Autres perfidies grand siècle

Puisque j’ai remis mon nez dans les perfidies qu’on échangeait au XVIIè siècle, je poursuis.

En 1654, Bussy-Rabutin servait en Catalogne sous les ordres du prince de Conti. Comme c’était une campagne militaire dans laquelle il ne se passait pas grand chose, tous deux entreprirent, pour se désennuyer, d’établir la Carte du pays de Braquerie, c’est-à-dire une géographie des dames de la Cour, décrites comme autant de villes et de places d’une contrée jouxtée « à l’orient par les Cornutes » (les maris) et « au couchant par les Ruffiens » (les galants). C’est de ce petit ouvrage que sont tirées les lignes sur la duchesse de Chevreuse que j’ai citées hier.

J’en extrais ces brefs portraits féroces de deux autres dames :

« Le Tillet est une grande ville ouverte de tous côtés. Le peuple en est grossier, le terroir gras et assez beau ; cependant on remarque qu’un homme raisonnable n’y a jamais pu demeurer deux jours. Mais, comme il y a dans le monde plus de sots que d’honnêtes gens, le lieu n’est jamais vide. »

« Brion a été fort agréable ; mais le grand nombre des gouverneurs l’a ruinée. Toutes ses défenses sont abattues depuis la première fois qu’elle fut prise. C’est aujourd’hui une place à prendre d’emblée. Les avenues en sont assez belles, hormis du côté de la principale porte où il y a un bois de haute futaie sale et marécageux, que le gouverneur n’a jamais voulu faire couper. »

Je terminerai sur une note plus chantante, avec les premiers vers d’un vaudeville rapporté dans ses Historiettes par Tallemant des Réaux. Il y est question de Marie-Madeleine de Vignerot de Pontcourlay, marquise de Combalet, duchesse d’Aiguillon, devenue la maîtresse du cardinal de Richelieu (dont elle se trouvait aussi être la nièce), et de la princesse de Condé, qui avait pour amant le cardinal de La Valette, « militaire et homme d’Eglise », et lui fit si bien dépenser son argent que, nous dit des Réaux, quand il est mort [en 1639] « il avait mangé son revenu jusqu’en l’an 1650 ».

La Combalet et la princesse,
ne pensant point faire de mal,
ne s’en iront point à confesse,
d’avoir chacune un cardinal ;
car laisser lever sa chemise,
mettre son corps à l’abandon
n’est que se soumettre à l’église,
qui leur donnera son pardon.

Ego te absolvo, amen.

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