Les Anciens, autrefois, apprenaient le monde aux plus jeunes. Ils leur transmettaient ce qu’ils en avaient appris et compris. Ce n’Ă©taient pas forcĂ©ment des choses considĂ©rables, mais elles servaient de repères, on pouvait s’y fier en attendant de les valider ou de les nuancer par ses propres expĂ©riences. Et les jeunes, ayant grandi, pouvaient Ă leur tour les enseigner Ă leurs enfants.
C’Ă©tait du temps oĂą le monde Ă©tait si stable qu’Ă l’Ă©chelle d’une vie il pouvait presque paraĂ®tre immuable. L’horizon Ă©tait pour la plupart des hommes celui du bout de terre qu’ils cultivaient. On pouvait s’enraciner dans un lieu, et s’installer dans quelques certitudes.
Mais aujourd’hui, tout change Ă une telle vitesse que nous devons, tous autant que nous sommes, nous adapter Ă des conditions de vie perpĂ©tuellement mouvantes. La jeunesse a un atout : elle utilise naturellement les nouveaux outils, elle a la plasticitĂ© nĂ©cessaire pour se couler dans les nouveaux usages. Si bien que les choses se sont partiellement retournĂ©es, et que dĂ©sormais, pour reprendre la formule de John Barlow Ă propos de la rĂ©volution numĂ©rique, « vos enfants sont nĂ©s dans un monde oĂą vous demeurerez Ă jamais des immigrants ».
Plusieurs mondes en rĂ©alitĂ© se superposent, dont nous voyons et vivons l’affrontement quasi-gĂ©ologique en accĂ©lĂ©rĂ©. Nos vies passent de l’un Ă l’autre, vont et viennent, se dĂ©phasent et se recalent en permanence. Le vieux glisse sous le rĂ©cent, lui mĂŞme recouvert par un plus rĂ©cent encore. Les mouvements de subduction se gĂ©nĂ©ralisent, dans une tectonique vibrionnante des connaissances, des moeurs, et des mentalitĂ©s. Frictions intenses par endroits, fluiditĂ© Ă d’autres. RĂ©sistances, ruptures, Ă©coulements, tourbillons.
La connaissance, disait Aristote, suppose un maĂ®tre en qui l’on ait confiance, afin dans un premier temps de croire ce qu’on reçoit de lui et qu’on ne comprend pas encore. Eh bien pour trouver ce maĂ®tre, aujourd’hui, good luck !

