« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Ayant évoqué dans un précédent article le monde de l’édition, en disant que je ne m’y étais jamais vraiment senti chez moi, je vais préciser un peu ma pensée.

J’ai connu plusieurs milieux dans ma vie : la pharmacie, l’édition, les nouvelles technologies, et aujourd’hui la chanson. Dans tous ces milieux, j’ai évolué avec une certaine aisance ; dans tous, j’ai trouvé ma place, mais dans aucun je ne me suis trouvé totalement à ma place. J’ai toujours eu l’impression d’être en marge, de passage.

Dans chaque cas, j’ai rencontré des personnes dont le métier se confondait avec la vie : passionnées par lui, absorbées par lui. Pour elles, rien n’était plus important que ce qu’elles s’employaient à accomplir. Elles étaient là où elles devaient être, elles ne se voyaient pas faire autre chose, leur travail irradiait quelque chose d’essentiel. En un mot, elles avaient la conviction qu’elles contribuaient à rendre le monde meilleur. Et moi, au fond, je les enviais de le croire. J’ai toujours admiré cette ardeur, et respecté cette foi que je ne suis jamais parvenu à partager.

gatsby-john-harrison.jpg

© Berth Bergman

L’image qui me vient est celle d’avoir été convié, successivement, à de grandes fêtes. Elles se déroulent dans des châteaux, ou dans des parcs, la compagnie est belle, l’orchestre joue, le champagne coule à flots. J’arrive alors que la soirée bat son plein. Je bois un verre dans la pénombre, quelqu’un vient me chercher, j’entre dans la lumière, on me présente à la maitresse de maison, c’est une femme resplendissante, je danse un long moment avec elle, je fais la connaissance de ses amis, je parle abondamment avec eux, je danse à nouveau, la nuit avance, et vient le moment où je regagne la pénombre, et je m’éclipse, sans que la fête s’arrête et sans qu’on ait besoin de moi.

S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
Prochains spectacles
Archives