêté de vieillir. Je ne suis d’ailleurs pas le seul dans ce cas. Frank Sinatra, en 1964, disait la même chose : “ My body may be fifty, but I’ll always be twenty eight ”.
C’était au Sands, à Las Vegas, pour son premier concert de quinquagénaire, avec Quincy Jones et le grand orchestre de Count Basie. Que des bijoux, et à mon sens deux chefs d’oeuvre dans l’enregistrement live de cette soirée: One for my baby (and one more for the road), et I’ve got you under my skin, où l’orchestre part dans un crescendo que même Cole Porter n’avait pas dû imaginer.

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J’ai donc l’âge de César Franck.

En général, je n’ai pas le trac. C’est embêtant. A un élève qui lui disait ça, Jouvet répondit : “ne vous en faites pas, ça vient avec le talent”…
Et puis un jour, je me souviens que c’est à l’Européen, voici ce qui se passe:
Les musiciens sont en place, ils jouent les premières mesures du morceau d’introduction, je suis encore derrière le rideau, je vais entrer, je dois entrer, là, sur cette note. Je n’entre pas. Je suis figé. Je vois la scène comme un gouffre, le public comme une bête aux aguets. La salle est une gueule noire et béante. Je ne sais plus rien. J’ai tout oublié. Je ne suis rien. J’attends. Inerte, vide, pétrifié. Une lumière frappe mes yeux. Y aller. Mais quand ? Comment ? Trouver la force. La musique joue au ralenti. Tiens, ils n’en sont que là, une ou deux notes plus loin… Me laisser aspirer. cintres-opera-paris-copie-1.jpg
Sortir du noir. Venir au monde.

La guitare d’Arbon est toujours à côté de sa table de travail. A portée de main. Si on l’observe attentivement, on peut voir quelques traces sur les cordes, ombres légères, effilochages discrets. On pourrait presque deviner, en observant ses six cordes, quels sont ses accords favoris…

Et quand on lui fait remarquer, Arbon sourit, et dit : 
« Je crois qu’il est temps de les changer. »

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