« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Microsoft anime un site qui s’appelle RSLN (Regards sur le numérique), dont les responsables, eu égard au fait que je suis « l’un des pionniers de l’édition numérique en France » et que j’ai « à ce titre suivi l’évolution de la question depuis ses prémices jusqu’à aujourd’hui » m’ont sollicité pour que je donne mon avis sur l’angoissante question : le livre numérique, c’est pour bientôt ? Je vous livre ci-dessous ma réponse.

Il n’y a pas eu de big bang, pas de grand soir. Pas de disparition du papier, ni de basculement soudain dans une lecture de science-fiction. Mais le livre numérique est là.
Je cherchais récemment un passage de Michelet : j’ai lancé une requête sur le Net, et trouvé la page exacte dans les vingt volumes de son histoire de France. La nuit suivante, j’ai pris mon smart phone, téléchargé et lu quatre nouvelles de Tchékov, sans réveiller ma femme.
Ce qui n’existe pas encore, (et prendra sans doute encore quelques années) c’est le nouveau marché qui va avec. Mais voici deux ou trois choses auxquelles je crois.
1. Ce nouveau marché ne fonctionnera pas avec les règles de l’ancien, dominé par les éditeurs. Le nouveau le sera par ceux qui contrôlent la technologie et la distribution (Apple, Google, Amazon), et sans doute par de nouveaux acteurs qui proposeront des modèles qui ne seront pas nécessairement celui de la vente à l’unité.
2. Le numérique, dissociant le texte de son support de lecture, fait disparaître la barrière de la publication dans un format donné. L’offre de textes explose, et ce n’est pas tant le fait des éditeurs que celui des auteurs eux-mêmes, et des bibliothèques. Les formats d’écriture se multiplient : articles, notes, blogs, feuilletons, documents, commentaires, etc. et deviennent de plus en plus hypertextuels et multimedia.
3. Le support physique de lecture ne sera pas unique. A côté des tablettes (polyvalentes : iPad, ou spécialisées : Kindle, ebooks) on trouvera toujours PCs et smartphones, mais aussi du papier et de l’encre électroniques, et… le bon vieux livre traditionnel. Car le livre « codex » possède une vertu jusqu’ici indépassable : la qualité de présence, la densité physique et l’épaisseur qu’il confère à un texte.

Concernant le livre “papier”, j’ajoutais cette dernière phrase : « Peu de textes sont réellement dignes de lui, mais ceux qui le sont continueront à justifier son existence », mais elle a été coupée, indigne sans doute même d’une publication numérique.

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Pour voir (et même lire, le cas échéant) toutes les contributions au débat de RSLN, cliquer ici.

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Jacques Langlois

Pour illustrer le thème, il y avait aussi chez le même auteur “La Peau de chagrin” ou “Le Chef-d’oeuvre inconnu”…

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