des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Je reviens sur The Game, d’Alessandro Baricco. Ce livre se propose de dresser les premières cartes des territoires issus de la révolution numérique qui se sont formés en trente ans sous nos yeux, et de retracer la chronologie de leur apparition.

Pour moi qui ai pris ma petite part de cette révolution au tournant des années 2000 avec 00h00.com, et dont la photo (voir ci-dessus) a figuré un temps sur les murs de l’UNESCO parmi celles des pionniers du web, je suis assez admiratif du travail que Baricco a fourni, et de la clarté de sa thèse exposant les tenants et les aboutissants de « l’insurrection numérique » à laquelle nous avons assisté.

Que dit-il ? Que cette insurrection s’est développée en réaction contre le nombre considérable d’horreurs qu’avait produit le XXè siècle (guerres mondiales, génocides, bombe atomique, guerre froide, Vietnam, etc) ; qu’elle est née dans le principal foyer de la contre culture libertaire de la fin des années 60 que fut la Californie ; et que ses initiateurs ont délibérément choisi le terrain de la technologie pour subvertir l’ordre dominant. C’est un certain Stewart Brand (auquel Steve Jobs se référait explicitement dans ses discours et qui, dès les années 60, imagina la possibilité de personal computers PC) qui en a formulé le plus clairement le projet : « Beaucoup de gens croient pouvoir changer la nature des personnes, mais ils perdent leur temps. On ne change pas la nature des personnes. En revanche, on peut transformer les outils et les techniques qu’elles utilisent. C’est ainsi qu’on changera le monde. »

Stewart Brand 1973

Et quel était, entre autres, le défaut du monde qui avait conduit au cortège de catastrophes énoncé ci-dessus ? Le cloisonnement : les frontières, le secret, les murs, entre un pays et un autre, une idéologie et une autre, et le fait qu’au fond « on pouvait bâtir Auschwitz sans que personne ne le sache ». Par conséquent tout devait devenir ouvert, fluide, accessible, en mouvement. Et pendant trente ans, de l’ordinateur personnel au web et de la dématérialisation des contenus au smartphone, tout a obéi à cette logique : suppression des intermédiaires, extrême simplicité d’utilisation, communication directe de tous avec tous, instantanéité des échanges, n’importe quand, n’importe où.

Il va de soi que comme pour tous les mouvements de balancier, celui-ci va très loin dans l’autre sens, et sur une trajectoire qui dévie dangereusement. Il a déjà commencé à poser des problèmes inédits et considérables, en matière de libertés individuelles, de respect de la vie privée, et d’accaparement des données qui circulent désormais dans l’univers numérique par des organisations d’une puissance gigantesque. Mais s’était-on réellement attendu à ce que l’idéal soit enfin de ce monde ?

 

Une réponse à The Game

  • Croire que l’on peut changer la nature profonde de l’être humain, que ce soit par la coercition directe ou la technologie, est une absurdité. L’Homme est un animal grégaire qui a besoin de hiérarchie pour s’identifier et d’ennemis, y compris lui-même, pour progresser. N’importe quel éthologiste pourra confirmer qu’il s’agit là de conditions propres à bien d’autres espèces animales. Malheureusement, son intellect lui a permis de développer une civilisation mécanique qui risque de lui échapper.

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