Ayant Ă©voquĂ© dans un prĂ©cĂ©dent article le monde de l’Ă©dition, en disant que je ne m’y Ă©tais jamais vraiment senti chez moi, je vais prĂ©ciser un peu ma pensĂ©e.
J’ai connu plusieurs milieux dans ma vie : la pharmacie, l’Ă©dition, les nouvelles technologies, et aujourd’hui la chanson. Dans tous ces milieux, j’ai Ă©voluĂ© avec une certaine aisance ; dans tous, j’ai trouvĂ© ma place, mais dans aucun je ne me suis trouvĂ© totalement Ă ma place. J’ai toujours eu l’impression d’ĂȘtre en marge, de passage.
Dans chaque cas, j’ai rencontrĂ© des personnes dont le mĂ©tier se confondait avec la vie : passionnĂ©es par lui, absorbĂ©es par lui. Pour elles, rien n’Ă©tait plus important que ce qu’elles s’employaient Ă accomplir. Elles Ă©taient lĂ oĂč elles devaient ĂȘtre, elles ne se voyaient pas faire autre chose, leur travail irradiait quelque chose d’essentiel. En un mot, elles avaient la conviction qu’elles contribuaient Ă rendre le monde meilleur. Et moi, au fond, je les enviais de le croire. J’ai toujours admirĂ© cette ardeur, et respectĂ© cette foi que je ne suis jamais parvenu Ă partager.
© Berth Bergman
L’image qui me vient est celle d’avoir Ă©tĂ© conviĂ©, successivement, Ă de grandes fĂȘtes. Elles se dĂ©roulent dans des chĂąteaux, ou dans des parcs, la compagnie est belle, l’orchestre joue, le champagne coule Ă flots. J’arrive alors que la soirĂ©e bat son plein. Je bois un verre dans la pĂ©nombre, quelqu’un vient me chercher, j’entre dans la lumiĂšre, on me prĂ©sente Ă la maitresse de maison, c’est une femme resplendissante, je danse un long moment avec elle, je fais la connaissance de ses amis, je parle abondamment avec eux, je danse Ă nouveau, la nuit avance, et vient le moment oĂč je regagne la pĂ©nombre, et je m’Ă©clipse, sans que la fĂȘte s’arrĂȘte et sans qu’on ait besoin de moi.
