« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Le fil des jours

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Tout comme Bernard-Henri Lévy, mais pour de tout autres raisons, ma maman a une relation particulière au botulisme. Il faut dire qu’elle est à la fois originaire de cette partie du département des Landes qu’on appelle la Chalosse, où l’on s’enorgueillit de produire le meilleur foie gras du monde, et pharmacien, ayant longtemps travaillé sur la toxicologie.

Or, un des problèmes du foie gras, c’est sa conservation. Si sa mise en bocal ne se fait pas dans les règles de l’art, il y a un risque que s’y développe la toxine botulique. Que ce risque soit essentiellement théorique et que les derniers cas rapportés datent d’une époque déjà ancienne n’empêchait pas Maman, à l’ouverture d’un foie préparé artisanalement, de plonger son nez dans le bocal pour y détecter le botulisme à l’odeur. Je me rappelle l’avoir vue un jour jeter un foie magnifique, déclarant qu’il était infecté, et je me rappelle aussi ma consternation et celle des autres membres de la famille à la vue de ce morceau superbe atterrissant dans la poubelle plutôt que dans nos assiettes.

Je pense aussi qu’il y a derrière tout cela la notion bien catholique que le plaisir est dangereux. Le summum de la satisfaction gustative ne saurait s’atteindre l’esprit léger : il faut que puisse s’y cacher de façon sournoise un mal foudroyant et invisible. Le botulisme est une mise en forme bactérienne de la notion de péché. C’est, mutatis mutandis, le sida des gastronomes.

Lorsqu’on parle des hommes préhistoriques, on a souvent tendance à penser qu’ils n’étaient pas aussi évolués que nous.

La vérité, c’est qu’ils étaient exactement comme nous. Ce sont nos jumeaux. Aussi intelligents, aussi sensibles, en proie aux mêmes éternelles questions de l’amour, de la mort, du sens de la vie. Et aussi désireux de se sortir de la précarité de leur condition. Plus concernés par leur survie à court terme, plus vulnérables parce que la maîtrise technique de leur environnement était encore très rudimentaire (le feu, la pierre taillée…). Mais sinon, en tant qu’individus, les mêmes, exactement les mêmes que les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Homo sapiens. Même espèce. Elle n’a pas muté.

A bien des égards, on peut se dire que nous en savons beaucoup plus qu’eux. Des millénaires ont passé, au cours desquels nous avons accumulé un “savoir”. Mais à l’inverse, combien de connaissances avons-nous perdues? Il me suffit d’imaginer que je suis dans une caverne il y a dix ou vingt mille ans, du temps des mammouths et des glaces, pour comprendre que mon bagage d’homme civilisé du XXIè siècle ne m’offre pas grand chose comme possibilités de survie.

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Il faut bien se rendre compte que la Saint Valentin n’est pas une partie de plaisir pour tout le monde… (Le malheureux n’avait qu’à pas se ruiner en lingerie).

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Mets ta douleur dans un hamac, balance ta peine, disperse-la sous les palmes. Etire-la jusqu’à la lèvre de l’horizon pacifique.

Mets ta voix dans un chant, accorde-la à la musique de la mer.

Mets ta joie dans tes yeux. Goûte-la. Eprouve-la. Eblouis-toi de sa lumière.

Mets ta vie sous l’aile vaste du pélican. Remercie la voûte bleue.

Claudine est aujourd’hui 3 février l’invitée de l’émission “A plus d’un titre”, en direct sur France Culture à 16h, pour son livre “Boris Vian à vingt ans” (Editions Au Diable Vauvert).

Le témoin-clé de l’époque de la vie de Boris Vian à laquelle s’intéresse le livre de Claudine, qui sort demain en librairie, c’est Michelle Vian-Léglise. C’est une dame élégante et d’une vivacité intellectuelle étonnante, qui va aujourd’hui sur ses 90 ans. Boris fait sa connaissance en juillet 1940, l’épouse l’année suivante. C’est la mère de ses deux enfants.

Claudine a pu la rencontrer longuement, à plusieurs reprises, alors qu’elle avait déjà écrit une première version de son livre. Elle souhaitait la lui soumettre pour préciser certains faits, recueillir quelques anecdotes inédites, et surtout valider certaines interprétations qu’elle avait faites de la personnalité de Boris. Le soir de leur première rencontre, Michelle Vian ayant pris connaissance du manuscrit de Claudine, et le contact s’étant très bien passé, Claudine m’appelle et me propose de les rejoindre pour dîner. A peine étais-je arrivé que Michelle Vian me dit:
– Vous pouvez être fier: de tous les auteurs qui ont écrit sur Boris, c’est votre femme qui a le mieux compris qui et comment il était.

