Un e n’est jamais muet. S’il l’est, c’est un dĂ©faut de prononciation, ou d’Ă©coute. Un e muet doit se dire et s’entendre. Il y a des livres lĂ -dessus.
Un e muet fait du bruit. On a étudié son timbre, sa durée, son intensité, sa hauteur. Il se chante particulièrement bien, et de façon longue et forte, si on se réfère à Trénet (La mer / A bercé mon cœur / Pour la vi-eeeeeeeeeeeeee), à Brassens ( A regarder passer les nu-u-eeees, dans l’Orage), à Piaf (La vie en ro-seeeeeeeeee).
On s’est mĂŞme penchĂ© sur ses variations rĂ©gionales. En argot parisien, on peut croire qu’on ne le prononce pas. C’est faux : on le bouffe, et c’est une très bonne façon de le faire entendre. D’ailleurs, Ă ce moment lĂ , on l’Ă©crit « ‘ ». Exemple, pris une nouvelle fois chez Piaf : C’est fou c’que j’peux t’aimer (Les mots d’amour).

très touchĂ©e par l’annonce de mon spectacle “comme ej’taimais” Ă la Venus Noire qui me tient tellement Ă coeur avec ce langage savoureux de notre cher Jehan Rictus.
la pierreuse Jeannine Milange
Toutes ces variations, tantĂ´t aiguĂ«s, tantĂ´t graves, me laissent quelque peu …circonflexe!
Georges Pérec, lui,