des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

On connaît l’histoire de Cassandre : c’était la plus jolie des filles de Troie, si belle, disait-on, qu’elle ressemblait à Aphrodite, et qu’Apollon en était tombé amoureux. Comme il lui faisait sa cour, elle se promit à lui à condition qu’il lui apprenne l’art de la divination. Mais quand Apollon eut fini de l’instruire et alors qu’il s’apprêtait à la posséder, elle le repoussa. (Il faut croire que le don de voir l’avenir n’est pas accordé à tout le monde, même au dieu qui l’enseigne.) De dépit, il lui cracha à la bouche, pour empêcher qu’on la crût jamais.

Jérôme-Martin Langlois, Cassandre implorant la vengeance de Minerve

Cassandre eut ainsi le terrible privilège de connaître et d’annoncer à l’avance tous les malheurs qui allaient s’abattre sur son peuple et sur sa famille sans que personne n’y fasse rien. Tel ce fameux épisode du cheval de Troie, qui allait entraîner la chute de la ville, conté par Virgile dans l’Enéide (2 : 244-249) : « Inconscients et aveuglés par notre folie, nous installons en notre sainte citadelle ce monstre de malheur. A ce moment aussi, Cassandre ouvre la bouche, dévoilant l’avenir, elle en qui, sur ordre d’un dieu, les Troyens n’ont jamais cru. Et nous, malheureux, qui vivons notre dernier jour dans la ville, nous ornons les temples des dieux de feuillages de fête. »

Combien de Cassandre ouvrent la bouche aujourd’hui, qui connaissent les désastres qui menacent la planète, et les proclament sur tous les tons ? Et qui peut sérieusement prétendre que nous ne les entendons pas ? Pourtant nous ne faisons rien. C’est sans doute la fatalité des hommes d’être des créatures aux esprits fracturés, au courage défaillant, et qui inclinent, pour leur perte, à ne pas croire, au fond, ce qu’ils savent.

Une réponse à Cassandre hier et aujourd’hui

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