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On la voit sur cette photo, en 1948, dinant avec Boris et Duke Ellington. Boris avait pour le “Duke” une admiration sans borne. Dans l’Ecume des jours, lorsque son héros Colin tombe amoureux de Chloé, il lui murmure: “Etes-vous arrangée par Duke Ellington, Mademoiselle?”

On rappelle souvent que la Russie a été la première à envoyer un homme dans l’espace, et l’Amérique un homme sur la Lune (même si elle hésite aujourd’hui à recommencer).
On oublie en revanche presque toujours de dire que c’est l’Afrique qui a envoyé le premier homme sur la Terre. Et en plus, c’était une femme! (Nommée Lucy, parait-il).

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Ma grand-mère paternelle était une femme joyeuse. Il parait qu’elle pouvait être sévère, autoritaire. Moi, je n’ai que des souvenirs de rires avec elle.

Sur ses vieux jours, j’avais une vingtaine d’années, elle s’est cassé le col du fémur. On l’avait opérée dans une clinique de la rue Eugène Gibez, dans le quinzième arrondissement de Paris. J’étais passé la voir le lendemain. Elle se réveillait doucement d’une longue somnolence.

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Elle me regarde, l’air un peu perdu, sans reconnaître l’endroit où elle se trouve.
-Tu es à la clinique, Mamée.
-Ah, oui… La clinique… Mais où est-elle, cette clinique? A Asnières? (Elle habitait Asnières).
-Non, à Paris, rue Eugène Gibez.
Elle lève ses yeux vers le plafond, et marmonne:
-Gibez… J’y baise…
Et pouffant de rire:
-Eh bien, il vaut mieux y faire ça qu’autre chose!

Deux ans de blog… Je n’aurais pas cru tenir si longtemps, et encore moins que j’y prendrais goût…
600 articles publiés (non, j’exagère : celui-ci est le 597è), et à la date d’hier 90158 pages vues, ce qui donne en moyenne 150 lectures par article… pas si mal, non?

to blog
Mon grand regret est de ne pas disposer sur la durée de statistiques détaillées par article. J’ai juste accès à un classement des articles les plus consultés sur le dernier mois. Au cours des 30 derniers jours, c’est toujours “Boire et faire l’amour” qui tient la vedette, pour des raisons dont j’ai déjà parlé. En fait, il semble bien que l’article le plus consulté de ce blog, sans biais lié aux mots clés d’une recherche, a été “Geste vétérinaire: 1. fouille“, daté du 28 février 2009. Je laisse à mes lecteurs le soin de juger si cette première place est méritée.
(J’avertis au passage ceux d’entre eux qui ne l’ont pas lu et qui souhaiteraient le découvrir, que son contenu peut être de nature à choquer les personnes sensibles.)

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Le pélican vole au ras de l’eau. Il plane à quelques centimètres de la mer. Il se glisse dans les rouleaux. Du bout de l’aile, il effleure le creux de la vague, sans jamais se faire rattraper par elle, ni même se faire mouiller. Il est vif, précis, parfaitement calme.

En groupe, il se déplace volontiers en escadrille. Il adopte la formation en V. Souvent le V a une branche sensiblement plus courte que l’autre, sans que ce déséquilibre ne nuise à la tranquille majesté de l’ensemble.

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Je suis tombé sur cette photo incroyable de ce que j’imagine être un concours de pêche au Nigéria. On se croirait dans un détail vivant d’un tableau de Bosch ou de Bruegel, bien loin de la plage tranquille de mon ami Kodjo. Quel poisson peut survivre à un tel déferlement?

pêcheurs nigérians
Une telle image figure très bien la pression que l’espèce humaine exerce sur la nature et ses ressources. Je pourrais l’utiliser pour illustrer ma chanson “Trop nombreux“, bien qu’à vrai dire le fait de jeter un filet à la main soit probablement l’un des gestes les moins agressifs de l’homme à l’égard de son environnement. Notre espèce domine toutes les autres. L’équilibre est rompu. Tout le drame à venir du monde s’aperçoit peut-être déjà là.

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